Universitaires et Etat : Une cohabitation heurtée (1ére Partie – Archive)

Contestataire devant l’Absolu, les universitaires, face à l’autorité étatique, peuvent aller à l’encontre des règles établies. Jean Paul Sartre avait décrété de ne plus dialoguer avec la bourgeoisie ; c’était en 1972, quand il expliquait que pourquoi « lui, intellectuel bourgeois », a accepté de prendre la direction d’un périodique maoïste, La Cause du peuple, dont les précédents responsables de publication ont été condamnés…. Entre l’université, lieu par excellence des intellectuel et le pouvoir c’est du je t’aime moi non plus…

A l’occasion d’une visite Macky Sall était accueilli  par des étudiants en furie. Ces derniers ouvrent-ils les hostilités ? Comme ce fût le cas, pour le régime de Diouf qui, en 1988, a vu l’université Cheikh Anta Diop toute entière s’investir dans la contestation des élections, tout en réclamant son départ du pouvoir ? Un mouvement contestataire qui a abouti à une année blanche.

Les partis politiques concourent aux suffrages universels pour que leurs leaders  exercent le Pouvoir. Les universitaires sont cette autre frange d’intellectuels qui forgent les opinions en faveur ou en défaveur des régimes. La connotation politique des combats de Mai 1968 et de l’année 1988 le montre à suffisance. Au point que  autorités étatiques voient toujours derrière les revendications et mouvements d’humeur des étudiants une manipulation des partis de l’opposition.

Pris sous beaucoup d’angles, le pouvoir et les universitaires entretiennent des rapports complexes. Les universitaires sénégalais, n’ont jamais évolué totalement en marge du pouvoir étatique en place depuis l’Afrique occidentale française. Ils peuvent être des souteneurs crédibles ou des opposants redoutables. L’esprit critique et l’engagement comme sentinelle au pouvoir étant le propre des intellectuels qu’ils sont. Le premier président Sénégalais dès les années 40 a posé les jalons de la création d’une université africaine. Il a contribué à fonder l’univers ité de Dakar devenu Université Cheikh Anta Diop. Point de départ des événements de mai 68 qui deviennent la plus grande protestation post indépendance.

Le régime socialiste, dans les années difficiles des ajustements structurels  a toujours tenu à y un relai à travers des structures politiques.  Au niveau des étudiants et dans une moindre mesure des enseignants.Une politisation de l’espace universitaire qui s’est d’ailleurs accru sous le règne de Wade qui croyait fermement que les crises et grèves cycliques, concomitantes à la marche de l’université, prennent, toujours, leurs origines dans les partis politiques d’opposition. Pouvait-il faire autrement, lui, qui, en tant qu’opposant irréductible de Diouf a été très actif au campus via le mouvement des étudiants et élèves libéraux (Meel) surtout dans les années 80, jusqu’à sa prise du Pouvoir en 2000. Bref, les universitaires et le pouvoir filent rarement le parfait amour.

 

Retours sur les universitaires des présidents de la République et les marques que  ces derniers ont imprimées sur la marche de l’Université.

 Il est le seul président de la République universitaire. Son successeur Abdou Diouf, étant administrateur civil. Abdoulaye Wade, avocat obligé de quitter l’enseignement à la fac et Macky Sall un ingénieur.

Dès 1940 Senghor nourrissait l’ambition de créer une université africaine, au moment où il n’y avait que l’école de médecine à Dakar. En 1945 le président poète l’annonça. Il parlait de l’université de Dakar comme devant existé et son opportunité est posé dans a presse de l’époque notamment dans le titre appelé condition humaine. Le rôle de Lamine Gueye maire de Dakar en 1945 est tout aussi  déterminant que celui de Senghor dans sa volonté de former une élite universitaire. Il créa un programme d’enseignement supérieur en allouant des bourses étrangères dans son budget. Parmi les bénéficiaires il y a eu Cheikh Anta Diop et tant d’autres. Ainsi la mairie de Dakar maintien depuis lors la tradition d’octroi des bourses en faveur des étudiants.

