MACKY ET SA MAJORITE On se fait peur (Archive Nh)

Bien que le PDS ne réussît pas à prouver ses capacités retrouvées de mobilisation, la majorité présidentielle ne réussit pas, elle aussi, à démontrer ses forces mobilisatrices. Le président Sall en a tiré une leçon en menaçant ses cadres de sanctions. Ses grands alliés qui ne savent de quelle majorité demain sera fait cherchent à trouver des moyens de rassurer.

Comme hier Me Wade, le président Sall dirige son parti à coups de semonces. La dernière réunion de sa première instance a été encore un moment de réquisitoire contre les cadres du parti présidentiel. Selon le verbatim du quotidien l’Observateur confirmé par nos sources, le président Sall a tapé violemment sur la table : son parti ne se mobilise pas pour faire face aux adversaires encore moins pour défendre les actions gouvernementales. Le jeu préféré des ministres et autres maires est de se tirer dans les pattes les uns les autres. Des comportements que Macky Sall a souhaité faire comprendre qu’ils l’irritent profondément.

Ce discours plein de menaces et de sous-entendus, rappellent à s’y méprendre ceux de Me Wade lors des réunions du Bureau politique du PDS convoqués sur les mêmes lieux : la salle de banquet de la présidence de la République. Pour secouer ses troupes, Me Wade utilisait les mêmes mots que la presse s’empressait de rapporter le lendemain dans des comptes rendus fidèles, mieux qu’un script du parti. A demander si ces réunions servaient davantage à offrir au Sénégal le spectacle des colères sans lendemain du président Wade. Et si Macky ne chercherait lui aussi qu’à diffuser un message pour faire peur à ses lieutenants pris par le tourbillon de la guerre autour de la table de victuailles du palais. Reste à savoir si Macky Sall a réussi ses effets de manche.

Lors de la réunion du secrétariat exécutif national du jeudi 19 novembre 2015, le sabre n’est pas tombé pour couper des têtes. Il en a frôlé certaines, il a tournoyé au-dessus de tout le monde. Mais aucune liquidation populaire, comme Wade aimait s’y prendre pour que tout le monde sente que les menaces sont très sérieuses. Wade trouvait l’occasion parfaite pour ridiculiser un membre de l’instance, décidait de flinguer un autre ou envoyait des flèches à l’opposition, surtout vers ceux qu’ils considéraient comme ses adversaires les plus sérieux.

Macky n’a pas usé des mêmes stratagèmes pour faire trembler de peur ses hommes. Il a « tapé sur la table », même si c’est violent. En ajoutant qu’en tant que capitaine, il ne sombrera pas avec ses hommes parce qu’il dispose de moyens pour se rattraper en reconstituant son équipe avec d’autres compétences. Bien qu’ayant instillé de manière subliminale la peur dans les rangs de son parti, il n’est parvenu pas à atteindre son objectif de remobilisation. En dehors de deux ou trois noms qu’il a cités pour faire exemple, tous les autres croient certainement que la menace présidentielle ne s’adresse à personne en particulier. Ce qui laisse prévoir que le parti présidentiel ne s’est pas débarrassé de ses conflits internes.

 La tare congénitale de l’APR

L’échec de la menace sera rapidement confirmé parce que la tare congénitale de ce parti vient de ce qu’il n’est pas structuré encore moins hiérarchisé. L’onction du chef vous consacre leader local. Et dès lors qu’on devient leader local, on le reste.

« Le président ne peut pas vous sortir du bureau politique dès lors que vous y êtes inscrit »,précise un membre de cette instance. Et ajoute-t-il, « jusqu’à présent, aucun membre n’a été exclu de l’instance dirigeante pour des faits fractionnistes ou de mauvais comportements. Or, ils sont nombreux à mériter pareille sanction. »Dans ces conditions, tous ceux qui ont suivi le discours du président Sall face à ses seconds ont compris que la violence du discours a peut-être ébranlé certains, mais sûrement pas tous. Alors, cette colère présidentielle est-elle un coup d’épée dans l’eau, un coup de fouet sans effet sur la croupe du baudet ?

Le parti présidentiel est traversé par une grande angoisse. Elle ne viendrait pas du PDS. La majorité sortante de Me Wade vit un cafouillage terrible et l’absence de visibilité sur ce qui va se passer avec leur candidat – Karim Wade – en prison et sans doute disqualifié pour la présidentielle et un chef, – Me Wade- qui a bien du mal à se décider à quitter le capitanat du navire libéral qui souffre de naviguer sans lest à cause des nombreux départs. L’APR s’interroge sur ce que son chef prépare. Son parti en sera-t-il le fer de lance et le principal bénéficiaire ? Macky se sentirait-il sans …l’APR électoral de 2012 ? Que fera-t-il avec des alliés qui ne sont pas si dociles qu’ils feignent l’être ? Avec qui le prochain mandat se gagnera-t-il ?

L’AFP et le PS sont bien sûr les alliés les plus forts. Mais seront-ils les plus faciles ? Au-delà des mots que le président a prononcés face à ses cadres, les APRistes voient déjà poindre le nez des cadors socialistes et progressistes. Et si c’était eux les hommes et femmes dont Macky parlent quand il dit qu’il y a d’autres compétences qu’ailleurs à l’APR ?

