80 prétendants à la fonction présidentielle : En route pour une République bananière

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Il y a quelque chose de pourri au royaume du Danemark … dit Hamlet dans une des plus célèbres pièces théâtrales de l’auteur anglais William Shakespeare. Il y a une désacralisation et une banalisation de la fonction présidentielle au Sénégal depuis le magistère du Président Abdoulaye Wade.

 

Cette déliquescence dans la solennité républicaine et cette banalisation de la liturgie étatique a débuté subrepticement avec l’installation de Abdou Diouf à la tête de l’Etat du Sénégal en remplacement de Léopold Sédar Senghor au début des années 1980.

Les choses semblent s’être accéléré à une vitesse supersonique depuis que l’enfant de Fatick, Macky Sall a pris ses quartiers à la Présidence de la République. C’est tout de même effrayant de constater que près de quatre vingt-deux personnes, malgré l’instauration du parrainage citoyen, puissent penser qu’ils peuvent conduire les destinées de ce pays de plus de seize millions d’habitants, étendu sur 201.400 Km2 avec un PIB annuel de près de 5.000 milliards de Francs CFA.

Tout citoyen sénégalais, lucide et conscient, devrait être heurté par cette overdose de prétention dirigeante et qui au fond n’est révélateur que d’une chose : une boulimie de pouvoir et une envie incompressible d’accaparement des richesses de notre nation.

Les mœurs politiques au Sénégal sont corrosives, destructrices et prévaricatrices. La fonction politique, quelle soit locale ou nationale, élective ou nominative, donne droit à trop d’avantages et de privilèges pour n’attirer que des altruistes, des idéalistes ou des personnes ayant une profonde vocation à se complaire et à s’épanouir en étant au service de leur semblable.

Devenir Maire, Président de Conseil départemental, Conseiller au Cese ou au Hcct ou mieux député ou ministre transforme le plus banal des politiciens en une personne nantie, courtisée et influente. Car dans une société aussi ostentatoire que la nôtre où les signes extérieurs sont beaucoup plus importants que la valeur personnelle de l’individu, obtenir un titre ou une qualité de responsable, en plus des moyens financiers que cela vous procure, vous installe tout de suite dans le gotha des « En haut d’en haut », comme le disent nos cousins ivoiriens et nous ouvre toutes les portes autant auprès des féodalités religieuses et coutumières que dans le reste de la société où votre présence est souvent magnifiée par les MC de service.

Un Maire, un Président de Conseil départemental ou un conseiller au Hcct ou au Cese ne gagne pas moins d’un million de francs CFA par mois

On peut donc aisément comprendre que certains de nos concitoyens puissent penser que la politique est la meilleure filière de promotion sociale et le chemin le plus direct pour faire main basse sur les richesses nationales. Le politicien coûte cher à la communauté nationale dans notre pays. Un Maire, un Président de Conseil départemental ou un conseiller au Hcct ou au Cese ne gagne pas moins d’un million de francs CFA par mois en plus des avantages matériels comme voiture, carburant et logement.

Les députés  et ministres, eux, sont un cran au dessus avec les émoluments mensuels valsant entre deux et trois millions de francs CFA et en plus du logement de fonction, certains, d’entre eux, bénéficient d’un véritable parc automobile à leur disposition pouvant aller jusqu’à cinq véhicules servant à leur usage personnel et domestique.

Les Présidents de Conseil d’Administration et les Directeurs généraux de sociétés nationales ainsi que les dirigeants des agences nationales et des projets, eux, peuvent voir leur revenu monter jusqu’à une dizaine de millions de Francs CFA mensuel.

On le constate donc que la politique n’est pas un sacerdoce, ni une abnégation, elle est plutôt une sinécure, une roue de la fortune pour certains.

L’élection de Macky Sall en mars 2012 semble avoir été perçue par certains comme une imposture car ne trouvant pas dans la personnalité et dans le parcours du quatrième Président de la République qu’il est une légitimité historique ou une stature personnelle pouvant justifier à leurs yeux son avènement.

Autrement dit, le fait que Macky Sall ait pu se battre politiquement et sortir vainqueur d’une élection, prouve aux yeux de certains de ses détracteurs et contempteurs qu’il suffit tout simplement d’oser,  d’aller au combat et d’accepter de se battre pour obtenir le jackpot présidentiel.

En cela, son élection à la magistrature suprême a servi de révélateur à de nombreux membres de l’élite nationale qui lui refusent le fait d’être meilleur qu’eux ou d’avoir des qualités de leader pouvant justifier qu’il soit à la place où il est actuellement.

Mettre un terme à cette désacralisation de la fonction présidentielle

L’homme leur paraît trop banal et même quelconque à certains égards pour mériter d’occuper le fauteuil qui a accueilli Senghor, Diouf et Wade, même s’il est aujourd’hui le patron du pays. Les ambitions et les appétits se sont libérés plus facilement sous son magistère parce que beaucoup de ses adversaires ne lui pardonnent pas le fait qu’il les ait ignoré ou mis à la touche en ne les associant pas à son exercice du pouvoir ou tout simplement parce qu’il s’est imposé à eux à leur corps défendant et à leur grande surprise. Car sa plus grande force a été d’avoir endormi tout le monde sur ses ambitions et son ascension au sommet de l’Etat en les faisant passer ainsi ou pour des ringards ou pour des minables. C’est avec Macky Sall que la sagesse sénégalaise qui dit que « Kuy Berey Moy Dan » prouve toute sa pertinence, car, ailleurs, on dit bien que la fortune ne sourit qu’au audacieux. Et dans les deux cas, cela fait toujours mal de savoir qu’on est le c… de quelqu’un. Et les politiciens, quand ils sont « loosers » réagissent souvent comme les amoureux éconduits et dépités c’est-à-dire mauvais perdants.

Une chose mérite tout de même d’être rapidement corrigée. Mettre un terme à cette désacralisation de la fonction présidentielle. L’exercice du pouvoir se fait avec autorité. Et l’Autorité a besoin de respect et de solennité afin que son exercice  du pouvoir puisse se faire sans passion, ni tension inutile et là le populisme de Wade, poursuivi d’une certaine façon par Macky Sall, génère des effets néfastes par certains de ses aspects sur la posture présidentielle.

Celui qui a en charge la fonction de Chef d’Etat  ne devrait plus être un Chef de parti comme en dispose une des recommandations de la CNRI et des Assises Nationales. Celui qui exerce la fonction de Président de la République devrait rompre avec la pratique de la diplomatie des funérailles de Abdoulaye Wade consistant à aller présenter ses condoléances à des responsables de son parti, à des alliés, etc. La fonction de Chef de cabinet du Président de la République a été étalonnée pour prendre en charge certaines obligations sociales du Président comme sa représentation dans les cérémonies sociales et religieuses.

Cette fonction de Chef de la République et donc de la Nation est la fonction la plus éminente et la charge la plus prestigieuse que puisse assumer un « enfant de la République ». Il faut, donc,  lui redonner son lustre d’antan en prenant de la hauteur et de la distance tout en acceptant de se plier à l’obligation de la solitude et de la peur qu’elle charrie et qui entraîne une réaction de déférence et de soumission auprès du commun des citoyens quand le Chef de l’Etat est présent lors d’une cérémonie.

Un bon Président devrait être craint et non pas aimé. Un leader politique, lui, adore être l’idole des foules. On ne saurait être à la fois, l’un et l’autre ou les deux à la fois. Sinon on devient Ubu, le roi.

Et faut il rappeler que nous sommes en République. Pas dans un royaume comme celui de Hamlet au Danemark…

 

Abdoulaye Bamba DIALLO

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