EDITORIAL : L’Etat sauvage

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Véritablement le combat qui se déroule avec cette affaire des Talibés  du daara de Coki  est celui entre le bon sens et la bêtise pour le triomphe de la raison sur la passion. Il faut donc éviter de céder à la malice et faire preuve  d’ingéniosité  pour le triomphe des seuls intérêts des enfants. Cela est une abomination que de vouloir la poursuite d’un modèle d’enseignement qui s’octroie le droit de ravaler un disciple récalcitrant ou turbulent au rang de bête sauvage à qui il faut mettre des fers pour le neutraliser.

Ni la religion, ni le Saint Coran, ni l’école coranique ne sont remis en cause. Ce sont les méthodes et les pratiques comme les punitions corporelles, les viols, la mendicité et l’errance qui font des jeunes talibés  des proies et des parias qu’il nous faut éradiquer totalement ici et maintenant. Ce combat est donc celui contre l’aliénation, l’obscurantisme et le refus d’un système féodal déniant tous ses droits à l’épanouissement, à l’éveil de conscience à une enfance martyrisée et traumatisée. Si les actuels tenants de l’Etat républicain ne peuvent y veiller et faire respecter la loi, cela est une véritable abdication devant ces oppresseurs d’enfants.

Il ne saurait y avoir de territoires perdus pour la République, c’est à dire des résidus de territoires où l’Etat ne puisse faire exercer et faire respecter la loi. Cela voudrait dire que partout et pour tous ne doivent prévaloir que l’égalité citoyenne et le respect des valeurs républicaines sans ostracisme contre la foi et la pratique religieuse.

Au fil des ans et surtout durant ces trente dernières années, la classe politique nationale a trop cédé et reculé devant la classe religieuse. Sous prétexte de s’attirer leur faveur et d’obtenir des consignes de vote, de Diouf à Macky en passant par Wade, tous les régimes qui se sont succédé au sommet de l’Etat ont fini par faire mettre à terre les deux genoux de l’Etat au détriment de son autorité.

L’affaiblissement de l’Etat s’est opéré lentement mais, surtout, tout simplement  parce qu’à force de vouloir plaire à des religieux, le distinguo ne s’opère plus entre les prérogatives et les compétences de l’Etat et celles de l’Establishment religieux (toutes confessions confondues). Certes, la laïcité de la République et donc de l’Etat ne veut pas dire une neutralité agnostique mais plutôt la séparation du culte et de l’Etat.

Au nom d’un ordre moral et des valeurs culturelles communes et partagées, combattre les déviances sexuelles comme l’homosexualité masculine et féminine et s’opposer à leur légalisation ainsi qu’à celle de la drogue sont des causes nobles et des combats acceptables autant on ne saurait fermer les yeux ou s’autoriser une neutralité dans la défense des droits de l’enfance. La loi doit s’appliquer sans peur et sans reproche dans le strict respect des droits de toutes les parties en présence.

Le terrorisme et la violence ne sont que les armes des faibles. Etre juste, c’est bien ce que recommande la religion. Et quand on a la foi et que l’on est convaincu de la justesse de sa cause et de la pertinence de ses idées, on n’use pas d’intimidation, d’injonction, de violence pour faire prévaloir sa posture.

La croisade de l’Eglise à Rome contre les pratiques pédophiles et les agressions sexuelles commises sous le couvert de la religion en est une preuve. Le service de Dieu doit s’exercer sans pression ni violence mais plutôt avec sagesse, raison et persuasion.

C’est ce que le Saint Père François 1er a tenu à rappeler avec sa nouvelle croisade contre tous les oligarques de l’Eglise mis à l’indexe par les croyants et pratiquants de leur pays et que la justice a épinglés.

Les meilleurs défenseurs du mode d’enseignement de l’école coranique au Sénégal sont tous ces jeunes disciples qui, ces dernières années, se sont fait distinguer au Sénégal et à l’international dans les concours de récital du Coran. Ces filles et garçons sont devenus des modèles et des exemples au même titre que les cracks du système éducatif occidental que le Concours général couronne chaque année et sont tous issus de daara où il n’y a ni sévices corporels, ni enchaînement, ni emprisonnement de disciples.

Les daaras où s’exercent des sévices et une rigueur incompatible avec un enseignement, une éducation épanouissante n’ont pas à ce jour, produit des cracks du Coran faisant la fierté du Sénégal au sein de la Ummah islamique.

Abdoulaye Bamba DIALLO

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