LUI PRÉSIDENT, SIX ANS APRÈS !

Alors qu’il est au couchant de son mandat, les Sénégalais eux, n’en sont qu’au début de leur réveil – Le candidat, héraut auto-proclamé de la vertu et de la sobriété est si différent du président en exercice, qu’on se demande s’il n’était pas qu’un leurre

Il y a six ans, les Sénégalais élisaient Macky Sall à la présidence de la République à plus de 65%. Plus qu’un plébiscite, cette élection symbolisait l’espoir de tout un peuple en son quatrième président, le plus jeune jamais choisi à ce poste. Macky Sall fait une entrée fracassante dans l’histoire du Sénégal en déverrouillant tous les codes du suffrage universel.

Il est propulsé à la magistrature suprême dès sa première tentative après seulement trois petites années d’opposition, réussissant un pari fou que beaucoup pensaient irréalisable. Le monde découvre, presque stupéfait, le visage de ce quinquagénaire qui n’aura jamais connu les déconvenues et les échecs inhérents à la conquête du pouvoir.

Un président si bien élu

Jamais aucun président sénégalais, depuis que la sincérité des scrutins est garantie, n’a été élu avec une telle majorité. Rarement président n’a bénéficié d’une telle aura au début de son mandat. «La Patrie avant le parti», son slogan fétiche, marque les esprits et transcende tous les clivages. Macky Sall est adoubé par une immense majorité de Sénégalais.

Son irrésistible engagement de faire de «l’exemplarité et de la gestion sobre et vertueuse», l’horizon indépassable de son mandat, en fait la nouvelle égérie de la «République des valeurs.» Il promet de faire preuve d’une volonté sans faille, pour ramener le vaisseau Sénégal dans la sphère des pays vertueux, après que douze ans de gravitation autour de l’orbite PDS, ont fini de l’arrimer à la galaxie des régimes vicieux.

Macky Sall s’est fait élire sur cette promesse d’une nouvelle gouvernance adossée à une nouvelle République et incarnée par une nouvelle génération. Et las ! Six ans plus tard, alors qu’il est au couchant de son mandat, les Sénégalais, eux, n’en sont qu’au tout début de leur réveil. Et il risque d’être douloureux, tant ce septennat qui s’achève ressemble à un musée des scandales, des dérives, des fractures, des haines, des revanches des incompétences, du népotisme. Sur sa prometteuse enclume d’une «gouvernance sobre, vertueuse, exemplaire et inclusive». Macky Sall nous a méthodiquement forgé l’un des régimes les plus corrompus, affairistes, clientélistes, ethnicistes et autoritaires de toute l’histoire du Sénégal post -ndépendant.

Et ce n’est pas tant son incapacité à tenir ses promesses qui est en soi le problème, mais cette effusion de tromperies qui aura marqué sa présidence. Car Macky Sall n’aura pas que mal gouverné, il a aussi et surtout trompé une bonne partie de ceux qui lui ont accordé cette confiance qui est à la base du contrat qui lie un président et son peuple.

Lui, président

Lui président, il s’était engagé à ne pas nommer plus de 25 ministres. On est si tellement loin du compte que même les Sénégalais en ont perdu le leur. Lorsque le président turc en visite au Sénégal, dans son style abrupt propre aux autocrates, le questionna sur le nombre de ses ministres, l’interrogation eut du mal à trouver sa réponse. Trente neuf officiellement. Mais le nombre de ministres et de ministres conseillers est l’un des secrets les mieux gardés du Palais. Seule certitude, on n’est pas loin du double de ce qu’il avait promis.

