Afrique du Sud L’héritage complexe de Winnie Mandela, la « mère de la nation »

Icône de la lutte anti-apartheid au parcours marqué par les controverses, l’ex-épouse de Nelson Mandela s’est éteinte lundi à Johannesburg. Elle avait 81 ans.

Elle était l’ex-épouse de Nelson Mandela, mais loin d’être une femme de l’ombre. De fait, elle était “si célèbre qu’elle pouvait être désignée par son seul prénom, Winnie”, résume le Daily Maverick. Winnie Madikizela-Mandela, pilier de la lutte anti-apartheid au parcours teinté de controverses, est morte lundi 2 avril dans un hôpital de Johannesburg après une “longue maladie”. La “mère de la nation”, comme la surnomment les médias d’Afrique du Sud, avait 81 ans.

Aussitôt, les hommages se sont multipliés pour saluer le courage de cette héroïne charismatique connue pour son franc-parler – “une lionne”, écrit le site sud-africain – qui a sacrifié des années de sa vie à la lutte contre les inégalités. Au premier rang desquels figure le message du président sud-africain, Cyril Ramaphosa. “Aujourd’hui, nous avons perdu une mère, une grand-mère, une amie, une camarade, une dirigeante et une icône”, a-t-il déploré.

Pilier de la lutte anti-apartheid

Winnie a 20 ans lorsqu’elle rencontre Nelson Mandela par l’intermédiaire d’un ami, en 1957. L’avocat et militant anti-apartheid approche lui des 40 ans, est marié et père de trois enfants. “Nelson, disent-ils, eu comme un coup de foudre la première fois qu’il l’a vue”, racontait en 1995 John Carlin, son biographe, dans les colonnes de The Independent. Ils se marient à peine quelques mois plus tard, une union qui durera trente-sept ans et leur donnera deux filles. Mais très vite, le couple se voit séparé : en 1964, Nelson Mandela est condamné à la prison à perpétuité pour trahison.

Pendant ses vingt-sept années à Robben Island, Winnie “garde vivant le souvenir de son mari emprisonné” et devient un “des visages les plus reconnaissables” de la lutte contre le régime raciste, souligne le site News24. Elle-même est incarcérée en 1969 et passe dix-huit mois à l’isolement dans la prison centrale de Pretoria. “Les années d’emprisonnement m’ont endurcie. […] Il n’est aucune souffrance que je n’aie connue”, dira-t-elle.

Personnage controversé

En 1990, Nelson Mandela est libéré de prison. Un an plus tard, le régime de ségrégation est aboli et en 1994, il devient le premier président noir d’Afrique du Sud. Winnie Mandela entre au même moment au gouvernement mais est remerciée par son mari après un voyage non-autorisé au Ghana, raconte le Sunday Times. En 1996, le couple divorce après des révélations dans la presse sur une supposée infidélité de Winnie. A sa mort, Nelson Mandela, qui s’est entre-temps remarié, ne lui laissera absolument rien, mais vraisemblablement plutôt en raison de divergences de vues politiques survenues après 1990, estime le Daily Maverick.

La vie de Winnie Mandela est aussi ponctuée d’épisodes sombres. En 1991, elle est reconnue coupable d’enlèvement et de complicité dans l’agression d’un jeune militant tué par un de ses gardes du corps. Cette affaire, dite du Mandela United Football Club, “est devenue emblématique de la difficulté de l’Afrique du Sud à comprendre Winnie : […] était-elle un monstre corrompu ?”, interroge le Daily Maverick. Et le site de conclure à un “héritage complexe” : “alternativement vénérée et vilipendée, […] elle était parfois qualifiée d’incomprise. Certes, il y avait une controverse autour de ce qu’elle représentait, mais elle n’a jamais perdu sa place dans le paysage des icônes de la lutte.”

Source: Réveil courrier

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