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EDITORIAL : L’émergence, une chimère sénégalaise

Ce dernier trimestre de l’année est le plus généreux en jours de fête. D’octobre à décembre, pour un stock de jours estimé à 90 entre les jours fériés et les week-end, l’équivalent de près d’un mois complet presque 30 jours ont été chômés, fériés et payés.

 

Il suffit de dresser un calendrier de ces jours de réjouissance civile et religieuse à compter du 1er octobre dernier jusqu’au 31 décembre prochain pour se rendre compte que cette année,  l’Etat a octroyé l’équivalent d’un mois de congés à tous les habitants  de ce pays. Pour un pays qui veut parvenir à l’émergence en 2035, Cela semble, donc, être bien parti, nous sommes sur le bon chemin.

Le début prématuré de la campagne électorale pour la présidentielle de février prochain avait déjà donné le ton et annoncé la couleur avec cette overdose de paroles, d’invectives et de surenchères faisant que,  dans les coins et recoins du pays, on ne parle que de politique au détriment de la production et de la création de richesses.

Le pays ne vit pas au ralenti, mais on y consacre le plus clair de son temps et de son énergie en débats et discussions abondantes en paroles et peu tournées vers des actions concrètes. Et cela devrait aller crescendo avec l’entrée en scène prochaine du Conseil Constitutionnel pour la validation des candidatures. Le paroxysme sera atteint à partir de janvier pour durer jusqu’en février avec le démarrage officiel de la campagne électorale.

L’autre singularité bien sénégalaise est ce débat fait de passion et de tension sur le pétrole et le gaz sur fond d’accusations de malversation et de collision avec des firmes étrangères alors que nous n’en sommes encore qu’au stade de découvertes qui ne deviendront des richesses que si l’on passe au stade supérieur à savoir mobiliser les investissements, maîtriser la technologie pour l’extraction et la transformations de ces énergies fossiles. Pour l’heure, aucune goutte de pétrole, aucun volume de gaz ne sont encore extraits et sortis du sous-sol national et vendus ici ou ailleurs.

Les prévisions des spécialistes annoncent les débuts de l’exploitation de ces énergies fossiles entre 2021 et 2022. Une démarche pragmatique c’est-à-dire anglo-saxonne ou asiatique aurait voulu que nous mettions à profit cette période pour initier et former un maximum de jeunes sénégalais à tous les métiers du pétrole et du gaz allant de la prospection au trading en passant par l’extraction, l’exploitation et le raffinage.

Surtout que les investissements consentis par notre pays en matière d’éducation depuis les indépendances et qui ont complétement explosé durant la première décennie du 21e siècle permettent au Sénégal de disposer aujourd’hui des milliers et des milliers de bacheliers et d’étudiants dans les séries scientifiques et techniques ainsi que les filières de finance, de gestion et de commerce international. Qui plus est, c’est aujourd’hui, l’économie du savoir qui a pris le dessus sur l’ensemble de la planète, sur l’agriculture et l’industrie.

Il n’y a qu’à voir le poids et le rôle que jouent les Gafam (Google, Amazon, Facebook, Apple et Microsoft ) devant les plus grandes et les plus puissantes multinationales de l’industrie comme les constructeurs automobiles, les fabricants d’avion, de train, de centrale nucléaire ou les majors de l’énergie pétrolière et du gaz comme Exxon, Bp, Total pour optimiser cette potentialité d’une jeunesse alphabétisée, éduquée et ayant actuellement des aptitudes intellectuelles et éducatives de niveau international.

Autre facteur majeur à tenir en compte, si l’ère du pétrole et du gaz démarre au Sénégal tel que prévu en 2022, cela devrait, donc, lui ouvrir de nouveaux horizons, ce qui en ferait forcément un eldorado qui va opérer  comme un appel d’air et agir comme un aimant en attirant tous les candidats à la recherche de bonne fortune d’Afrique et d’ailleurs. D’où la nécessité de renforcer la compétence, les procédures et les moyens de nos différentes forces de sécurité aériennes, terrestres et maritimes afin qu’elles puissent faire face aux pesanteurs  et aux nuisances que charrient tout espace géographique devenant un pôle de croissance et de création de richesses.

De mon point de vue, en arrivant au pouvoir en mars 2000, Me Abdoulaye Wade s’est imposé comme le premier véritable bâtisseur du Sénégal et a eu des réussites certaines sur le plan du développement des infrastructures et des grands travaux, mais là où il a péché, c’est au niveau des mentalités. L’indolence, le peu d’ardeur au travail et le culte de la productivité et du rendement ne sont pas encore des spécificités ou des particularités locales.

Macky Sall ou son successeur pourraient être d’excellents continuateurs de cette dynamique wadienne en étant à la fois constructeurs mais mieux en devenant les « modernisateurs » du pays en s’occupant comme les scientifiques des mentalités individuelles et collectives et surtout de notre rapport  au travail et au civisme. Car une société où l’ostentation, le paraître accordent plus d’importance aux festivités et réjouissances comme les baptêmes, les cérémonies de mariage, les célébrations de retour de pèlerinage sans compter les multiples magals et gamou et produits religieux dérivés au détriment de l’épargne qui a une fonction à la fois sociale et économique, ne peut se projeter sur une émergence à l’horizon aussi proche  que 2035 sans changer certains de ces comportements et habitudes voulant que l’on dépense plus que l’on gagne et que l’on gagne plus en travaillant moins.

Cette overdose de jours fériés en est une illustration.

Abdoulaye Bamba DIALLO

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