EN PROFONDEUR AVEC… Ousmane William MBAYE – Cinéaste

Il est une des figures de cette vague triomphante du cinéma sénégalais. C’est avec des documentaires qu’Ousmane William Mbaye joue sa partition. Sa dernière œuvre, « Kemtiyu Séex Anta » n’a pas dérogé à la règle, qui rafle les prix à travers le monde, dont au dernier Fespaco. Auparavant, l’homme a fait des productions célèbres comme « Mère Bi » consacrée à sa maman, la première femme journaliste Annette Mbaye d’Erneville, « Président Dia » pour le défunt président du conseil. William Mbaye pour reprendre ses intimes nous explique ici sa réussite dans ce genre, non sans poser sa loupe de doyen sur ce regain de dynamisme du 7eart sénégalais.

 

NOUVEL HORIZON : Quels sentiment vous laisse le succès de votre film « Kemtiyu Seex Anta », primé un peu partout dont au Fespaco 2017 ?

Un sentiment de bonheur, de joie. D’abord, on est reconnu par ses paires et on se dit que l’Afrique reconnait l’apport et l’intérêt de Cheikh Anta Diop à sa jeunesse. A travers ce film, j’espère que les gens qui aiment Cheikh Anta sont contents, que sa famille est honorée. Je pensais beaucoup à son épouse, qui a tiré sa révérence juste à la fin de la réalisation du film. Au moment où je recevais le prix, sur le podium je ne pensais qu’à elle. Qui pendant 30 ans s’est battue pour qu’on n’oublie pas son mari.

 

Quelles appréciations sur ce film ont le plus retenu votre attention ?

C’est lorsque les jeunes africains applaudissent quand Cheikh Anta parle. Je me suis dit que peut-être que le but est atteint. Et ce film est destiné à la jeunesse africaine.

« Ma petite pierre, immortaliser des personnes que je juge utiles à la jeunesse »

Pourquoi avoir voulu faire un documentaire sur Cheikh Anta Diop ?
Résultat de recherche d'images pour "Ousmane William MBAYE"Cheikh Anta est un personnage sénégalais intéressant, un scientifique, un homme politique intègre, qui a énormément apporté à l’Afrique à l’humanité, et 30 ans après sa disparition il n’y avait pas de film sur lui. C’est inadmissible qu’il n’y ait pas des œuvres sur lui, des livres et un film n’est pas suffisant, je pense qu’il y doit avoir d’autres. Il est un personnage aussi illustre que les autres. Revisiter ses œuvres, interroger son héritage il le mérite vraiment.

Il fait parti des gens qui nous ont amenés à l’indépendance. Pourquoi vouloir les effacer ? Pourquoi les étudiants et élèves de ce pays ne connaissent pas Cheikh Anta Diop ? Cette œuvre n’incombe pas seulement aux universitaires. Nous pouvons, chacun dans sa sphère d’expression, participer dans la mission de diffusion de leurs œuvres, de leurs idées. Cheikh Anta est un homme qui a passé toute son existence à combattre l’injustice, en quête de vérité, afin de redonner à l’Afrique une conscience historique et une dignité.

 

Que pensez-vous avoir aidé à comprendre sur lui que ne l’avaient permis jusqu’ici tout ce qu’on a dit et écrit ?

D’abord que Cheikh Anta n’est pas n’importe qui. C’est un savant de haut niveau, un homme politique intègre, qu’un de ses enseignements en direction de la jeunesse africaine est l’éducation. On ne peut pas développer l’Afrique si la jeunesse africaine n’est pas scolarisée, ni éduquée, si les Africains n’atteignent pas l’université. Quand Cheikh Anta dit,  il faut avoir des connaissances pour pouvoir développer notre continent.

 

« Faire comprendre aux gens que Cheikh Anta n’est pas n’importe qui »

 

Etait-ce difficile de faire ce film ?

Pour trouver des archives cela était très difficile. Son fils Cheikh Mbacké Diop qui a fait un livre sur lui a été un apport capital. Il avait des archives sur son père. C’est un film qui n’était pas du tout facile à réaliser.

 

Le cinéma sénégalais marque ces dernières années l’Afrique. Qu’est ce qui explique ce succès?

Ce qui explique cela c’est que le talent ne suffit pas, il faut des structures. Parce que depuis qu’on a créé le Fopica, il y a un instrument qui permet de produire des films. Pour nous, le Fopica est un déclencheur pour pouvoir produire des films et surtout le faire à l’aise, cela donne des résultats.

 

Diriez-vous comme beaucoup d’autres acteurs que « le Fopica c’est bien, mais doit mieux faire » ?

Il faut  augmenter le fond, avec un milliard c’est bien mais ce n’est pas suffisant. Nous  demandons 3 milliards Cfa car le Fopica est ouvert maintenant à d’autres maillons de la chaine. Parce que le cinéma coute très cher et maintenant quand on va chercher des coproductions on ne tend plus la main, nous venons avec un pourcentage du budget et à partir de là on peut parler à égalité avec les autres coproducteurs étrangers. Avant on venait avec zéro franc. Et le réalisateur nous maitrisait mais ce n’est plus le cas car nous venons en force, avec de l’argent sénégalais, et lui il vient en complément. Et avec le Fopica, on est majoritaire avec cet instrument formidable.

Néanmoins, comme toute œuvre humaine, le Fopica peut être amélioré. Il doit bénéficier de plus d’argent pour s’ouvrir à davantage de secteurs, comme celui de la formation.

 

Reste la consommation du cinéma par les Sénégalais. Quelles voies indiqueriez-vous ?

Il nous faut des salles de cinéma, maintenant qu’on produit beaucoup de films. D’ici deux ans on va avoir plus de 100 films, maintenant il faut les montrer au Sénégal, en Afrique. Dans le Fopica, il est prévu la construction et la restauration des salles. Comme en 2013, le président a donné 1milliard, donc deux étalons égale à 3 milliard.

 

Qu’est-ce qui vous motive encore à faire des films après tant d’années ?

Je suis cinéaste je ne sais faire rien d’autre que faire des films. Ma petite pierre c’est de faire d’autres portraits, travailler sur la mémoire, d’immortaliser certaines personnes que je juge utile à la jeunesse.

 

Réalisé par Dieynaba Diewo BA SEYDI

Texte d’archive paru dans Nouvel Horizon

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