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Christchurch, du  complotisme au terrorisme 

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Brenton Tarrant, le complotiste qui a tué 50 musulmans le 15 mars en Nouvelle-Zélande, se racontait des histoires. Elles l’auront mené au pire.
La semaine dernière, Brenton Tarrant, un Australien de 28 ans, a commis un massacre dans deux mosquées de Christchurch, en Nouvelle-Zélande. Comme Anders Breivik avant lui, le terroriste a pris soin de laisser un texte pour revendiquer son acte.

Le sien s’intitule « The Great Replacement », du nom de la théorie développée par l’écrivain français Renaud Camus.

Le grand remplacement qui est devenue un élément populaire de la mythologie du complot (le dernier sondage ConspiracyWatch/Ifop sur ce sujet révèle qu’un quart des Français prétend y adhérer).

Cette théorie affirme que les élites politiques cherchent délibérément
à substituer aux populations européennes des populations originaires d’Afrique pour des raisons idéologiques et/ou par intérêt économique. A la lecture de ce manifeste de 74 pages, on apprend que la vérité ne se trouve pas ailleurs que sur Internet et qu’ainsi informé des dangers qui nous menacent Brenton Tarrant se sentait prêt à tuer même des enfants. Une promesse qu’il
mettra sinistrement à exécution.

Ce terroriste dit aussi être un «écofasciste», car il se préoccupe de l’environnement, menacé par la surpopulation dont sont responsables les immigrés, selon lui. De ce point de vue, son manifeste opère une synthèse entre les thèmes de l’extrême droite raciste et les préoccupations de la collapsologie, qui prophétise l’effondrement de notre civilisation.
Ce type d’idéologie place toujours au cœur de son récit l’idée d’une urgence à agir et celle d’une coordination intentionnelle du mal.

La préférence intuitive pour les explications fondées sur des intentions n’est pourtant pas l’apanage des théories du complot, elle est une tendance constante de l’esprit humain qui a fréquemment été illustrée par la psychologie sociale.

Ainsi, les individus sont portés à attribuer des événements accidentels à des causes intentionnelles plus qu’à des causes non intentionnelles, surtout si les conséquences de ces événements leur semblent
désagréables.

Cette disposition de l’esprit humain nommée «biais d’intentionnalité» apparaît très tôt dans notre construction intellectuelle puisque des enfants âgés d’à peine 1 an attribuent naturellement des intentions positives ou négatives à des objets paraissant se diriger seuls.

Ce biais d’intentionnalité si banal se
mue en mythologie mortifère lorsqu’il rencontre l’idéologie, et, selon le contexte historique et les milieux sociaux, cette coordination maléfique sera le fait des élites, du système, des francs-maçons ou d’autres types de figures qu’il s’agira de punir.

L’Histoire a souvent montré que ces récits inspirent le massacre, à commencer par le génocide commis contre les juifs durant la Seconde Guerre mondiale. Plus récemment, en2016, l’affaire dite du Pizzagate était justement fondée sur la conviction de certains conspirationnistes que des mails anodins révélaient de façon codée des intentions cachées et un réseau pédophile organisé autour de Hillary Clinton.

Tout cela a conduit un crédule à surgir dans une pizzeria censée être le QG du complot pour faire justice muni d’un fusil d’assaut sans faire cette fois de blessés.

Il ne fait plus de doute pour la recherche contemporaine qu’il existe un lien statistique entre la radicalité politique et l’endossement de ce type de théorie du complot. Ils paraissent constituer le catalyseur idéal du passage à la violence politique, car ils offrent un récit qui permet à la fois de justifier cette violence par l’indignation et de suggérer qu’il n’y a pas d’autres moyens, étant donné la puissance des forces du mal, que de recourir à des actions directes.

Le plus inquiétant est que le cœur de cette catalyse le biais d’intentionnalité essaime de façon inaperçue dans nombre de discours politiques et pseudo-scientifiques qui prétendent rendre compte de l’ordre du monde et qui s’invitent dans tous les débats, sur les réseaux sociaux comme à la table des médias.

Ce n’est pas qu’il n’y ait jamais de responsables aux situations désagréables que nous vivons, loin de là, mais beaucoup d’entre elles ne sont que la conséquence malheureuse et involontaire de la vie sociale.

Ce biais d’intentionnalité tend donc à substituer à la révolte légitime contre les injustices la colère mortifère de la crédulité.

le point

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