Le PS fait le grand écart

Le parti socialiste n’est pas du tout timide face au président Sall, contrairement à ce que les communiqués du BP du parti peuvent faire croire. Et il n’est pas si sécessionniste que les appels à une candidature socialistes à la prochaine présidentielle l’indiqueraient. Cette situation de ni totalement sous le charme de Macky et pas totalement tenté par un retour dans l’opposition ne fait pas que des heureux socialistes autour du gâteau présidentiel. D’autant plus que la part des socialos et de plus en réduits. Pire, elle a perdu sa fraîcheur. La dernière sortie qui exprime le ras-le-bol des socialistes vient comme c’est la règle au PS, des jeunes. C’est le coordonnateur du Forum des jeunes socialistes, membre tout de même du BP, qui annonce la couleur dans des propos rapportés par le Pop du 24 novembre 2015 (page 2) : « abuser de la confiance de son allié, c’est la pire et la plus abjecte des trahisons ! » Cette déclaration rappelle toutes les frustrations du parti socialiste qui a vu ses positions dans la majorité présidentielle s’effriter ou menacées par le pouvoir.

De telles sorties sont nombreuses, mais le Bp du PS fait le pompier en se montrant très loyal et défendant les actions gouvernementales sans nuances. Récemment, le BP s’était montré dithyrambique après l’élection du Sénégal au Conseil de sécurité. Il a eu à défendre vigoureusement le « succès » du président Sall dans ses interventions au Burkina. Autant de doux applaudissements pour le président alors que par ailleurs, d’autres officieux taillent des croupières au parti allié. Le cas Khalifa Sall est l’os entre le PS et APR. Les socialistes pensent que tout est fait pour couper les ailes de leur camarade maire de Dakar. Et ce dernier, par son silence, déroute l’allier APRiste et ses camarades qui ne savent rien de ses ambitions. Pire, Khalifa a construit une alliance hétéroclite pour obtenir deux mandats de premier édile de Dakar. Presque sans son parti et sans l’assentiment de l’APR frustré de ne pas élire un des siens à Dakar.

L’élection de Sall Khalifa à la mairie est un os à travers la gorge de APR. Sans le dire ouvertement, c’est un reproche fait au PS. Or, le parti que dirige Ousmane Tanor Dieng n’est en rien « responsable » de l’élection de son militant. Et il en paie le prix fort aujourd’hui. Le poste ministériel détenu par Haïdar Aly limogé n’est pas revenu dans son escarcelle. Le parti présidentiel ne rate aucune occasion pour éreinter le ministre socialiste de l’Education nationale, Serigne Mbaye Thiam. Bien que Tanor Dieng soit un conseiller sollicité du président Sall, son parti est confiné dans une sorte de périphérie de la majorité présidentielle. Parce que le PS ferait peur au parti présidentiel ? Les ARPistes ne s’en cachent même pas. «  Nous n’avons aucune assurance que le PS sera avec nous à l’élection pour le deuxième mandat. Alors pourquoi lui offrir des opportunités pour se renforcer ? »,se défend un ministre qui côtoie régulièrement les alliés socialistes. Le syndrome est connu : face aux dangers, la tendance est d’offrir au sacrifice certains compagnons. Le PS va devoir souffrir pour garder les avantages mérités de son alliance avec Macky Sall en 2012. Ibrahima Badiane (Afp) qui siège à la coalition Benno Siggil Senegaal le dit en substance dans une interview (Le Pop du 24 novembre) : « il faut que tous ceux qui veulent vraiment soutenir le Président sortent du bois et se fassent connaître », a-t-il indiqué. A bon entendeur salut !

Badiane est de l’AFP. Et son parti a déjà choisi. Ce sera Macky Sall le candidat de l’AFP. Même si le choix a entraîné des soubresauts dans le parti, apparemment, le choix est accepté. Mais au sein du parti, une certaine angoisse est perceptible. Et si ce choix n’est pas bien payé en retour, qu’adviendra-t-il de l’avenir du « Parti de l’Espoir » ? Si le PS hésite dans ses choix et cela lui porte préjudice, l’Afp sûr de ses choix reste perplexe face aux comportements de l’allié APR.

Dans la majorité présidentielle, la peur des lendemains est très partagée. La faute à qui ? Aux hésitations du président Sall qui n’a pas décliné ses objectifs d’alliance encore moins son programme pour les échéances futures. Sauf peut-être une date, l’après référendum, moment limite pour afficher la configuration de Benno Bokk Yakaar pour un second mandat. Mais à huit mois de la présidentielle de février 2017, ne serait-il pas bien tard pour négocier une nouvelle coalition électorale et une alliance politique sans marchandages difficiles ? C’est sans doute de cette situation complexe dont ont peur les APRistes, mais aussi leurs alliés du PS et de l’AFP. Surtout que cela profite à d’autres alliés minuscules mais très opportunistes.

• Par Mandiaye Thiobane

Texte d’archive aru dans l’édition N° 980 de Nouvel Horizon

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