EDITORIAL : Macky, le nouveau Seigneur républicain des arènes

Partager
  •   
  •   
  •   
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Le Sénégal va entrer dans une nouvelle République avec la suppression annoncée du poste de Premier Ministre concomitamment avec le renforcement et la concentration des attributs du pouvoir exécutif entre les seules mains du Président de la République et cela peut s’avérer être un tournant décisif dans la vie politique nationale.

Ce nouveau monarque républicain va, ainsi, devenir un véritable démiurge trônant au sein d’un exécutif où il n’aura que des assistants et des collaborateurs agissant comme des chargés de mission disséminés entre la Présidence de la République, les Ministères et la Haute Administration pour y exercer sa volonté et ses désidérata.

Cette option du Président Macky Sall, nouvellement élu, est énigmatique et déconcertante à la fois, car, elle ne semble pas avoir livré tous ses secrets et semble aller en contre courant des tendances de notre époque où la décentralisation ainsi que la déconcentration donnent plus la faveur en un partage des pouvoirs et à un éclatement de la décision plutôt qu’à l’hyper présidentialisation.

Cet énième tripatouillage de la Constitution va-t-il s’arrêter seulement à la suppression du poste du Premier Ministre et à celui du gouvernement ou va-t-il toucher d’autres domaines comme le mandat présidentiel, le cumul des mandats, la réédition des comptes et autres sujets relatifs à de nouveaux droits citoyens ?

De nombreuses interrogations surgissent ici et là relativement à cette carte surprise et maîtresse que le nouvel élu du 24 février dernier a sorti de sa manche au grand étonnement de tous et à la surprise générale de tous les acteurs du jeu politique.

De Senghor à Macky en passant par Diouf et Wade, tous les Présidents qui se sont succédés au sommet de l’Etat au Sénégal se sont distingués par leur utilisation outrancière et abusive de la Constitution à leurs propres intérêts et profits en fonction de leurs besoins et de leurs intérêts ponctuels. Parvenus au pouvoir, ils taillent tous ou retaillent la Constitution à leur mesure et en fonction des objectifs d’un futur proche.

Ainsi, la loi fondamentale a-t-elle toujours été touchée et retouchée selon le bon plaisir du monarque républicain en exercice ?

Senghor, après s’être débarrassé de Mamadou Dia en 62, tout en conservant le régime parlementaire, a fait supprimer le poste de Président du Conseil pour instaurer un régime présidentiel où l’alpha et l’oméga étaient de l’apanage exclusif d’un président élu au suffrage universel qui est le seul habilité à définir et conduire la politique de la Nation.

A l’éclatement de la Fédération du Mali en 1960, Senghor, alors, Président de l’Assemblée Nationale de la Fédération du Mali, avait été élu par les députés du Sénégal comme Président de la République, alors que Mamadou Dia devenait Président du Conseil et Chef du gouvernement.

En 1972, cette nouvelle Constitution, version Senghor, donnera naissance au fameux article 35 qui lui a permis de se choisir un dauphin constitutionnel, Abdou Diouf, intronisé Président par sa seule volonté à lui en 81 et non par le fait du suffrage des électeurs.

En 1991, devenu lui même Président, le même Abdou Diouf « toilettera » la Constitution pour instaurer un mandat présidentiel de sept (07) ans renouvelable une fois envoyant aux oubliettes le quinquennat qui était la marque de fabrique du mandat présidentiel au Sénégal depuis l’indépendance.

Le même Président Diouf avait, déjà, fait supprimer le poste de Premier Ministre en 1983 du fait de la guerre de N° 2 de son régime qui opposait Habib Thiam et Jean Collin. Il remettra le poste de Premier Ministre en 1991 pour le redonner à Habib Thiam avant de sceller une alliance de gouvernement avec Me Abdoulaye Wade.

En janvier 2001, Me Abdoulaye Wade que l’alternance avait mis au pouvoir un an auparavant « tailla » la Constitution pour supprimer le septennat et revenir au quinquennat au cours d’un référendum, mais réinstallera le septennat en 2008 par voie parlementaire.

On le voit bien, donc, la Constitution au Sénégal est à géométrie variable pour le monarque républicain, car tous les prédécesseurs de Macky Sall se sont comportés en monarque même si leur style a pu être différent et leur méthode plus ou moins feutrée ou outrageante. Senghor se réclamait humaniste, Diouf se proclamait démocrate et Wade avait la tentation d’un despotisme éclairé.

Seulement l’objectif était le même pour eux tous : être le seul Maître à bord et le seul traceur de destins.

Après son référendum de Février 2016 qui contenait dix-huit (18) propositions, il est très étonnant, donc, que Macky Sall revienne si rapidement proposer à nouveau une retouche de la Constitution sans que cela ne cache quelque chose.

Le retour du Professeur Ismaëla Madior Fall à la Présidence rend encore les choses plus suspectes. Ce constitutionnaliste, bretteur et espiègle s’est taillé depuis belle lurette une réputation de « tailleur » constitutionnel, diligent et fonceur dans l’exécution des désidérata de son Maître du moment.

Conseiller juridique, à nouveau, de l’ingénieur-président Macky Sall, qui, lui brille par sa capacité à acter avec méthode et minutie, ce retour du « tailleur constitutionnel » introduit le doute dans les intentions prêtées à celui qui vient de débuter son second et dernier mandat. Ce nouveau partenariat entre le juriste et le scientifique devrait produire des surprises avec ces réformes annoncées.

Et la grande interrogation tourne autour de ce silence assourdissant qui semble avoir frappé toute la cité depuis la tenue des élections présidentielles avec une opposition devenue muette et invisible, une intelligentsia qui joue les spectatrices et les populations qui ne manifestent ni joie dans le camp des vainqueurs, ni déception dans celui des défaits du 24 février dernier.

Ce calme est-il trompeur et révélateur d’une situation anesthésiante ou est-il l’expression d’un désappointement et d’un désamour profond entre les élites dirigeantes et la majorité silencieuse.

Abdoulaye Bamba DIALLO
PS : Youssou Ndour avait crée une chanson intitulée « Mor Ndadjé » après l’adoption de la Constitution de 2001 par Me Wade. Va-t-il composer une chanson pour Macky Sall aussi après la réforme constitutionnelle annoncée ?

%d blogueurs aiment cette page :