Accusé de ne pas faire du journalisme, Adama Gaye répond au Synpics : « Sympas Syndicalistes du Synpics…

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L’esclandre a été évité de justesse. Ce n’est qu’au dernier moment que je me suis ravisé, sage, pour recevoir en aîné la délégation du Syndicat des journalistes sénégalais, le Synpics, venu après moult hésitations et palabres me rendre visite, ou plutôt m’en faire l’aumône, près de 40 jours après ma détention illégale à la prison de Rebeuss.

“Bonjour, je vous salue, bye les rethoriciens”, etais-je tente, à la Maurice Clavel, de leur balancer au visage, avant de finalement changer d’avis pour les écouter, échanger avec eux, sans omettre de leur dire leurs faits.

La prison a une vertu. Elle radoucit les mœurs même ceux des volcaniques.
Il y avait pourtant de quoi remonter les bretelles à ce syndicat qui s’était fait un malin plaisir à disserter sur le sexe des anges pour justifier pourquoi cela lui paraissait normal de ne pas lever le petit doigt pour exprimer la moindre sympathie à quelqu’un ayant probablement influencé les choix de carrière de nombre de ses membres vers le… journalisme.

Les arguments avancés étaient risibles, minables. Du genre: c’est bien fait pour Adama qui n’avait pas épargné notre collègue Jean-Meissa Diop lorsque la police avait fait effraction chez lui en le menaçant. Les pauvres défenseurs du talentueux scribe avaient oublié de lire la substance de mes écrits maintenus contre ses dérives pro-pouvoirs et confessionnels, rédigés en guise de conseils à un cadet dont le mémoire au Cesti porte mon nom en tête de liste des personnes remerciées pour diverses raisons que Jean et cet auteur connaissons.

Puis, les risibles syndicalistes avaient repris le chœur des detourneurs de débats, selon lequel je ne devais pas évoquer la vie privée de Macky SALL dans mes écrits. Ridicule! En journalisme, les faits, même relatifs au sexe, sont sacrés, le commentaire libre. Sous tous les tropiques. C’est vouloir réduire le périmètre des libertés, d’expression notamment, que de commencer à tracer des limites à partir de sujets prétendument tabous. La vérité est qu’un homme public, ou que ce soit, se doit d’avoir une tenue au dessus de tout reproche, sa vie privée doit être nickel, s’il ne veut voir ses actes indécents sous les feux de la rampe.

Ne me dites surtout pas que ce traitement doit seulement être appliqué aux Trump, Hollande, Clinton, Giscard, de la planète.

Le récent scandale qui secoue deux grandes universités au Ghana et Nigeria autour des notes contre sexe impliquant des profs véreux et immoraux avec des victimes féminines, est le dernier exemple prouvant que les écarts privés des acteurs sociaux, surtout publics, n’ont plus vocation à rester camouflés en Afrique. Que les hommes politiques, chefs d’état, se le tiennent pour dit aussi. C’est une tendance lourde que les gentils, gentlemen ?, vierges effarouchées, trônant au Synpics, se devraient d’intégrer dans leur boîte à outils. Vite qu’ils le fassent car leur logiciel est en passe d’être frappé d’obsolescence.

La disruption, le mot est laché, qui les guette pourrait autrement donner le coup fatal à une profession qu’ils ont fini d’encastrer dans un corporatisme aussi étriqué que désuet. Car tenez-vous bien, pendant que j’étais arrêté par le régime liberticide aux abois de Macky SALL, dans ce qui est la pire bavure judiciaire de l’histoire du Sénégal, ces syndicalistes du Synpics, donnant dans le dilatoire, clair-obscurs en diable, alimentaient le débat surréaliste autour du thème: Adama Gaye est-il encore journaliste.