Lui président, il s’était engagé urbi et orbi à réduire son mandat de 7 à 5 ans. Ce devait être le marqueur historique de son passage à la tête de l’État. Mais cet engagement qui lui a valu les suffrages de centaines de milliers de Sénégalais et l’admiration du gotha politique et diplomatique mondial finira au rayon des déviances présidentielles. Ce manquement à la parole donnée est pour beaucoup, le fait d’un homme qui a préféré faire passer ses propres ambitions et celles de son clan, avant son honneur personnel et l’éthique individuelle. Cet engagement fort, répété et assumé de réduire son mandat, dépassait son propre destin pour se hisser au niveau de ces décisions sacrificielles qu’aucune loi de l’histoire ne saurait effacer. Mais lui président, a préféré laisser passer le train de l’Histoire, oubliant que la valeur d’un homme se mesure aussi à sa parole. Et pour deux ans de jouissance en plus, Macky Sall a préféré solder la sienne. Ce rétropédalage inattendu et spectaculaire, qui est devenu la pire escroquerie politique d’un président en exercice dans l’histoire du Sénégal, risque d’être rédhibitoire pour son avenir politique, en plus d’avoir largement contribué, à entamer la crédibilité de la parole présidentielle.

Lui président, il avait promis de créer 500 000 emplois par an. Combien exactement après six ans de magistère ? Mystère et boule de gomme, car il n’y a toujours pas de réponse précise et chiffrée à cette interrogation. Ce que l’on sait, c’est que les jeunes sénégalais n’ont jamais été aussi désespérés. Un conseiller du Premier ministre reconnaissait il y a quelques semaines que la question de l’emploi des jeunes « était une véritable bombe » entre les mains de Macky Sall. Le Sénégal vient justement d’être classé premier parmi les pays en Afrique de l’Ouest, dont la jeunesse reste obsédée par l’émigration.

Lui président, il s’était engagé à éradiquer le phénomène des enfants de la rue. Il suffit de se promener sur toute l’étendue du territoire pour constater l’insupportable spectacle des enfants errants. Après une légère accalmie saluée à l’époque par tous les sénégalais, le phénomène a repris de plus belle. Le président ayant fini par céder face aux pressions de certains lobbies qui se drapent du manteau de la religion, pour fructifier leur florissant business sur le dos des enfants.

Lui président, il s’était engagé à garantir au Sénégal une autosuffisance en riz dès 2017. Nous sommes en 2018 et notre pays continue encore aujourd’hui d’importer par centaines de milliers de tonnes, son principal aliment de base. Pis encore, on estime à près de 250 000, le nombre de Sénégalais qui risquent d’être frappés de malnutrition dans le nord du pays.

Un frère perché sur une pyramide de scandales.

Lui président, il s’était engagé à ne nommer aucun membre de sa famille. Sa déclaration résonne encore dans toutes les mémoires. Moi président, tonnait-il, « aucun membre de ma famille ne bénéficierait jamais de ma part, d’un décret de nomination ». Il a bombardé son frère utérin, déjà fortement impliqué dans le plus gigantesque scandale de la République, celui du Pétro Tim, à la tête de la Caisse de Dépôts et de Consignation avec un budget de plus de 200 milliards. Pis encore, il a taillé sur mesure « au frangin » déjà haut perché sur une pyramide de scandales et drogué aux hydrocarbures, un statut d’extra impunité en le mettant hors de portée de tous les organes de contrôle et de surveillance de la République. Aujourd’hui, entre les frères, les beaux frères, les oncles, les cousins, les tantes, les protégés et les « dames de compagnie » de la Première dame, c’est toute la famille, la belle famille du président en plus de l’entourage du couple présidentiel, qui sont au cœur des centres de décision politique et économique du pays. C’est la gestion consanguine du pouvoir.

Lui président, il s’était engagé à être le Père de toute la Nation. Six ans plus tard, notre tissu national n’a jamais été aussi en lambeaux. Jamais aucun président de la République n’aura procédé au cours de son mandat, à autant de nominations politiques et ethniques. Toute la haute administration est aux mains des militants de son parti. Jamais la Fonction publique n’avait été à ce point politisée. Quel Sénégalais ne se souvient pas de son oukase en direction des hauts fonctionnaires, les enjoignant de déserter leurs bureaux pour aller battre campagne lors du référendum. Macky Sall a commis l’erreur politique la plus grande de l’histoire du Sénégal, en donnant l’impression à tort ou à raison, d’avoir divisé les Sénégalais avec la prééminence politique, administrative et économique d’une ethnie, la sienne, sur toutes les autres.

