[CONTRIBUTION] Sonko et l’irrédentisme régional

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La  Casamance se remémore ses morts dans le bateau « Le Joola » depuis 2002, tu n’as jamais été là. Lorsque le Casa Sports joue et/ou est en finale et que tout le monde se mobilise, on ne te voit jamais! Aurais-tu oublié que tu avais refusé que tes enfants entrent aux bois sacré lors de la grande circoncision de Bessire ? Où étais tu, Ousmane, lorsque tout le monde se mobilisait pour un retour définitif de la paix en Casamance ? Ton cirque n’a que trop duré. 

Tel un politicien pressé  pourrait-on dire, Ousmane a franchi le rubicond passant du populisme à l’ethnicisme avec un appel dangereux, à la limite séditieux. «Je ne suis pas régionaliste mais je suis fier d’être casamançais! Je lance un appel à dire non! Je lance un appel ici et maintenant à toute l’Afrique! Nous lançons un combat contre la mal-gouvernance au Sénégal! Je lance un appel à l’Afrique ! Je lance un appel au Sénégal! Je lance un appel à la Casamance».

Pour une affaire qui devrait sans doute se régler au tribunal, le sieur Sonko faisant preuve d’une veulerie et d’une couardise ahurissante, veut dresser les fils de ce pays, les uns contre les autres, dans le seul but de ne pas répondre de ses actes devant les tribunaux dans l’affaire dite des 94 milliards.  Pourtant, c’est ce qu’il avait toujours réclamé. “Que Dame Justice se saisisse!”. Maintenant que cela est en passe d’être fait, il lance un appel depuis le Sud du pays. Un appel à même de mettre à mal la  cohésion sociale et nationale, si on sait décoder les codes envoyés à la cible. Dans sa stratégie d’incarner l’aile radicale de l’opposition au régime, Ousmane Sonko n’a jamais cessé de tenter le diable. 

L’on se rappelle de sa déclaration incendiaire sur les Présidents du Sénégal : «Nos politiciens sont des criminels. Ceux qui ont dirigé le Sénégal depuis 2000, si on les regroupe et on les fusille, on ne commettrait aucun péché». Ses sorties acerbes contre la classe politique en général lorsqu’il traitait de comploteurs  ceux qui avaient accepté d’aller au dialogue. Mais, l’affaire des 94 milliards qui a abouti au rapport de la Commission d’enquête parlementaire qui le “mouille”, risque de lui créer des ennuis judiciaires avec une plainte qui lui pend au nez . 

Dans sa riposte au lieu de brandir des preuves tangibles et irréfutables comme ses adversaires le lui demandent, Ousmane Sonko s’accroche sur une branche très dangereuse et brandit la fibre de la régionaliste en tant que casamançais. Ousmane Sonko est libre d’utiliser ses jeunes partisans pour insulter  et calomnier la classe politique mais, il doit savoir qu’il est dangereux d’essayer de saper la cohésion nationale pour ses seuls intérêts. 

Le timing et les éléments de langage utilisés dans son “show” samedi dernier à Ziguinchor sont d’une bassesse sidérante. Plus prosaïquement, je dois rappeler que Sonko n’a aucun droit de réveiller les vieux démons qui s’estompent mais que le peuple ne pourra jamais oublier. M. Sonko, respectez toutes ces familles endeuillées par l’un des plus vieux conflits du continent. La Casamance, le Sénégal n’a pas oublié le funeste du mardi 19 août 1997. Une date maudite pour l’armée sénégalaise; Vingt cinq (25) Diambars, des éléments des forces spéciales, avaient été tués à Mandina Mancagne, près de Ziguinchor, dans une embuscade du MFDC.

Sans occulter, récemment, le massacre de civils dans la forêt de Bofa Bayotte.

Les stigmates de ces plaies sont encore vivaces.  Pour dire que les meilleurs d’entre nous sénégalais ont versé leur sang pour que cette nation reste une et indivisible. Faire de la politique en utilisant ces leviers relève de l’indignité effarante. Cependant, la réponse de Jean Marie François Biagui, à l’appel de Sonko donne de l’espoir et conforte l’idée que personne n’est dupe.

L’ancien SG du MFDC dans une excellente et clairvoyante contribution publiée ce dimanche 13 octobre 2019, lui dit non. Il rappelle à Sonko que “cette affaire des 94 milliards est NON-CASAMANÇAISE”. Et de conclure: “Aller devant la justice permettra à l’accusé de laver son honneur ou à l’accusateur de s’honorer en prouvant ses accusations”.  Comme pour rappeler   encore une fois de plus que c’est un conflit personnel qui oppose Ousmane Sonko à Mamour Diallo, ancien Directeur des domaines. Et le leader de Pastef en Parangon de la droiture doit aussi savoir qu’il  y a des mots qui tuent. Des mots d’une violence inouïe qui finissent par avoir raison des hommes les plus endurants.

En France en 1936, une grande campagne de presse a eu raison du solide Ministre de l’Intérieur, Roger Salengro qui, bien qu’innocent, se suicida. A ses funérailles, le Président du Conseil, Léon Blum en larmes, dénonça avec véhémence le complot.

Soixante ans plus tard, l’histoire bégaya avec François Mitterrand devant le cercueil de Pierre Bérégovoy. «Toutes les explications du monde ne justifieront pas que l’on ait pu livrer aux chiens l’honneur d’un homme…». Il est l’heure M. Sonko, d’aller au tribunal comme vous l’avez toujours souhaité et comme Jean Marie François Biagui vous y invite.

Ousmane Dabo

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