Jeunes gens, parce que votre manque de curiosité, un minimum dans le journalisme depuis ses débuts, vous a empêché de creuser, vous ne pouviez pas savoir que ce fus l’un des membres fondateurs de ce Synpics auquel vous accrochez votre besoin de légitimité. Savez-vous comment et qui ont écrit les plus belles pages du journalisme au Sénégal et en Afrique? Qui êtes-vous pour décréter? Vous qui vous flattez d’être avec un greffier radié pour escroquerie que vous avez placé en votre cœur? Vous qui ne craignez pas de fermer les yeux sur les méfaits et frasques de Macky SALL? Vous qui servez des organes de presse obséquieux au point de nettoyer les carreaux pour dégager la voie aux pires ennemis des intérêts de notre nation? Vous qui avez ouvert grandes les portes d’une profession vampirisée à n’importe qui ?

J’enrage. Mais je me calme….

Ci-dessous, en guise d’olive, je vous envoie une photo illustrant mes prestations de jeune journaliste à la fin des années 1970 quand nombre d’entre-vous n’étaient pas nés. À côté, une collection d’interviews télés gentillement montées par le remarquable Idrissa Fall Cissé juste pour vous rappeler que le journalisme n’est pas votre propriété.

Vous me poussez même à défendre ce Xaragne LO NIANG que je ne connais pas et que vous déchiquetez parce que la Cedeao l’aurait invité à l’une de ses séances. Sachez-le, la disruption signifie que les lignes bougent, que certains métiers, naguère prestigieux, se meurent, pour être remplacés par de nouveaux, que rien n’est plus comme avant.

Par sectarisme et corporatiste, vous vous agrippez à un modèle dépassé, moribond. Le journalisme du 21eme siècle ne sera plus ce qu’il a été dans le passé. Ses pratiquants ne seront plus seulement des diplômés de quelque école ou membres de structures comme le Synpics. Descendez de votre piédestal. Le train de l’histoire est déjà parti et vous êtes à quai imbus de vos certitudes surannées!

C’est du reste pourquoi je vous avais dit ici, il y a quelques mois, combien était ringard votre bataille pour l’instauration d’un code de la presse ou d’une distribution de…cartes de presse. Vous en étiez fâchés hélas. Vous persistez dans la bêtise.

Votre cas en devient désespéré.

Pour vous offrir un lot de consolation, je mets dans un paquet tout ce qui me reste de journalisme et ce que j’ai fait au nom de ce métier et vous en fait cadeau. Car vous n’incarnez pas le journalisme humain. Imaginez que je sois victime d’un accident et que mon sang coule, ma vie étant menacée. Je vous vois plumes et micros en mains en train de vous demander s’il faut évoquer le cas de ce homme agonisant, avec votre lourde et lache question: est-il ou non journaliste?

Et puis, pour conclure, pensez-vous que votre sympathie doit être limitée aux seuls journalistes ? Je vous signale qu’à la prison de Rebeuss d’autres sénégalais et des étrangers méconnus attendent qu’une presse plus engagée se préoccupe du sort, parfois injuste, qui frappe tant de détenus victime d’une justice aveugle.

Reveillez-vous ! Synpics, l’histoire est en route et n’ayez plus peur des faits. Vous avez merdé grave quand la main d’une justice Gestapo s’est saisie d’un honnête citoyen. Sous d’autres cieux, cela porte un nom: lâcheté ! Dans ce Sénégal atteint de pusillanimité nationale, rien n’étonne plus malheureusement…

Adama GAYE, ce 10 octobre 2019

  • Ps: L’un d’entre-vous, Racine Talla, s’est pourfendu d’un texte où il me demandait d’assumer mes écrits. Ce type qui a truqué la signature du PCA de la RTS pour augmenter son salaire devrait être le dernier à parler, sa place naturelle étant la prison.Mais qu’il sache que je n’ai pas fait qu’assumer mes écrits, j’ai acculé le Doyen des juges d’instruction dans son bureau jusqu’à ce qu’il quitte son siège, tremblant, pour laisser à mes avocats, à son greffier, sous ma dictée, le soin de rédiger le rapport de mon audition. Je ne fais pas qu’assumer. J’explose les failles de l’escroquerie étatique où servent certains coyotes en perte de repères et d’âmes ! »
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