Dossier 1 ère Partie• Sénégal, ces maladies qui tuent le plus …

Le commun des Sénégalais les considèrent comme des maladies émergentes. Maladies non transmissibles (MNT) pour les initiés, l’hypertension artérielle, l’Accident vasculaire cérébrale (AVC), le diabète, le cancer, l’insuf sance rénale, etc., ont aujourd’hui tristement ravi la vedette aux maladies infectieuses comme le paludisme, la tuberculose, entre autres. Moralité : on vit au Sénégal une transition épidémiologique avec des taux de morbidité et de mortalité records. Ce qu’il faut savoir sur ces tueurs silencieux. Après les bons résultats obtenus dans la lutte contre le paludisme, le VIH/sida, les maladies évitables par la vaccination comme la poliomyélite, le tétanos, etc. le Sénégal se doit, tout en poursuivant les efforts dans ce domaine, de développer et mettre en œuvre des stratégies appropriées pour renverser la tendance actuelle de l’augmentation fulgurante des maladies chroniques et à soins coûteux.

La transition épidémiologique que l’on vit actuellement au Sénégal est la conséquencedes profondes modi cationsdes modes de vie, avec une urbanisation galopante, une transition nutritionnelle rapide ainsi que l’augmentation de la sédentarité. Ces transformations favorisent la progression de nombreux facteurs de risques du diabète, de l’hypertension, de l’Avc et de certains types de cancers. Comme l’a indiqué le ministre de la Santé et de l’Action sociale Eva Marie Coll Seck, « les maladies chroniques non transmissibles constituent, avec les maladies infectieuses classiques comme le paludisme, la tuberculose ou même le Sida, un double fardeau au Sénégal et affectent beaucoup les populations ». Ce sont des maux sournois qui ont en commun quatre facteurs de risque: la sédentarité, l’usage nocif de l’alcool et la mauvaise alimentation et le tabagisme. De l’avis du Professeur Anna Sarr, diabétologue, avec la modernisation et l’industrialisation, les modes de vie ont changé. Ainsi, la sédentarité,l’alimentation riche en sucre raf né et en sel prennent le dessus sur les breset autres céréales.

Qu’est ce que la mauvaise alimentation ? On parle de mauvaise alimentation lorsque le régime alimentaire contient : trop d’aliments (trop de calories); trop de graisses, de sucre ou de sel; trop peu de fruits et de légumes. Si vous mangez beaucoup et si vous ne faites pas assez d’exercice pour brûler les calories, vous allez prendre du poids. Vous risquez peu à peu de souffrir d’un excès de poids ou même de devenir obèse. L’excès de poids peut avoir pour conséquences le diabète, l’hypertension et un taux élevé de cholestérol sanguin – autant de problèmes physiques qui accroissent le risque de crise cardiaque et d’AVC. Les personnes obèses sont particulièrement à risque lorsque la graisse est concentrée autour de la taille et de l’estomac. Mal se nourrir, c’est aussi consommer trop de plats de « restauration rapide », riches en matières grasses et en sucre, et trop de boissons sucrées. Les plats de restauration rapide contiennent d’autre part beaucoup de sel, ce qui contribue à faire monter la tension artérielle.

Hypertension artérielle: le tueur silencieux

Bourdonnements des oreilles, sensationde ou, maux de tête, vertiges, tellessont, entre autres, les principales manifestations de l’hypertension artérielle (Hta). Mais cette maladie, qui affecte plus de 3millions de Sénégalais(entre 25 à 30% de la population), peut être asymptomatique, c’est-à-dire sans symptômes observables. En tous les cas, bien que l’hérédité constitue un facteur de survenue de l’hypertension artérielle, les changements notés dans notre alimentation, dans notre mode de vie d’une manière générale, expliquent, en grande partie, sa poussée vertigineuse. Ainsi, entre les mets très salés et/ou très sucrés, la consommation excessive de graisse, la sédentarité favorisée par la télé, l’ordinateur, les tablettes et autres consoles de jeux pour les plus jeunes, presque toutes les conditions sont réunies pour l’installation et le développement d’une pathologie chronique qui n’a pour remède qu’un suivi médical régulier et un régime alimentaire équilibré.

L’hypertension artérielle gagne du terrain de façon silencieuse. Plusieurs Sénégalais sont des porteurs ignorants de cette affection. Parce que tout simplement elle évolue de façon silencieuse. C’est ce qui fait dire au chef du service Cardiologie de l’Hôpital Général de Grand Yoff, le Pr Abdoul Kane dans le journal le Soleil que «beaucoup de patients pensent que lorsqu’ils n’ont pas de vertige, de maux de tête, de bourdonnements d’oreilles, il n’y a pas encore d’hypertension artérielle ou que leur tension est stable. Or, c’est une maladie sournoise qui peut ne pas se manifester, mais qui va détruire les reins, le cœur, le cerveau, etc.». C’est pourquoi, explique le Pr Kane «une personne qui n’a jamais rien ressenti peut se réveiller un beau jouravec une insuf sance rénale et on luifait une dialyse. C’est un traumatisme extraordinaire. Parfois, elle n’y croit pas. Souvent c’est un déni. Elle refuse d’y croire, parce qu’elle considère qu’elle était saine. Or, nous avons affaire à des maladies sournoises. C’est le cas du diabète, du cholestérol qui sont asymptomatiques».

