SONACOS, SENELEC, ICS, SAR, ARCELOR MITTAL… Ces gouffres à milliards (Archive Nh)

Le gouvernement du Sénégal avait annoncé au début du mois de novembre 2017 sa séparation à l’amiable d’avec la Suneor, le consortium qui avait repris en 2005 la société nationale de commercialisation des oléagineux du Sénégal (Sonacos). Cette rupture n’est pas une première. Il y en a eu d’autres dans l’histoire économique récente du Sénégal. Dans ces affaires opposant le Sénégal à des repreneurs ou partenaires, notre pays a laissé beaucoup de plûmes, pour ne pas dire des centaines de milliards de francs. Nous revenons sur ces dossiers dans lesquelles des décisions souvent maladroites ont été à l’origine des problèmes.

 Sonacos : une mauvaise privatisation

Résultat de recherche d'images pour "Sonacos senegal"Le nom de Sonacos était étroitement lié à la filière arachide. C’était l’industrie la plus importante pour les producteurs d’arachide du bassin arachidier et des autres zones où est cultivée l’arachide au Sénégal. Lorsque le gouvernement décida en 2005 de le céder à un privé, c’était comme si la terre se dérober sous les pieds des producteurs. L’Etat avait cédé ce fleuron de l’industrie Sénégalaise à 6 milliards de FCFA. Certains soutiennent même que c’est à 5,5 milliards de FCFA que l’Etat a cédé la Sonacos à Abbas Jaber. Le repreneur ne versera au départ qu’un milliard de FCFA. Les autres versements sont intervenus bien après. L’Etat du Sénégal s’est occupé du plan social. 7 milliards de FCFA seront versés aux travailleurs qui avaient choisi de quitter l’entreprise. Dans le contrat conclu avec Jaber, il ne devait pas s’occuper de ce volet.  Et le patrimoine foncier dont a hérité Abbas Jaber qui n’avait eu à verser que 6 milliards de FCFA était estimé 125 milliards de FCFA. Au vu de ces chiffres, on constate les pertes énormes subies par l’Etat du Sénégal.

Le pire arrivera au cours des années qui ont suivi cette privatisation de la Sonacos. Le nouveau repreneur, Suneor refuse d’acheter toute la production d’arachide. Il fixe un quota à acheter par campagne arachidière. Suneor a eu le même comportement concernant le prix du kilogramme d’arachide. L’industriel a toujours refusé le prix au producteur fixé par le CNIA. Toutes choses qui font qu’à chaque campagne agricole, pour éviter le fiasco, l’Etat était obligé de subventionner le prix du kilogramme d’arachide. Ainsi, pendant presque une dizaine d’années, Suneor a fait la pluie et le beau temps, dictant aux producteurs sa loi. Il aura fallu l’arrivée sur le marché d’acheteurs chinois pour éviter à la filière arachide une disparition. Aujourd’hui, le gouvernement a décidé d’une séparation à l’amiable  avec Abbas Jaber après que le Sénégal ait perdu des dizaines de milliards de FCFA, à cause d’une mauvaise privatisation. Ou d’un repreneur mal choisi.

Senelec : un retour qui coutera cher

Résultat de recherche d'images pour "Senelec senegal"Avant 2000, tout le monde savait que la Société nationale d’électricité (Senelec) était très mal en point. L’outil de production était obsolète. L’état dans lequel se trouvait la société ne lui prédestinait aucun avenir radieux. Pire, le gouvernement socialiste pris entre le marteau  des graves difficultés économiques et l’enclume des exigences des bailleurs de  fonds, était dans l’obligation de privatiser. L’Etat n’avait pas les moyens nécessaires pour financer une modernisation de l’outil de production. Le gouvernement d’Abdou Diouf mènera une bataille féroce avec le tout puissant syndicat maison, en l’occurrence la Sutelec, pour imposer la privatisation. Ils y parviendront au bout du compte. Pour l’ancien ministre socialiste, Abdoulaye Makhtar Diop, le gouvernement avait réussi une prouesse extraordinaire. Ils avaient pu vendre un grand malade à un repreneur crédible Hélio-hydro Québec. Ce repreneur avait l’obligation d’investir pour moderniser l’outil de production. Une tâche que le repreneur tardera bien sûr à exécuter. Toutefois, le gouvernement disposait des moyens de le contraindre à s’exécuter. Le président Wade n’en fera rien. Au contraire, avec l’euphorie de la victoire, et le fort désir des nouveaux gouvernants de réparer ce qu’ils considéraient comme des injustices, ils décideront de revenir sur la privatisation de Senelec. En vérité, ils sont tombés dans le piège du repreneur.

Ce partenaire stratégique qui aura passé son temps à fouler au pied plusieurs clauses du contrat s’en sortira avec un dédommagement de 47 milliards de FCFA. Par la suite, toutes les tentatives de reprivatisation de Senelec vont échouer. Aucun investisseur sérieux ne voulait d’une entreprise où les syndicats font la loi. Malgré les efforts importants déployés par Samuel Sarr (projet de transformation de Senelec en holding avec la séparation des fonctions de distribution, de production, de transport et de commercialisation), Senelec n’intéresse personne. L’Etat sera obligé en fin de compte de l’entretenir, avec des subventions à n’en plus finir. Elles ont atteint ces dernières années la barre des 120 milliards de FCFA l’année, un manque à gagner important pour l’Etat. Mais qu’il devra continuer à supporter parce qu’une décision maladroite a fait revenir la Senelec entre les mains du gouvernement.