Lui président, il s’était engagé à être le président de tous les Sénégalais. Il s’est mû en un chef de clan revanchard, qui a transformé le suffrage des Sénégalais en un pouvoir autoritaire, avec une gouvernance d’acier et de fer où même les revues de presse de certains journalistes, sont assimilées à de la dictature, où le représentant d’Amnesty International, Seydi Gassama, a été moult fois intimidé et exposé à la vindicte de ses partisans.

La politique de caniveau

Lui président, il s’était engagé à remettre l’éthique au cœur de la pratique politique, en bannissant notamment la transhumance. Mais c’est sous le règne de Macky Sall que le Sénégal a atteint son plus haut niveau de décomposition morale, avec un président qui a raclé les fonds de tiroir de la perversion politique en «achetant du transhumant», lors du mercato de l’indignité, à la veille des élections législatives passées. Certains candidats et candidates, pourtant déjà investis sur des listes concurrentes, ont accepté leur transfert dans l’équipe présidentielle. La politique de caniveau ne se faisant qu’avec des politiciens d’égoût, ces femmes et ces hommes, sans conviction autre que celle de leur ventre, aux rapports capricieux avec l’honneur et la dignité, sont les symboles de la putréfaction de la politique sous Macky Sall. Notre si immaculé palais de la République est aujourd’hui le refuge de tous les naufragés de l’éthique républicaine.

Quel Sénégalais n’a pas été agacé voire pris de nausée de voir le chef de l’État et ses amis mettre à profit chaque enterrement et chaque présentation de condoléances pour élargir leur socle de transhumants. En faisant campagne jusque dans les cimetières, ils se sont mis sous la ligne de flottaison éthique. Hier chez Bécaye Diop et Samuel Sarr, aujourd’hui chez Bamba Fall et Modou Diagne Fada, le président Sall a enjambé une barrière d’ordre moral qui interdit de draguer les électeurs sur le dos des morts. Une élection se gagne dans une urne et pas dans un cercueil.

Lui président, il s’était engagé à promouvoir la bonne gouvernance. C’est sous son magistère qu’on a vu un haut fonctionnaire, militant de son parti, épinglé, inculpé et emprisonné pour faits avérés de corruption, se voir extirper de prison et bombardé Président du conseil d’administration du Fonds d’entretien routier autonome. Du jamais vu dans les annales de la mal gouvernance sénégalaise. La présidence Sall n’aura été qu’une succession de scandales (fraudes au bac d’une ampleur inédite, de vraies fausses audiences pour libérer de vrais prisonniers, fautes de gestion au COUD, au Port, à la Poste, à Dakar Dem Dikk, défenestration violente de l’incorruptible ex-patronne de la lutte anti-corruption Mme Nafi Ngom Keita, radiation d’Ousmane Sonko, persécution judiciaire d’Abdoul Mbaye, impunité garantie à tous les délinquants de son parti ….) L’ancien patron de la Cellule nationale de traitement des informations financières (CENTIF), notre gendarme de la bonne gouvernance, déclarait il y a quelques jours que «le Sénégal avait atteint un niveau de mal gouvernance jamais égalé». Ngouda Fall kane est allé jusqu’à défier Macky Sall «de lui démontrer le contraire».