Pour le Pr Mouhamadou NDIAYE, chef du service de chirurgie cardiovasculaire de Fann, cité par le quotidien le Soleil, le lien entre Hypertension artérielle et l’arrêt cardiaque est évident. Selon lui, «la pression artérielle, élevée dans tous les vaisseaux artériels, l’est aussi dans les artères coronaires. Cette pression excessive fragilise la paroi du vaisseau, favorise la formation de plaques d’athérome et peut contribuer à la rupture de celle-ci pour provoquer l’infarctus».

AVC : la paralysante

Elles sont la deuxième cause de mortalité dans le monde et dans les pays en voie de développement (PVD), derrière les maladies cardio- vasculaires, devant les maladies infectieuses, notamment les infections pulmonaires ou diarrhéiques, la tuberculose, le sida ou le paludisme. Au Sénégal, les AVC sont au premier rang des affections neurologiques. Ils constituent plusde 30% des hospitalisations et sont responsables de 2 /3 de la mortalitédans le service de neurologie à Dakar. Selon le Professeur Lamine Guèye, Docteur en Neurosciences, les Accidents cardio-vasculaires sont au premier rang des affections neurologiques tant par leur gravité que par leur fréquence. Ilssont à l’origine de 75 % des décès enneurologie.

L’accident vasculaire cérébral (AVC) est devenu un problème de santé publique au Sénégal. Dans les centres de santé, ilconstitue plus du 1/3 des consultationsou hospitalisations. Sa détection rapide peut permettre une récupération. Mais attention au diagnostic tardif !

Lors de sa leçon inaugurale à l’université Cheikh Anta Diop le 16 janvier dernier, sur le thème : «Les neurosciences : enjeux et perspectives», Ibrahima Pierre Ndiaye, Professeur agrégé en neurologie, a alerté sur l’ampleur des accidents vasculaires cérébraux. Selon lui, les AVC sont devenus un problème de santé publique au Sénégal,car, ils représentent plus de 30% deshospitalisations.

Mais, qu’est-ce que l’AVC au juste ? Appelés aussi attaque cérébrale, à l’image de la crise cardiaque, du fait de leur mode d’installation brutale, soudaine, les AVC sont liés à une perturbation de la circulation cérébrale. Il peut s’agir d’une artère qui s’obstrue (se bouche), on parle d’AVC ischémique ou infarctus cérébral, d’un saignement d’un vaisseau (c’est l’AVC hémorragique).

Le cerveau ne pouvant fonctionner que s’il est bien irrigué par le sang, deux gros vaisseaux sanguins, qui montent de chaque côté le long du cou, y amènent le sang. Les vaisseaux sanguins se ramifient et deviennent de plus en plus fins: ce sont alors de minuscules capillaires qui apportent l’oxygène et les éléments nutritifs à toutes les parties du cerveau. L’AVC se produit de la même façon que la crise cardiaque, mais à l’intérieur du cerveau. Si la circulation sanguine vers le cerveau est interrompue, le cerveau n’est plus alimenté en oxygène ni en éléments nutritifs. Il se produit une lésion du tissu cérébral qu’on appelle AVC.

Crise cardiaque : lafoudroyante

Chez l’être humain, le cœur n’est pas plus gros que le poing, mais c’est le muscle le plus solide de l’organisme. Avec chaque battement, le cœur pompe du sang qui transporte l’oxygène et les éléments nutritifs dans toutes les parties du corps. Le cœurbat à peu près 70 fois par minute chezune personne au repos. Le rythme cardiaque augmente lorsqu’on fait de l’exercice ou qu’on est en proie à une émotion forte.

Ce sont des vaisseaux sanguins appelés artères coronaires qui apportent au cœur l’oxygène et les éléments nutritifs nécessaires. Lorsque la circulation sanguine vers le cœur est interrompue, la diminution de l’apport d’oxygène et d’éléments nutritifs peut provoquer des lésions durables de cet organe vital. Lorsque l’obstruction est soudaine, il s’agit d’une crise cardiaque. Lorsque l’obstruction n’est que partielle etque le ux sanguin vers le cœur estseulement réduit, cela peut provoquer une douleur thoracique appelée angine de poitrine. Il n’y a pas forcément de lésion durable du muscle cardiaque, mais c’est un signe avant-coureur du risque de crise cardiaque aiguë.

La crise cardiaque est aussi appelée infarctus du myocarde, thrombose coronarienne, cardiopathie coronarienne, cardiopathie ischémique, ou angine de poitrine. «Lorsque les facteurs de risque cardiovasculaire sont répandus dans une population, le nombre de cas de crise cardiaque augmente». Cette thèse est défendue par le Pr. Mouhamadou Ndiaye, chef du service de chirurgie thoracique et cardiovasculaire de l’Hôpital de Fann. Il donne l’exemple du Sénégal où l’hypertension artérielle, le diabète, la surcharge en graisse, le tabagisme, la sédentarité ont eu une prévalence croissante ces dernières années. Résultat : il y a de plus en plus de crise cardiaque.

A suivre…

Mandiaye THIOBANE

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