Jugé pour terrorisme ! : «En lieu et place d’une détention, je devrai être honoré…»

«En lieu et place d’une détention, je devrai être honoré», a déclaré Makhtar Diokhané hier, mercredi 2 mai, 2e journée de son audition et 14e jour du procès pour apologie du terrorisme à la Chambre criminelle spéciale du Tribunal de grande instance hors classe de Dakar. Cette conviction est motivée, selon le prévenu, par le fait qu’il a pris des risques en se rendant dans le fief de Boko Haram pour obtenir la libération de ses concitoyens en difficulté. Pis, il a été arrêté au Niger où il s’est rendu pour aider certains de ses co-accusés, de retour du Nigéria, arrêtés dans ce pays pour détention de faux billets. Une mission qui incombe, à son avis, à une autorité diplomatique envoyée par le Sénégal dans ce pays.

Makhtar Diokhané, n’approuve pas le sort qui lui est réservé. Arrêté et attrait à la barre de la Chambre criminelle spéciale du Tribunal de grande instance hors classe de Dakar pour apologie du terrorisme, l’accusé a dit qu’en lieu et place de son placement sous mandat de dépôt, il devrait être félicité pour avoir retiré des Sénégalais de l’emprise d’Abubakar Shekau, un acte qu’il qualifie de «geste patriotique». Mieux, l’accusé signale s’être substitué aux autorités diplomatiques sénégalaises en exercice au Niger au moment où des concitoyens, de retour du Nigeria, ont été arrêtés pour détention de faux billets.

«Ceux chargés de protéger les Sénégalais ne l’ont pas fait. Ils sont payés pour ça. Leurs épouses sont également payées. Alors que les miennes sont en prison», s’est-il insurgé. Makhtar Diokhané a justifié aussi son ras-le-bol par la non assistance de ses amis emprisonnés, ce qui a abouti, déplore-t-il, à la mort de deux personnes. Makhtar Diokhané dira, dans ce sens, que la représentation diplomatique sénégalaise à l’international ne marche pas. Makhtar Diokhané a soutenu avoir subi les rigueurs de la détention au Niger. Pendant 28 jours, il a été mis dans une cellule sans lumière.

Interpellé sur son supposé radicalisme, Makhtar Diokhané a indiqué qu’il ne nourrit pas d’hostilité envers une quelconque religion, encore moins une confrérie religieuse. Aussi indique-t-il n’avoir jamais critiqué un guide religieux. Il soutient, dans la mouvance même, avoir des amis chrétiens. Il n’a jamais été question, avec imam Aliou Ndao, de la création d’une base terroriste s’est-il défendu. Il a contesté aussi le fait que Moustapha Faye soit le chauffeur d’imam Aliou Ndao comme mentionné dans l’ordonnance de renvoi. Par ailleurs, face aux juges, Makhtar Diokhané a justifié son départ vers le Nigeria, à partir de Kaolack, par le fait que les bus de la compagnie Sonef en partance pour ce pays prennent départ à partir de cette ville (Kaolack).

VOIX DISCORDANTES ENTRE DIOKHANE ET SON EPOUSE SUR L’ORIGINE DES 65.000 EUROS

Interrogé par rapport aux déclarations de sa seconde épouse, Coumba Niang qui, lors de l’enquête préliminaire, disait que les 65.000 euros que son mari lui a confiés venaient de ses activités au Nigéria et l’autre partie appartenait à ses amis, l’accusé a réfuté cette affirmation. Makhtar Diokhané a maintenu sa thèse selon laquelle, les 65.000 euros sont antérieurs à son départ au Nigeria et que l’argent est un financement saoudien que lui a trouvé Moustapha Diop. Alors que, selon Coumba Niang, l’argent en coupure d’euros, provenait des activités de son mari et (de l’argent) de ses frères, Makhtar Diokhané a dit que cette somme était un financement décroché par Moustapha Diop.

Makhtar Diokhané a également nié les propos qui lui sont prêtés à l’enquête préliminaire, propos selon lesquels imam Aliou Ndao était la personne idéale pour encadrer les jeunes ayant un projet djihadiste, de retour du Nigéria. Il a fait allusion à celui-ci en disant qu’il préviendrait ces jeunes contre toute tentative d’emprunter un mauvais chemin. Il n’a pas dissuadé les candidats au voyage dans le fief de Boko Haram parce que ces derniers ne l’ont pas informé au moment de leur départ d’Abaddam à Fathul Moubine, a-t-il répondu au président Samba Kane qui insistait sur la question.

Il a été interpellé sur ses rapports avec Alioune Badara Sall, un de ses            co-accusés. Mais aussi pourquoi, bien qu’ayant obtenu l’argent pour la construction de sa maison, avec le financement de Moustapha Diop, avant de partir pour le Nigéria, il a préféré attendre à son retour de ce dernier pays pour trouver une entreprise et démarrer les travaux de construction ? L’accusé à répondu qu’il pensait que son contrat au Nigeria n’allait pas durer. C’est pourquoi, à son retour dans le cadre des congés, il a entrepris les démarches.

MAKHTAR DIOKHANE, BOUBACAR DECOL NDIAYE, ABOU DIALLO ET L’APPARTENANCE A BOKO HARAM ?

Déjà, lors de son interrogatoire devant le juge Samba Kane, le co-accusé de Makhtar Diokhané, Boubacar Decol Ndiaye avait dit que ce dernier lui avait certifié son appartenance au groupe Boko Haram. Makhtar Diokhané a catégoriquement démenti une telle déclaration, ajoutant qu’ils n’ont jamais échangé sur ce sujet.  Mieux, le président du tribunal lui a également rappelé que Boubacar Decol Ndiaye a soutenu que lui Makhtar Diokhané avait des informations sur les Sénégalais morts dans le fief de Boko Haram. Là également, Makhtar Diokhané a répondu qu’il lui avait servi comme réponse que c’est une simple rumeur qu’il entendait de temps à autre.

Face à ces dénégations, le président du tribunal, Samba Kane, a notifié au prévenu qu’alors qu’il persiste à dire qu’il n’a aucun lien avec Boko Haram, son autre co-accusé, Abou Diallo, a affirmé devant les policiers enquêteurs qu’il le connaissait. Le président du tribunal, puisant dans les déclarations attribuées à Alpha Diallo pendant son enquête préliminaire, a dit que les nommées, Makhtar Diokhané, Aboubacar Gueye, Abdallah Coulibaly, Ibrahima Ba, entre autres prévenus, auraient tous participé à des combats aux côtés de Boko Haram.  Makhtar Diokhané, répondant à la question, a soutenu n’avoir jamais combattu durant toute la durée de son séjour nigérian.

Selon toujours les propos supposés appartenir à Abou Diallo, Makhtar Diokhané avait pris part aux réunions de Richard-Toll et Rosso qui avaient pour objet le choix d’un camp entre Daesh et le groupe Boko Haram. Makhtar Diokhané a aussi apporté une réponse négative à cette question. Il n’a assisté seulement qu’à la réunion de Richard-Toll, comme invité. Et, dit-il, il était neutre dans les débats. Mieux, sa position a été de dire qu’il fallait laisser quiconque veut vivre sa religion faire son choix. Cependant, aucune personne ne devrait être forcée à s’engager dans une voie.

Source : Seneplus

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