EDITORIAL : Seul contre tous

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La situation qui prévaut sur la scène politique nationale est-elle alarmante au point de susciter la peur de dérapages violents, sanglants et meurtriers ? Le principe de précaution enseigne qu’il vaut mieux prévenir que guérir et la sagesse, elle, recommande de savoir toujours tirer des leçons des erreurs et évènements du passé.

Il faut se rappeler de février 88 et l’état d’urgence qui était sorti des urnes à la présidentielle de cette année. Tout comme celle de février 93 avec la démission de Kéba Mbaye, des législatives de mai de cette même année avec l’assassinat du juge Babacar Sèye.

La violence sera encore présente le 23 juin 2011 lors du vote du quart bloquant et la Vice présidence ainsi que la présidentielle de 2012. Tout cela pour rappeler que la passion et la tension arrivent toujours sous nos cieux avec la rupture du dialogue favorisant, ainsi les affrontements politiques. Et cela peut aller dans ce sens avec cette période pré-électorale où le parrainage a créé beaucoup de frustrations, de déception et semble nourrir des rancunes tenaces.

Assis sur la légalité de son élection au second tour en 2012 face à Abdoulaye Wade et la légitimité de son mandat obtenu avec 65% auprès de l’électorat, le Président Macky Sall a un style solitaire de gouvernance des affaires publiques reposant sur le caractère présidentiel du Régime politique sénégalais.

Le Président de la République définit et conduit la politique de la Nation sous la coordination d’un Premier Ministre, Chef d’un gouvernement, instrument d’exécution au service du Chef de l’Etat.

L’opposition actuelle souffre énormément de ne pas être consulté et reproche au Régime du jeune Président de faire fi de ses droits, de ses revendications et de l’absence de considération à son égard.

Le Président Macky Sall privilégie le temps de l’action sur le temps de la parole et met ainsi les arbitrages de tous les différends politiques, économiques et sociaux sous l’égide de l’Etat et des ses Institutions et non devant la classe politique ou de l’opinion publique. Son viatique proclame que sa responsabilité ne porte que sur l’application de la loi.

Les négociations, les pourparlers paraissent n’être pour lui que des pertes de temps retardant l’action sur le terrain. Alors que tout est urgence. Lui, effectue une course contre la montre, car il veut marquer et laisser l’empreinte de son passage à la tête de l’Etat comme travailleur et bâtisseur.

Cela est-elle une bonne méthode de gouvernance ?

A la différence de Me Wade qui, en plus de l’audace et de l’ambition, était l’acteur et l’orateur, moteur et catalyseur de la scène politique durant les douze (12) années de son magistère, Macky Sall, ingénieur et scientifique, n’est obnubilé que par des réalisations et la sortie sous terre de ses projets majeurs. Comme Président de la République, comme leader de l’APR et patron de la majorité présidentielle, il définit les orientations, fixe ses objectifs et met ses collaborateurs à contribution.

L’évaluation des objectifs et le chronogramme de ses réalisations ayant à ses yeux beaucoup plus d’importance que les débats interminables, les discussions incessantes sur tout et rien à la fois. Macky Sall, sur ses dehors débonnaires, est un véritable fonceur qui, à l’image de sa trajectoire météorique en politique, agit comme s’il voulait faire comprendre à tous qu’il n’est sous la coupe réglée d’aucun événement et n’est sous l’influence d’aucun politicien ou d’une formation politique et qu’il ne dépend de personne.

Il réfléchit beaucoup, il consulte énormément surtout avec les experts, écoute avec attention tous ses interlocuteurs, mais décide seul. Il agit seul afin de prouver qu’il n’est à la remorque d’aucune force politique, religieuse ou sociale. Et cela crée beaucoup de frustration, du dépit et de la rancœur au niveau de l’APR, de Benno Book Yaakar et de l’opposition.

On ne saurait lui reprocher d’être au travail, car la réussite économique est le préalable à la résolution de tous les problèmes sociaux et raffermit la souveraineté d’un pays en rendant valeureuses ses populations.

En retour, le règlement et la résolution consensuels des différends en politique sont un préalable à toute pacification d’un espace géographique qui entend être une terre de prospérité agréable où il fait bon vivre.

Et sous ce rapport, un pays a autant besoin d’un dirigeant au sommet clairvoyant, ambitieux et déterminé que d’une opposition forte et crédible.

En sommes-nous loin ou sommes-nous arrivés au point de rupture préfigurant de situations convulsives dès l’ouverture officielle de la campagne électorale le 03 février prochain ?

Abdoulaye Bamba DIALLO

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