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FONCTIONNAIRE D’AUJOURD’HUI : Du sacerdoce à l’affairisme (Archive Nh)

Grands serviteurs de l’Etat, respectés pour leur dévouement dans la tâche, une démarche à cheval sur l’éthique et la déontologie, les fonctionnaires sont aujourd’hui nombreux à laisser une autre image, moins reluisante. On les croit de plus en plus prompts à profiter de leur statut pour faire des affaires, au grand dam du sacerdoce.

La Fonction Publique n’échappe pas aux mutations que connaît le monde du travail. Comme pour l’Armée, le journalisme, entre autres, on s’y engage moins par conviction, volonté de servir, passion que pour trouver échapper au chômage et trouver de quoi gérer le quotidien. En somme, vivre. Du coup, le respect de toutes normes, l’engagement indéfectible ne sont plus forcément des notions prioritaires. Pire, on guette ou crée les occasions pour « se réaliser », socialement s’entend.

Bien évidemment, et c’est d’ailleurs heureux, en trouve encore des fonctionnaires avec le sacerdoce en bandoulière. C’est le cas de ce médecin employé dans un établissement public de la place tout en servant à une clinique privée. Au moment d’une intervention chirurgicale sur un enfant, il a conseillé aux parents de ce dernier de choisir le public aux tarifs trois fois moins élevés que ce qu’on leur demanderait dans le privé. Intervenant aux deux niveaux, Dr a fermé les yeux sur les affaires à faire pour mettre en avant son serment d’Hippocrate. Ce comportement surprenant, quoique très exemplaire, à un moment où les traitements médicaux ont des allures de grand business, rend fier les partisans d’une Fonction Publique fidèle à ce qu’elle a toujours été.

« c’était par exemple une honte pour un fonctionnaire de bénéficier des Parcelles Assainies (sic), conçues pour le personnel subalterne, les gardiens, les plantons »

Durant la vieille époque, des décennies 50-60-70-80, où, « c’était par exemple une honte pour un fonctionnaire de bénéficier des Parcelles Assainies (sic), conçues pour le personnel subalterne, les gardiens, les plantons », raconte un haut commis de l’Administration à la retraite. Un autre, récemment sorti de plus de trente ans de services dans un cabinet ministériel, trouve l’explication dans les formations qui les outillaient bien pour la tâche, avec des notions en droit, secrets de l’Administration, rapports de subalternes à responsables, sans compter l’engagement à servir l’Etat pendant 10 ans. Aujourd’hui, regrette notre interlocuteur, « les valeurs qui priment ont noms larbinisme, clientélisme avec des promotions qui consacrent moins le mérite que l’appartenance politique.

Il n’existe pas de mécanisme de promotion ». Ce qui expliquerait que des jeunes, une fois dans la Fonction Publique, s’occupent autant de servir l’Etat que de se servir.« Nous étions fiers de servir l’Etat, d’aller au front sans nous soucier de la prise en charge ou des perdiems à recevoir. Et, j’ai été choqué le jour où un de mes jeunes collaborateurs m’a demandé ce qu’allait lui rapporter une mission à exécuter, dans le cadre légal de nos astreintes professionnelles », détaille-t-il encore. Il pense aussi que le bas niveau de salaire est à prendre en compte dans ces changements de comportement.

Haut fonctionnaire toujours en poste, cet autre interlocuteur met, lui, en épingle les textes « trop protecteurs »à son goût. Il est difficile d’être licenciés, quelle que soit la faute. On risque au pire le blâme, la mise au placard ou au frigo, le dernier cas étant fréquent au gré des nombreux changements. Aussi, dès recrutement, sont-ils légion les fonctionnaires à ne faire preuve de respect d’aucune norme, encore moins de l’éthique ou de la déontologie.

A propos d’une période où le ressort se serait cassé, beaucoup indexent les années Wade, 2000-2012, marquées l’explosion des effectifs (voir ailleurs) et un mode de fonctionnement fort clientéliste. Avec le fameux concept de « être aux affaires et avoir des affaires »mis en application par des tenants du pouvoir en s’adossant sur des fonctionnaires, lesquels n’ont pas voulu se retrouver les dindons de la farce. Et d’accepter d’être entrainés sur ce terrain glissant. Au finish, le sacerdoce en a pâti, au profit de l’affairisme.

Par Souleymane THIAM

(Texte d’archive de Nouvel horizon)

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