Les juges Téliko, Dème, Dia, Diakhoumpa: des fiertés sénégalaises

Lui président, il s’était engagé à garantir l’indépendance de la Justice. Six ans après son élection, la justice est un immense champ de ruines. Des magistrats sont révoqués en pleine audience, les juges indépendants qui rendent justice au nom du peuple sénégalais et non au nom du président de la République sont persécutés, parfois mutés de gré ou de force, surtout de force, dans des juridictions fantômes. Au moment où ces lignes sont écrites, un des plus intègres magistrats sénégalais, Ibrahima Hamidou Dème vient de démissionner de la magistrature du fait « d’un manquement du Président de la République à son obligation constitutionnelle de garantir l’indépendance de cette institution ». Un véritable séisme puissance 10 dont les répliques se sont faites ressentir jusqu’au-delà du monde judiciaire. Avec Ibrahima Hamidou Dème qui vient de claquer si magistralement la porte de la magistrature, et avant lui, le juge Yaya Abdoul Dia qui en plein procès Karim Wade a démissionné de la CREI en se fendant d’un tonitruant « c’est quoi ça comme justice » et plus récemment le magistrat Cheikh Diakhoumpa qui a osé faire face aux pressions de la chancellerie, en convoquant le tout puissant griot du président Farba Ngom, qui avait tiré des coups de feu lors d’un rassemblement politique, le Sénégal tient ses exemples certes rares, mais rafraîchissants, d’une certaine magistrature capable de renoncer à ses privilèges plutôt qu’à son indépendance. Mais malheureusement, c’est la lie de la magistrature qui est aujourd’hui aux commandes de la justice sénégalaise, avec certains juges qui ont préféré s’asseoir sur leur serment de Théophraste comme un chauffeur de Ndiaga Ndiaye sur son vulgaire coussin de mousse, des magistrats qui ont placé leur(s) intime(s) conviction(s) en garde à vue, sous les lambris dorés du Palais. Le président de l’Union des Magistrats du Sénégal ne dit pas autre chose en reconnaissant «la mainmise de l’exécutif sur la justice et le manque incontestable d’indépendance de la magistrature sénégalaise». Comme pour faire écho à ce constat accablant de Souleymane Teliko, patron des magistrats, une majorité de sénégalais jugent la très lourde condamnation du Maire de Dakar, comme la preuve que leur justice est aujourd’hui directement placée sous le contrôle de Macky Sall, président de la République.

Après Karim Wade qui a été lourdement condamné et exilé, c’est donc aujourd’hui autour de Khalifa Sall, d’être lui aussi très sévèrement sanctionné par des magistrats. Au-delà de deux coïncidences, difficile de parler de hasard. Aujourd’hui, une certaine justice sénégalaise s’est muée en guichet distributeur automatique d’inéligibilité pour tous les adversaires du président de la République. Depuis six ans, c’est une véritable vendetta judiciaire qui est organisée contre les opposants. Le président candidat à sa réélection, a décidé de faire le vide autour de lui, en confiant à «ses juges», de gré à gré, le marché de la persécution judiciaire de tous ses challengers potentiels. Depuis l’avènement de Macky Sall, près d’une cinquantaine d’opposants sont passés par la case prison. Le président de la République avait promis de réduire son opposition à sa plus simple expression. C’est sa seule unique et plus mauvaise promesse qu’il s’efforce de tenir. En vain. Mais en instrumentalisant de manière aussi outrancière la justice sénégalaise, il a fini par la tuer. Dans le cercueil, le cadavre décomposé de son indépendance, de sa crédibilité et de sa respectabilité. Aujourd’hui, les Sénégalais n’ont plus confiance, ni respect pour leur justice. Qui ne se souvient pas des menaces de l’ancien Garde des Sceaux et de son Procureur, de traduire en justice toute personne qui oserait désormais critiquer le travail des magistrats. Burlesque et grotesque.

Un pays en risque de redressement judiciaire

Lui président, il s’était engagé à mettre le Sénégal sur les rampes de l’émergence. Aujourd’hui Macky Sall et son ministre des finances, Amadou Bâ, risquent de placer le pays en situation de quasi redressement judiciaire. Sa dette évaluée à plus de 3 000 milliards de francs CFA. Et pendant qu’elle risque de flamber encore un peu plus, notre argentier en chef n’arrête pas d’emprunter. Qui ose dire non au Sénégal futur exportateur de pétrole et de gaz. Mais cela, donne-t-il le droit à Amadou Bâ d’emprunter si frénétiquement ? Nos premiers barils de pétrole vont-ils aller dans les poches de nos créanciers ? Même l’économiste en chef du bureau de la Banque mondiale à Dakar, y est allé de sa diplomatique récrimination en sonnant l’alerte sur le niveau trop élevé de la dette publique du Sénégal. Notre économie manque de lisibilité. Ses chiffres sont souvent contestés par certains économistes. Le plus illustre d’entre eux, professeur émérite et ancien doyen à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, Pr Moustapha Kassé, a critiqué les chiffres fournis par les statisticiens de l’Etat du Sénégal en leur demandant de «produire des données qui reflètent la réalité». Une invite à la transparence et à la vérité, les deux angles morts de la gouvernance Sall.

