Harcèlement sexuel à l’école : Faut-il lancer le Hashtag #BalanceTonProf ? – Par S. Mb. Ndiaye

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Les enseignants en ont oublié les sempiternelles promesses non tenues de l’Etat et les menaces de grève qui ponctuent chaque début d’année scolaire. Il faut dire que le coup reçu cette année est sans commune mesure avec les lénifiantes dérobades du gouvernement.

 

Un coup de pilon qui fait d’autant plus mal aux enseignants, qu’il vise une partie de leur anatomie aux antipodes de leur sphère de compétence qu’est le cerveau, et qu’il vient d’une organisation dont la crédibilité, la compétence et la neutralité sont difficilement prenables à défaut : Human Rights Watch, une Organisation Non Gouvernementale créée en 1978 et basée à New York dont la mission est la défense des Droits et de la Dignité de l’homme.

Le rapport de 98 pages est publié le 18 octobre 2018 et intitulé « Ce n’est pas normal : Exploitation, harcèlement et abus dans les écoles secondaires au Sénégal. »
« Il ressort d’entretiens individuels et collectifs avec 160 filles dans 4 régions du Sénégal, que les enseignants abusent de leur autorité pour solliciter de leurs élèves, des faveurs sexuelles contre de bonnes notes, de l’ argent, de la nourriture, des téléphones portables ou des vêtements.
Des enseignants abusifs et d’autres membres du personnel scolaire exploitent, harcellent et abusent sexuellement des adolescentes dans des écoles secondaires du Sénégal. »

Un rapport qui a suscité une réaction unanime de Serigne Mbaye Thiam, ministre de l’éducation nationale et des syndicats d’enseignants, unis (pour une fois) dans la même crise d’indignation et d’hystérie.
« Nous dénonçons ce rapport de Human Rights Watch, s’étrangle sur BBC Abdoulaye Ndoye , secrétaire général du Cadre Unitaire des Syndicats du Moyen Secondaire ( CUSEM ). Nous demandons son retrait et que HRW présente ses excuses. Cet échantillon n’est pas assez représentatif du système éducatif Sénégalais. Ce rapport est léger et ne repose sur rien. Il ne viserait qu’à jeter le discrédit sur les enseignants et sur le système éducatif Sénégalais. »

Le ministre de l’éducation nationale fait chorus : « L’étude ne repose pas sur des bases scientifiques rigoureuses », hoquette Serigne Mbaye Thiam.

Les entretiens ont été menés dans 14 collèges et 8 lycées implantés dans 3 des 14 régions du pays et un échantillon de 164 filles sur 544 775 inscrites au Moyen et au Secondaire. « Soit un pourcentage de 0,029% ».

A entendre le ministre de l’éducation nationale et les enseignants, on a l’impression d’être en face de techniciens qui discutent paisiblement de données statistiques, et non de destins brisés de milliers de jeunes filles par le fait de prédateurs drapés du costume respectable d’éducateurs.

Des prédateurs sexuels dont les vils agissements mis à nu par Human Rigth Watch lèvent en même temps le voile sur les manquements de leur hiérarchie syndicale et leur tutelle.

Le ministre et les syndicalistes préfèrent nier une évidence en se retranchant derrière un « échantillon qui n’est pas représentatif et sur une absence de base scientifique. »

Une posture qui leur permet d’évacuer leur propre responsabilité et insuffisance dans une situation que nous savons tous endémique.
Aucun Sénégalais n’a besoin de « base scientifique » pour savoir que du collège à l’université, les filles paient souvent en nature pour avoir de bonnes notes ou pour passer en classe supérieure et qu’il ne s’agit pas de faits de quelques brebis galeuses, mais d’un système qui a fini de se cristalliser, surtout dans les régions de l’intérieur où sévit la pauvreté.

Lors des examens du Bac 2017, à Koutal, une commune de Kaolack, le président du jury, professeur d’Espagnol au Lycée Malick Sy de Thiés avait été surpris par une patrouille de gendarmerie en train d’avoir des relations sexuelles avec une de ses candidates dans son véhicule.
Des abus sexuels dont les corolaires sont souvent des grossesses précoces ou non désirées, des déperditions scolaires, voire des infanticides.

En juin 2015, le Groupe pour l’étude et l’enseignement de la Population avait rendu publique une étude démontrant qu’entre 2010 et 2014, 1971 grossesses de filles de 13 à 19 ans avaient été recensées dans les écoles.

Des abus sexuels sur lesquels on jette encore le voile de la « sutura » et contre lesquels, il ne faut pas attendre une réaction à la hauteur de la gravité de la part de l’État et des syndicats.

En effet, en accusant à son tour Human Rigths Watch de vouloir pousser le Sénégal à introduire l’éducation sexuelle dans nos écoles, Serigne Mbaye Thiam ne fait qu’adopter une tactique bien connue des Sapeurs Pompiers : allumer un contre feu.
La solution pour lutter contre la prédation sexuelle des enseignants est de libérer la parole des filles, en mettant à leur disposition des plateformes où elles peuvent de façon anonyme ou non, dénoncer leurs bourreaux et contraindre les autorités à sévir.

En 2007, Tarana Burke avait lancé Me Too pour dénoncer les abus sexuels contre les minorités visibles. Une idée reprise en 2017 par l’actrice Américaine Alyssa Milano sous la forme d’un Hashtag #MeToo pour encourager les actrices à dénoncer les abus dont elles sont victimes et qui a permis de mettre hors d’état de nuire entre autres, le producteur Harvey Weintein.

L’idée sera reprise le 14 octobre 2017 par la journaliste Française Sandra Muller avec le Hashtag #Balancetonporc.

A quand le #BalanceTonProf ?

 

Serigne Mbacké Ndiaye.

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