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Larguer les amarres

Le rapport de Felwine Sarr et de Geneviève de Savoie sur le rapatriement des biens culturels africains logés actuellement hors du continent, suscite de grands débats au sein de l’intelligentsia européenne.

Certains universitaires, historiens, archéologues et conservateurs de musée manifestent une farouche opposition aux propositions contenues dans ce rapport qui inventorie des listes des biens culturels provisoires que d’anciennes autorités coloniales civiles et militaires ont soustraits sur le continent comme butins de guerre ou comme des relevés, échantillons d’objets culturels considérés comme de l’art primitif même si certains étaient plutôt des objets sacrés faisant l’objet de culte de certaines populations, car étant le fondement de leur paradigme et système de valeurs qui se perpétuent jusqu’à nos jours.

Le principe fondamental que pose ce rapport Sarr et Savoie est le retour à leur propriétaire naturel et légitime car héritièr de leurs aïeuls spoliés depuis l’époque coloniale d’un patrimoine qui ne saurait revenir aux descendants des colons européens qui avaient fait main basse sur le continent africain sur tout ce qui avait de la valeur ou de la richesse à leurs yeux.

Il faut se rappeler, d’ailleurs, de cette célèbre philosophie de Jomo Kenyatta, ancien président du Kenya et fer de lance de la résistance des Mau-Mau au Kenya face aux colons britanniques. Cet illustre résistant africain connu sous le nom de guerre de Burning Spear (Javelot enflammé) disait : « quand les Blancs sont arrivés en Afrique, les prêtres nous ont tendu la bible pour le lire. Quand nous avons relevé la tête, les soldats avaient des fusils braqués sur nous et ils nous ont pris nos terres ».

« Ceux qui arrivent à vaincre sans avoir raison », dit le vieux Diallobé à l’adresse de Samba Diallo dans le remarquable ouvrage de Cheikh Hamidou Kane l’Aventure ambiguë. Et donc, ils ont vaincu par la force et nous ont privé d’identité et de paroles, a clamé Aimé Césaire en nous imposant l’esclavage et la déportation et n’avaient, donc, aucun scrupule à spolier des objets culturels ou sacrés des populations africaines et qu’ils veulent conserver indument aujourd’hui dans des musées ou au sein de collection privée en Occident.

Il ne saurait y avoir un débat pour ou contre la restitution des biens culturels sacrés du simple fait que les pays africains n’ont ni les lieux de conservation de cette mémoire ni les moyens de bien les conserver.
D’ailleurs, ceux qui, en France, s’opposent à la restitution des biens africains, devraient d’abord balayer devant leur porte.

Car, pour la célébration du 500e anniversaire de Leonardo Da Vincy, architecte, décorateur, peintre et père du célèbre tableau la Joconde ou « Mona Lisa », l’objet d’art le plus prestigieux du grand Musée du Louvre, l’Italie se scandalise du fait que la majorité des œuvres de cet illustre italien séjourne en France et non en Italie son pays natal.

C’est pourquoi, le Ministre italien de la Culture réclame, à la fois, le retour des tableaux et même des fresques murales ornant des églises et des châteaux en France de cette icône de la Renaissance au pays de Dante et de Machiavel.

Va-t-on accepter deux poids et deux mesures et donner raison, ainsi, à Nicolas Sarkozy qui soutenait que l’Afrique n’est pas encore entrée dans l’Histoire.

Les Autorités françaises viennent de décider de l’augmentation des frais de scolarité des étudiants non-européens désireux de poursuivre des études supérieures au pays de Montesquieu.
Elles en ont le droit. Les Africains francophones auraient tord, de mon point de vue, de s’en offusquer ou de se scandaliser en demandant une révision à la baisse de ces nouveaux tarifs.

Il faut savoir que le coût des études supérieures est beaucoup plus élevé en Angleterre, aux USA, au Canada, en Allemagne et en Suède qu’en France, malgré cette augmentation vertigineuse décidée par le gouvernement français. 60 ans, après les indépendances africaines et 20 ans, après le début de ce 21e siècle, être locuteur en Français, nous enferme plutôt dans le ghetto linguistique, culturel et nous rend analphabètes du tempo de la planète où la langue anglaise est devenue un véritable esperanto, utilisée partout comme vecteur de communication et langue de transmission des connaissances scientifiques, techniques médicales et culturelles, talonnée par l’Espagnol, le Mandarin, l’Indi et l’Arabe.

S’il y a encore une vingtaine d’années les élites africaines francophones se bousculaient pour parfaire leur formation universitaire et leur acquisition en savoir et en connaissance en France, ce n’est plus le cas depuis plus deux décennies.

Les USA, le Canada, la Chine, les pays du Golfe Arabe ou l’Indonésie et la Malaisie sont devenues les premières destinations des étudiants africains et ont détrôné la destination France reléguée comme un choix par défaut par les jeunes universitaires africains n’arrivant pas à obtenir un sésame vers ces nouveaux temples du savoir américain ou asiatique.

La France accueille plus de trois cent cinquante mille étudiants étrangers par an dont près de cent soixante quinze mille étudiants africains parmi lesquels, les Maghrébins (Marocains, Tunisiens, Algériens) constituent les ¾, talonnés par les Camerounais et les Sénégalais.

L’objectif des autorités françaises est d’atteindre à terme un quota de cinq cent mille étudiants étrangers en France qui est, aujourd’hui, la quatrième la plus recherchée sur ce segment.

Le marché de l’éducation et de la formation qui anime le mouvement et le flux des étudiants internationaux sur la planète représente un marché évalué à plus de cent milliards de dollars et les pays qui alimentent le mouvement étudiant à l’étranger sont la Chine, l’Inde et la Corée du Sud.
L’ambition des autorités françaises est de rendre plus attractive la destination éducation et formation vers ces marchés en promouvant encore plus la recherche au sein des universités françaises ainsi que l’utilisation de l’Anglais au même rang et le Français.

Des pays comme la Chine, la Turquie ou l’Indonésie commencent, d’ailleurs, à récolter les premiers fruits de cette ouverture vers le continent africain et de cette politique d’accueil d’étudiants et stagiaires en provenance du continent noir.

Ce qui se traduit sur le plan économique en gain réel, des parts de marché, mais aussi en influence sur le plan culturel et économique, car les diplômés et stagiaires ayant été formés chez eux mettent en place des réseaux de solidarité et d’influence.
Si les Français veulent se replier sur eux-mêmes et sur le passé, pourquoi nous priverions-nous de cette opportunité pour mieux nous associer avec ceux qui regarde avec optimisme le futur ?

Abdoulaye Bamba DIALLO

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