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Algérie : après la réponse négative de la rue, l’armée hausse le ton

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Ce vendredi pourtant, la sixième mobilisation consécutive de la rue semblait avoir répondu par la négative à la proposition émanant de l’armée algérienne. Mais le général Ahmed Gaïd Salah, le chef de l’état-major des armées et vice-ministre de la Défense, a haussé le ton face à ce qu’il qualifie, entre les lignes, de complot contre l’institution militaire.

Presque une mise en garde, son communiqué affirme que la solution pour sortir de la crise est l’application de l’article 102 de la constitution, celui-là même qui pourrait conduire à la destitution d’Abdelaziz Bouteflika.

Le communiqué est tombé après une réunion de haut niveau présidée ce 30 mars par le Général Ahmed Gaïd Salah, en compagnie des commandants de Forces et le Secrétaire général du ministère de la Défense nationale.

« Notre réunion s’inscrit dans le cadre du bilan global de l’ANP, conformément au plan de charge, notamment pour l’étude des développements de la situation politique prévalant dans notre pays, suite à la proposition de mise en œuvre de l’article 102 de la constitution», écrit le communiqué publié sur le site du ministère de la Défense.

Réplique de l’armée au «non» de la rue

Ce que le texte ne dit pas, c’est que son contenu est aussi une réponse à la rue au lendemain de la sixième mobilisation dans les rues d’Alger et d’autres villes. Vendredi dernier, des milliers de personnes sont à nouveau descendu dans la rue. Très attendue, cette mobilisation est perçue non seulement comme un test sur l’ampleur du mouvement de protestation réclamant le départ d’Abdelaziz Bouteflika mais aussi le changement du système politique.

Selon les observateurs, les slogans scandent un «non» à la proposition de l’armée de faire appliquer l’article 102 de la constitution. Le communiqué du ministère de la Défense sonne donc comme une réplique à cette réponse négative. L’armée insiste même «sur le fait que cette proposition, qui s’inscrit exclusivement dans le cadre constitutionnel, constitue l’unique garantie à même de préserver une situation politique stable, afin de prémunir notre pays de toute situation malencontreuse», menace même le général Gaïd Salah dans le communiqué.

L’autre partie du texte paraît énigmatique mais le vice-ministre de la Défense semble jouer la carte d’une « main invisible», pour accréditer la thèse de forces tapies dans l’ombre qui tenteraient de ternir l’image de l’armée. Ahmed Gaïd Salah évoque une réunion «tenue par des individus connus, dont l’identité sera dévoilée en temps opportun» qui tenteraient d’initier «une campagne médiatique virulente à travers les différents médias et sur les réseaux sociaux» contre l’armée. Objectif de cette campagne de dénigrement supposée, «faire accroire à l’opinion publique que le peuple algérien rejette l’application de l’article 102 de la Constitution».

Pour la transition, une lutte intestine dans les coulisses du pouvoir?

A qui s’adresse cette mise en garde? A Saïd et Mustapha, les deux frères omniprésents d’Abdelaziz Bouteflika que l’on accuse de multiplier les dilatoires pour retarder le départ de leur présidentiel frère? A des membres de l’entourage présidentiel qui tenteraient de manœuvrer avec les sécurocrates pour booter l’armée et prendre les rênes d’une transition que conduirait Liamine Zéroual, président du pays de 1994 à 1999?

« Ces réunions suspectes, qui vont à l’encontre de la légalité constitutionnelle ou portent atteinte à l’ANP, qui demeure une ligne rouge, sont totalement inacceptables et auxquelles l’ANP fera face, par tous les moyens légaux», écrit encore le communiqué. En attendant de dévoiler l’identité des comploteurs présumés, l’armée semble mener une contre-offensive.

A l’article 102 convoqué mardi dernier comme solution à la satisfaction des manifestants, l’armée convoque «la légalité constitutionnelle et place les intérêts du peuple algérien au-dessus de toute autre considération, en estimant toujours que la solution de crise ne peut être envisagée qu’à travers l’activation des articles 7, 8 et 102». En tout cas, une chose est sure: tout le monde semble s’entendre sur le départ d’Abdelaziz Bouteflika.

La pomme de discorde se situe donc au niveau des moyens pour conduire à ce départ mais aussi sur la partie du système qui sera présentée au peuple comme le coupable ou responsable. Une lutte intestine se profile dans les coulisses du pouvoir. Sans la vigilance d’un mouvement que l’on dit non structuré et spontané, le plus grand perdant risque d’être celui qui a porté la révolte: le peuple!

Avec Lta