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Dr Papa Abdoulaye Seck : « Nous allons transformer positivement et durablement l’agriculture sénégalaise »

Le Dr Papa Abdoulaye Seck  a pris une part active aux travaux de la rencontre de haut niveau organisée par la banque africaine de développement sur l’agriculture africaine Dans cet entretien qu’il nous a accordé il revient sur des questions fondamentales abordées dans les travaux. La recherche, l’utilisation des résultats de la recherche sont entre autres points sur lesquels il a apporté des éclairages.

Contribution de la recherche dans le développement de l’agriculture

Dans tous les pays où il y a eu une révolution agricole, la recherche agricole a joué un rôle extrêmement important. Car la recherche peut être considérée comme un intrant. Un intrant qui doit permettre de changer les pratiques culturales, pour que nous soyons dans une dynamique de productivité et de compétitivité. On parle beaucoup de changements climatiques. Les changements climatiques doivent nous pousser à avoir d’autres variétés. Et c’est la recherche qui peut nous aider. La recherche doit nous permettre de voir comment mieux utiliser l’eau. C’est la recherche qui doit nous permettre de voir comment changer les formules de fertilisation.

Donc si nous n’avons pas une recherche agricole  très forte, qui peut générer beaucoup de connaissances, qui peut générer beaucoup de technologies, même si nous avons beaucoup d’argent, on ne pourra pas avoir l’impact qui est souhaité. Donc la recherche agricole est fondamentale dans le cadre de la transformation de l’agriculture africaine.

Implication des agriculteurs dans la recherche

Une bonne recherche doit être pilotée par les préoccupations des agriculteurs. Elle doit être pilotée également par des analyses prospectives qui vont nous permettre de voir où va le monde, et de pouvoir faire de bonnes anticipations. Donc, nous sommes pour une recherche action. Une recherche qui génère des résultats qui seront utiles et utilisables. Et pour ce faire, les agriculteurs doivent participer à l’élaboration du cahier des charges de la recherche, pour qu’il y ait une prise en charge effective de leurs préoccupations dans les stratégies de recherches.

Diffusion des résultats de la recherche

Il faut fortifier la recherche. Il faut aussi renforcer le conseil agricole et rural. Car il est vrai qu’il y a un gap entre le capital de connaissance et de technologie disponible et ce qui se trouve effectivement sur le terrain. Il faut donc que nous revenions à un conseil agricole et rural plus fort pour que les vulgarisateurs puissent véritablement mettre à la disposition du monde rural les nouvelles connaissances et les nouvelles technologies. Si on a une recherche forte, sans avoir un canal de transmission de ce que la recherche produit, il est évident que l’impact de la recherche sur le développement sera faible. Donc, trouver de bonnes choses  c’est excellent mais, mettre ces bonnes choses à la disposition du monde rural l’est plus. Et pour ce faire, il faut un Conseil agricole et rural très fort.

Filières plus compétitives

Dans le cadre du Pse, nous voulons une sécurité alimentaire et nutritionnelle durable. Nous allons agir par cercle concentrique glissant, en partant de produits stratégiques. Ces produits stratégiques, c’est le riz, c’est l’arachide, c’est les fruits et légumes de contre saison, c’est l’oignon, c’est la pomme de terre etc. Au fur et à mesure qu’on avance, on élargira le cercle. Pour les autres produits, nous continuons à nous en occuper. Mais les produits stratégiques constituent une autre priorité.

Pour le riz par exemple, notre ambition est d’être autosuffisant en 2017, par la production de 1 ,6 million de tonne de padi. Pour l’oignon, nous voulons être autosuffisant en 2016, par la production de 350 mille tonnes d’oignons. Pour l’arachide, nous voulons obtenir en 2017, un million de tonne,  dont à peu prés 100 mille tonnes exportés. Et pour les fruits et légumes de contre saison, nous allons tout mettre en œuvre pour avoir 150 mille tonnes de fruits et légumes exportés. Le Pse n’a pas encore deux ans mais, on peut dores et déjà dire qu’il a produit des résultats importants. Par exemple, si vous prenez le cas de l’arachide, nous voulons exporter 100 mille tonnes, en 2017. Nous avons exporté présentement 157 mille tonnes d’arachides. Et de surcroit, notre pays   est aujourd’hui le premier pays exportateur d’arachides en Chine au niveau mondial. C’est un résultat extrêmement important. Cette année, si tout se passe bien, je pense qu’on pourrait obtenir un million de tonne d’arachides. Par conséquent, cet objectif fixé sera réalisé au moins deux ans avant l’échéance. En ce qui concerne l’oignon, on espère cette année 357 mille tonnes de production pour un objectif fixé à 350 mille tonnes en 2016. Nous mettons actuellement l’accent sur la conservation pour transformer notre autosuffisance théorique en autosuffisance réelle. Car, en agriculture, souvent conserver les produits peut avoir plus d’impact dans bien des cas que  l’augmentation de la production. Pour les fruits et légumes de contre saison aussi, il y a des progrès absolument remarquables. En ce sens que les exports sont en expansion. On se rappelle bien que vers les années 2000, l’objectif du Sénégal c’était d’avoir 10 mille tonnes de fruits et légumes exportés. L’année passée, nous étions  à 35 400 tonnes. On se rapproche résolument de l’objectif qui est d’avoir 157 mille tonnes de fruits et légumes de contre saison exportés. En réalité, il est permis de dire que  l’agriculture sénégalaise se porte bien. Quand nous disons que le secteur agricole doit être le moteur de la croissance économique, ce n’est pas un slogan. C’est une réalité que nous vivons aujourd’hui au Sénégal grâce à une volonté politique, grâce à une vision définie par M. le président de la République, grâce à une complicité très forte entre producteurs, techniciens du ministère de l’agriculture, secteur privé etc. Je pense que si nous continuons à évoluer dans cette direction, nous allons transformer positivement et durablement l’agriculture sénégalaise.

Financement de l’agriculture

Une innovation a un coût. Il est évident que l’Etat ne peut pas tout faire. Nous pouvons subventionner une partie des facteurs de production, subventionner le matériel agricole etc. mais le producteur doit aussi contribuer. Puisque les producteurs n’ont pas les moyens sur fonds propres de faire tout ce qu’ils veulent faire, il faut un crédit adapté qui va leur permettre de mieux incorporer dans leurs pratiques les innovations technologiques. Donc, un secteur financier plus à même d’agir selon les préoccupations des acteurs constitue aussi une priorité.  Et je crois que le président de la République dans son discours a bien insisté sur le fait qu’il faut tout mettre en œuvre pour avoir des financements innovants pour que les agriculteurs puissent accéder au crédit. Je crois que c’est tout ceci qu’il faut prendre en compte dans le cadre de la transformation de l’agriculture.

Entretien réalisé par

Aliou Kane Ndiaye

Texte d’archive Paru dans l’édition N° 976 de Nouvel Horizon

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