C’est en 2017 que l’Etat pourra pour la première fois depuis très longtemps cesser de subventionner la compagnie d’électricité. Si bien sûr, sur le plan fiscal, elle ne se montre pas toujours défaillante.

ICS : Godart sema le doute sur son avenir

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C’était le fleuron de l’industrie sénégalaise. Sous la direction de feu Pierre Babacar Cama, les Industries chimiques du Sénégal (ICS) constituaient l’exemple à suivre. En 2000, Abdoulaye Wade, élu président de la République du Sénégal le fera partir après une bataille épique. Il choisit Djibril Ngom pour le remplacer. Ce dernier bénéficiera de quelques années calmes. Il se sera même permis de lancer le premier emprunt obligataire de la société en 2004.

En 2005, les problèmes vont commencer. Des pertes énormes estimées à  plus de 83 milliards de FCFA sanctionneront l’exercice de cette année des Industries chimiques du Sénégal. Face à cette grave situation, l’homme d’affaire Jérôme Godart sera mandaté par le gouvernement d’Abdoulaye Wade pour aller chercher de l’argent frais (80 milliards de FCFA), pour sauver les Ics qui étaient presque en faillite.

L’Etat ne voulant pas vendre, se rend compte rapidement que Godart était loin d’être le bon choix. Ce dernier est en effet allé hypothéquer les Ics auprès de banques étrangères. Des saisies conservatoires sur les comptes bancaires des Ics seront opérées en France. Et les Indiens d’IFCO que Godart représentait se permettaient de gérer sans quasiment de garde-fou. Jérôme Godart, l’ami de Karim Wade avait mis le couteau sous la gorge des Ics.

Pour s’en sortir, le gouvernement est obligé de faire des concessions. L’Etat du Sénégal fera une exonération aux Ics pendant 25 ans. Ensuite, le gouvernement accepte aussi de céder 37% de ses actions à Iffco qui devient l’actionnaire majoritaire de la boîte. C’est à la suite de toutes ces concessions pour sauver les ICS que la recapitalisation des Ics est finalisée entre l’Etat du Sénégal et Indian Farmers and Fertilizers Company (Iffco) qui mit 40 milliards de FCFA sur la table. Depuis cette recapitalisation intervenue en 2008, c’est la descente aux enfers pour cette entreprise. Rien n’est plus comme avant pour les employés de cette industrie.

La  Sar : 250 milliards d’investissements toujours en attente

La brutale  hausse des prix du baril de pétrole intervenue à partir de 2006 allait conduire à de profonds bouleversements. Les prix des produits pétroliers augmentent, mais le gouvernement du Sénégal ne répercute pas ces hausses immédiatement sur le prix des carburants et le gaz domestique. Ce choix poussera les majors pétroliers qui étaient majoritaires dans le capital de la Société africaine de raffinage a à s’abstenir de soumissionner aux marchés garantis par l’Etat en faveur de la SENELEC principalement. Cette attitude poussera l’Etat à se déterminer par rapport à l’ardoise qu’il leur devait. La situation de méfiance crée une insécurité dans l’approvisionnement du pays en produits pétroliers. Ceci va engendrer de profonds bouleversements. La fourniture d’électricité était chaotique, les automobilistes faisaient la queue au niveau des stations services et le gaz butane était en rupture perpétuelle.

La situation pouvait directement conduire à des émeutes. Et d’ailleurs, le rationnement dans la fourniture d’électricité entrainera de nombreuses manifestations dans les quartiers. L’Etat était obligé de payer la subvention sur le gaz butane et les pertes commerciales que les majors auraient subi du fait de la non répercussion de la hausse des prix du brut sur les prix des produits pétroliers au niveau national. La solution finalement adoptée par l’Etat fut de reprendre le contrôle de la Société africaine de raffinage. Ce qu’il réussira à faire en rachetant à certains majors leurs parts dans le capital de la raffinerie.  Puis, l’Etat du Sénégal une fois la situation stabilisée, revend une partie de ses parts dans le capital (34%) à Saudi Ben Laden Group à 7 milliards de FCFA. Ce groupe s’était engagé à investir 250 milliards de FCFA pour l’extension et la modernisation des installations de la raffinerie. A terme, Saudi Ben Laden groupe devait même prendre la majorité des parts et faire du Sénégal un hub pétrolier. Ils n’ont jusqu’à présent rien fait.

Arcelor Mittal 75 milliards au lieu de 2500 milliards de FCFA

Après avoir failli à ses obligations dans un contrat que le liait à l’Etat du Sénégal, le géant mondial de la Sidérurgie Mittal était condamné en mai 2014 par le tribunal arbitral de Paris. Selon les estimations de certains experts, pour manquements à ses obligations contractuels le géant indien à qui l’Etat du Sénégal avaitoctroyé une concession pour l’exploitation des minerais de fer de la Falémé (MIFERSO) devait lui payer la rondelette somme de 2500 milliards de FCFA pour réparation des préjudices subis. Le gouvernement en place au lieu d’attendre la fixation du montant des dommages avait choisi en juillet 2014 de transiger pour 75 milliards de FCFA. Un choix que beaucoup n’ont pas jusqu’à présent pu comprendre. Pourquoi choisir 75 milliards là où on pouvait gagner beaucoup plus. L’explication tiendrait aux procédures qui prendraient de longues années et dont le résultat n’était point assuré.

Aliou Kane Ndiaye

Texte d’archive paru dans l’édition N° 1035 de Nouvel Horizon

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