Le Congo honore la mémoire du sergent Malamine Camara, le Sénégal risque de briller par son absence

Le 25 avril prochain, en marge de la Commission climat du Bassin du Congo et du Fonds bleu pour le Bassin du Congo qui réunit 16 chefs d’Etat africains, le président Denis Sassou Nguesso a décidé de monter les couleurs du Sénégal et d’honorer notre pays à travers son fils, le sergent Malamine Camara, héros éternel et défenseur du Congo. « Mais, cet événement majeur, qui voudrait saluer le parcours héroïque d’un compatriote, est snobé par le Sénégal qui risque d’être absent à cette cérémonie solennelle doublement bénéfique pour notre diplomatie », regrette notre confrère « Kewoulo.info ».

La même source rappelle, pour la fiche de présentation, que c’est grâce à ce sous-officier sénégalais natif de Gorée que le Congo Brazzaville n’a jamais été conquis par les Belges.

Voici d’autres vertus du sergent Camara soulignées par le journal en ligne à travers ce portrait :

« Recruté par Pierre Savorgnan de Brazza, l’explorateur français lors de son passage à Dakar, pour l’accompagner dans son expédition, Malamine Camara s’est très tôt fait remarquer par sa bravoure, générosité et sa clairvoyance politique. Homme de confiance de Pierre Savorgnan de Brazza, il a été désigné par le colonisateur comme le gardien de la station de ce nouveau territoire appelé Brazzaville à la suite d’un traité signé avec le roi du Pool, Makoko 1er. Nommé chef militaire du territoire, c’est par son sens élevé de la générosité et par son humanisme hérité de la légendaire Téranga sénégalaise que ce sous-officier parviendra à se payer l’affection des sujets du roi Makoko Premier. Il était tellement bien introduit chez les congolais que ses adversaires croyaient perdre leur temps, en tentant de s’acheter la sympathie des habitants du Pool. Face à ses nombreux échecs, Stanley avait écrit : « Malamine avait retrouvé les siens. Il se trouvait d’ailleurs dans son élément au milieu de ces indigènes de race inférieure. De quelles fables le sergent sénégalais berna t-il les indigènes ? Nous fît-il passer pour des anthropophages friands de la chair des petits-enfants ?»

Chasseur intrépide, Malamine Camara est aussi un pêcheur talentueux qui ne rentrait jamais bredouille de ses expéditions. Grâce à ses aptitudes physiques et la chance incommensurable qui couronnent ses expéditions, les sujets du roi, sous son règne, ne manquèrent de rien. « Sa technique était toute simple. En bon africain, il s’était appliqué la bienveillance des chasseurs. A chaque retour de chasse comme de pêche, il prenait juste ce dont il avait besoin. Et laissait la population se servir, gratuitement« , a témoigné de lui Henri Morton Stanley, le colonisateur du Congo Kinshasa, dans ses mémoires.

Cette générosité, ce culte du partage a valu à Malamine d’être couvé par les Batéké. Le colonel Gangouo, conseiller spécial du roi, a soutenu que, « par moment, les populations s’inquiétaient pour lui : « Mayélé » a-t-il mangé? Alors, on lui apportait du poisson et autres nourritures. » Mayélé, qui veut dire débrouillard, est le surnom que les Batéké lui avaient donné les populations. Avec seulement deux tirailleurs sénégalais et dotés que de quelques munitions -dont une grande partie avariée-, le sergent Malamine a fait échouer toutes les tentatives des Belges d’annexer ces territoires qui forment aujourd’hui le territoire du Congo Brazzaville. Et, en de nombreuses reprises, Stanley a tenté de reprendre Brazzaville à ce Sénégalais abandonné par Savorgnan de Brazza et la France.

« En rendant hommage à ce Sénégalais, nous voulons saluer un modèle de courage, de loyauté et de fidélité. » Ont écrit les officiels congolais dans une correspondance envoyée au chef de l’Etat sénégalais qu’ils veulent voir participer à cette levée des couleurs. Dans la conscience collective congolaise, ce Sénégalais a été le premier maire de l’embryonnaire ville de Brazzaville. « C’est lui qui gérait les affaires politiques et administrative de Brazzaville et était l’interlocuteur du Roi Makoko dont il manipulait parfaitement la langue, « LE TÉKÉ ». Ses relations avec les populations locales étaient amicales et fraternelles. » Ont témoigné de nombreux historiens.

Cet amour qu’ont les Congolais de «Mayélé» était si sincère et si profond que lorsque le colon a affecté le sergent Malamine au Gabon, les populations se sont rebellées pour réclamer son retour dans la colonie du Congo. Décoré de la médaille militaire française, pour sa bravoure et sa loyauté, le sergent Malamine Camara est rentré au Sénégal où il est décédé à Dakar en 1886.

A propos du sergent sénégalais, Fortuné Charles de Chavannes, un compagnon de Pierre Savorgnan de Brazza a écrit : « J’ignore si, au Sénégal, quelque chose existe qui rappelle ce nom. Pour moi qui, jusqu’au soir d’une vie déjà longue, ai toujours gardé à Malamine une des meilleures places dans mes réminiscences de l’Ouest africain, je dédie amicalement à sa mémoire ces simples pages. Elles seront comme l’oraison funèbre tardive du magnifique sergent noir qui fut toujours au niveau de ses tâches et dont le nom mérite vraiment, ne serait-ce que pour l’exemple, d’être préservé de l’oubli. »

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