En 2012, Le chef de l’État nous promettait une présidence de rupture et de progrès. Six ans plus, il a tout fait reculer : notre démocratie, notre économie, notre cohésion nationale, notre enseignement, notre système de santé, la morale politique et le moral des Sénégalais. Il n’y a que la corruption, la mal gouvernance, la désespérance, la pauvreté, la haine, les divisions, les tensions et les fractures qu’il a fait progresser. C’est une gouvernance d’abus de confiance et de reniement comme le Sénégal n’en a jamais connu en plus d’un demi-siècle d’indépendance. Le président peu dire ou écrire ce qu’il veut, seul son logiciel de correction automatique le lira ou le croira. Car l’immense majorité des Sénégalais sait désormais ce que vaut un engagement signé sur l’honneur du président de la République Sénégalaise : peu de chose, voire rien du tout.

Après six ans de présidence Sall, le Sénégal va mal. Beaucoup de nos concitoyens se sentent aujourd’hui trahis. Ils sont nombreux à se pincer pour être sûr qu’ils ne sont pas dans un mauvais film. Le candidat, héraut auto proclamé de la «vertu et de la sobriété» est si différent du président en exercice, qu’on se demande s’il n’était pas qu’un leurre, opportunément préfabriqué par de puissants lobbies économiques, diplomatiques et médiatiques, à l’époque en guerre ouverte contre les velléités irrédentistes de son prédécesseur.

Sinon, comment un homme qui avait tout pour réussir, l’onction de son peuple, une légalité constitutionnelle indiscutable et les espoirs de toute une nation, peut-il atteindre un tel pic de désamour voire même de rejet de la part d’un nombre de plus en plus croissant de Sénégalais. Ce président qui a beaucoup trop promis, n’aura au final que peu tenu. Et c’est connu, en matière de promesses, plus les espérances sont immenses, plus les déceptions sont dévastatrices. Macky Sall est en passe de devenir la métaphore toute achevée de cette implacable loi appliquée à la politique.

Mimi « Accélèrator »

Son ancienne et ombrageuse Premier ministre, vitupérant encore et toujours contre Karim Wade, l’a comparé «à une grenouille qui, à l’approche de l’élection présidentielle gonfle pour tenter d’avoir la taille d’un bœuf qui finira par éclater». Dans la bouche d’une femme abonnée aux paris électoraux ratés, qui s’est prise pour «Accélérator» avec sa fameuse cadence qui a engendré la plus spectaculaire sortie de route politique d’un Premier ministre sénégalais en exercice, cette saillie ne manque pas de sel.

Depuis le séisme des locales qui l’a politiquement engloutie, Mme Aminata Touré n’a plus les pieds sur terre. C’est la terre qui est sur la grande prêtresse de la traque judiciaire des opposants. Son fanatisme aveugle anti-Karim Wade est son seul socle politique. Et c’est aujourd’hui, tout ce qui lui vaut encore sa rente institutionnelle «d’envoyée spéciale» du président de la République. C’est aussi tout ce qui l’empêche de reconnaître que c’est bien son mentor qui boxe dans une catégorie bien au-dessus de son poids : celle de la rectitude morale, de l’épaisseur intellectuelle et de l’esprit républicain. Même si son KO n’est pas écrit d’avance, le saccage frénétique de notre République tout au long de son mandat, lui fait courir le risque de plus en plus élevé, de même rater sa sortie du ring.

Si Macky Sall fut un immense virtuose dans sa conquête du pouvoir, il est un désastre dans son exercice. Le fossé entre ses capacités intellectuelles et la complexité du «job» de chef de l’État n’a cessé de s’élargir tout au long de son mandat. Jamais un président de la République n’aura à ce point, échoué à incarner la fonction présidentielle et la Nation sénégalaise dans sa diversité. Rarement homme politique n’aura consacré autant d’énergie à se battre contre l’évidence de sa propre incompétence.

Entre reniements et errements, renoncements et renonciations, sa gouvernance n’aura été que la démonstration à très haute intensité, de son incapacité à expliquer clairement aux Sénégalais son plan de route et à leur dire où est ce qu’il voulait les embarquer.

