EDITORIAL : Le choix des armes

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Un vent de puritanisme souffle sur la société sénégalaise à l’écoute des discours, prises de position et prêches de certains hommes religieux. Du Magal au Gamou en passant par les ziarras et les conférences religieuses, un discours moralisateur est propagé prônant un retour à un ordre moral rigoriste reposant sur nos traditions et la religion. Une posture qui, à bien des égards, apparaît aux yeux de quelques observateurs comme religieuse à relent politique.

S’il n’y a rien d’incongru dans ces prises de position de père-la-vertu ou de gardiens de bonnes mœurs contre l’homosexualité, la prostitution, la drogue et la franc-maçonnerie, cela paraît tout de même étonnant dans une société de plus en plus permissive et hédoniste. De fortes composantes de sa jeunesse, de sa gente féminine et du monde artistique manifestent une plus grande tolérance  aux apports culturels et sociaux en provenance du monde extérieur occidental où les mœurs favorisent la propagation de nouveaux « droits humains » (selon leur valeur) comme les LGBT, l’union libre, la vente libre de drogue douce.

A l’évidence, le Sénégal est devenu une véritable société à deux vitesses et à plusieurs visages où cohabitent les partisans d’une adhésion tournée vers l’Occident judéo-chrétien et ses valeurs de civilisation et un autre camp lui plutôt tourné vers le modèle culturel arabe et à un islamisme exaltant la charria. De même la dualité sur le champ économique et social a fortement accentué le clivage entre riches et pauvres entre possédants et démunis avec accroissement de la paupérisation facteur aggravant de la division sociale. Ce terreau favorable a toutes les manipulations est devenu le terrain favori des forces obscures où se déroulent et s’affrontent les projets politiques en utilisant au besoin le social, l’éducation, le divertissement pour atteindre ses objectifs en triturant les imaginaires des pauvres ouailles, militants potentiels et électeurs en puissance.

Sommes-nous devenus avec ces courants contraires et leur antagonisme une société schizophrène ? Le paysage qui s’offre sous nos yeux est devenu un terrain d’affrontement. Les modèles dominants que véhiculent les médias audiovisuels influents, les vedettes artistiques et sportives à la mode usent des mêmes effets de mode que leurs semblables de Paris, Tokyo, Miami, Séoul, Abidjan, Nairobi ou New York. Téhéran, Riyad, Bagdad ou Kano (au Nigeria) où trônent les partisans du tchador, de la femme au foyer et de la fermeture des bars et débits de boisson alcoolisée ne paraissent pas faire rêver grand nombre sous nos cieux. 

Toutefois, même si nos belles sénégalaises sont de plus en plus acquises au foulard islamique et aux tuniques arabes, elles semblent en avoir fait plus un attribut d’élégance vestimentaire qu’une manifestation religieuse partisane. L’évolution du statut de la femme est à la fois un résumé et une synthèse des mutations les plus profondes qui traversent notre société.

La scolarisation des filles a été si rapide  que le nombre de cadres femmes, de scientifiques sans compter le niveau intermédiaire a entraîné un boom de la présence féminine dans tous les secteurs professionnels et politiques.

Le dernier exemple en date est que deux femmes occupent la présidence de deux institutions sur les quatre les plus prestigieuses de la République.* Au passage, l’excision et le mariage précoce des filles sont en régression même dans les régions où ces deux phénomènes sévissaient presque de manière endémique. 

Le tout est donc de savoir qui sont ceux qui voguent à contrecourant dans cet affrontement où les partisans du retour à un ordre moral peuvent butter sur une évolution des mœurs plus acquise à la tolérance et au respect de la différence charriant elle aussi ses propres déviances comme les relations contre nature et la disparition du mariage. Et sans morale point de vertu…

ABD

* Aminata Mbengue NDIAYE, Présidente du HCCT et Aminata TOURE, Présidente du CESE aux côtés de Moustapha NIASSE au Perchoir et Macky SALL, Chef de l’Etat

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