Ainsi vogue la présidence Sall en sa sixième année. Sans cap ni direction. Tel un vaisseau fantôme qui dérive inexorablement. À la merci de tempêtes de plus en plus violentes. La colère des Sénégalais sourd de partout. Tous les signaux clignotent rouge vif. Les messages d’alerte retentissent de partout. Mais que fait le capitaine ? Dans son bocal présidentiel, si hermétiquement enfermé à penser à un hypothétique second mandat, qu’il ne voit même pas cet immense iceberg en train de surgir devant lui. Alors que sa trajectoire chaotique ne fait que décupler les risques de collision et de naufrage, lui qui, interrogé depuis Kigali sur son bilan, le trouve «globalement très positif».

La mascotte des Ayatollahs du président

Mais, ce sont parfois à de petits signes qu’on mesure les grandes incertitudes. Et à quelques mois de ce qui est bien ou mal parti pour être l’élection présidentielle la plus disputée du Sénégal post-indépendant, les spéculations du camp présidentiel qui tentent d’accréditer l’idée d’une possible victoire au premier tour, trahit une peur panique et une volonté de couper tous les interrupteurs de la démocratie sénégalaise pour conserver de gré ou de force, un pouvoir de plus en plus fragilisé par son « conductator » .

Cette grossière et dangereuse outrance prêterait presque à sourire si elle n’était le fait de la garde prétorienne du président, aujourd’hui prête à tous les carnages y compris démocratiques, pour lui bricoler par tous les moyens, une impossible victoire au soir du 24 février 2019.

Les fraudes massives enregistrées lors des élections législatives du 29 juillet 2017 ont permis deux ans avant le terme de son mandat à maintenir artificiellement en vie un président qui est électoralement mortel parce qu’il est politiquement et affectivement minoritaire dans le pays. Il n’y a certainement que Macky Sall qui ne sait pas que les résultats de 2017 ne sont pas sortis des urnes, mais du siège du ministère de l’Intérieur qui fut l’arrière-cour de la plus grande PME de fraude électorale de l’histoire politique sénégalaise. Il y a toutes les raisons aujourd’hui de craindre le pire pour l’élection présidentielle à venir.

Quel Sénégalais n’a pas été pris d’effroi d’entendre tout récemment, Aly Ngouille Ndiaye, devenu la mascotte des ayatollahs du président, ministre de l’Intérieur de son état et organisateur des élections, déclarer publiquement sa «ferme intention de travailler à ce que le président gagne au 1er tour de l’élection présidentielle en faisant inscrire tous ceux qui veulent voter pour lui…. Et qu’il s’emploiera pour qu’ils récupèrent leur carte d’électeur et les aidera à aller voter pour Macky Sall.»

Aly Ngouille Ndiaye est à l’idéal républicain ce que Macky Sall est à l’idée démocratique, ça ne va pas ensemble. Le premier flic du Sénégal est en passe de devenir la première voix et le premier visage des croque-morts du suffrage universel. Du coup c’est toute l’opposition sénégalaise, vent debout, qui exige aujourd’hui sa démission et la nomination d’une personnalité neutre pour l’organisation transparente des élections. Et ce n’est pas gagné, vu le soutien sans faille que lui a apporté le chef de l’État. Mais, même avec une onction présidentielle, sa dangereuse déclaration, qui a fait saigner tant d’oreilles sénégalaises, ne doit pas faire oublier à Aly Ngouille Ndiaye, que de ce qui se passera demain, il en sera le premier responsable.

Les grands services se payant souvent par de grands services, lorsqu’on sait que le nom de ce même ministre revient à toutes les étapes de l’affaire Petrotim, du nom du scandale financier le plus retentissant et le plus crapuleux de toute l’histoire du Sénégal, on comprend son obsession aiguë à vouloir dynamiter la sincérité du suffrage des Sénégalais pour permettre à Macky Sall de renouveler son bail. Et on peut légitimement là aussi, craindre avec un homme capable de rouler à contre sens de la démocratie, comme lors de son vote sans pièce d’identification à Fatick, lors des locales de 2002.

Lui président, il aura finalement passé presque tout son mandat à faire chambre à part avec le peuple du Sénégal. Le couple va-t-il acter son divorce ou se donner une seconde chance. Première audience : le 24 février 2019

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