 

Résultat de recherche d'images pour "Senghor"Senghor le promoteur de l’université africaine

Dans les années 40, il y avait des revendications de l’administration coloniale pour l’égalité de traitement de tous les fonctionnaires qu’ils soient français ou africains. Et pour Senghor, le traitement unique demandé par les Africains ne pouvait être effectif sans que ces derniers ne fassent le même cursus et n’obtiennent les mêmes diplômes que les français. D’où l’opportunité d’une université. En 1960 avec l’accession de Sénégal à l’indépendance l’université de Dakar resta française jusqu’en 1970. Pendant cette décennie, les décisions politiques du Sénégal furent très limitées en ce qui concerne le volet pédagogique et financier. A partir de 1970 quand l’université est devenue sénégalaise, la prise en charge salariale des universitaires est adaptée aux réalités de la fonction publique sénégalaise. Les enseignants en ont voulu à Senghor et Assane Séck universitaire devenu ministre en charge des universités pour cette austérité.

Aux côté des enseignants français de l’époque une première vague d’enseignants africains ont servi à l’université de Dakar notamment Seydou Madani Sy, Djibril Fall chimiste, Souleymane Niang devenu recteur, Alassane Ndao qui fût doyen de la faculté des lettres. Parmi eu il n’y avait pas de ministre dans le gouvernement de Senghor mais il se dit que ces universitaires étaient quand- même proches de Senghor qui souvent les invitait et aimait les écouter. Assane Seck un d’eux est ministre pour avoir été à la tête du  mouvement autonome casamançais Mac allié de Lamine Gueye contre Senghor aux élections de 1956 avant de rejoindre le BDS puis l’UPS de Senghor. La deuxième vague d’universitaire sous Senghor fût les Serigne Diop, El Hadji Mbodj, Moustapha Sourang, Ely Madiodio Fall, entre autres. En 1962 Cheikh Anta Diop s’opposa au régime de Senghor. Il sera emprisonné et muselé jusqu’en 1974 quand il créa son parti le RND avec la révision constitutionnelle qui permit les 4 courants sans que sont parti ne soit reconnu. Il resta dans la clandestinité jusqu’en 1981. Senghor n’a pas connu une opposition de la part des enseignants universitaires.

 

lit du chienlit

De 1958 à 1966 c’est le Pra qui s’est fortement opposé au régime en place avec des élections entachées de violence et les émeutes accueillant Pompidou en visite au Sénégal. Le mouvement étudiant a été le relai de cette ambiance contestataire et politique. Surtout de 1966 jusqu’en 1972. L’Université pendant cette période a cristallisé les contradictions de la société Sénégalaise. L’opposition de Senghor a trouvé dans le temple du savoir l’espace d’expression qui leur a fait défaut au niveau de la population non estudiantine. Avec au départ une structure supra territoriale, l’université a connu en 1957 l’Union général des étudiants de l’Afrique de l’ouest UGEAO très organisé, regroupant beaucoup d’étudiants,  sans tenir compte du fait qu’ils étaient du même pays. Cet esprit à prévalu jusqu’après l’indépendance pour que Senghor casse le mouvement en privant de fait les étudiants africain tout droit syndical  Un bâillonnement qui s’est traduit par l’expulsion d’étudiants africain meneur de ces mouvements. Le syndicalisme étudiant devient exclusivement sénégalais avec la création de l’UDES l’union des étudiant sénégalais par Mbaye Diack étudiant en mathématique. D’autres organisations souvent instables ont vu le jour. C’est le cas de  l’UNAPES crée vers les années 70. 1980 marqua la fin de ces grandes structures à l’université pour laisser la place aux amicales qui vont hériter du flambeau contestataire.

 

Résultat de recherche d'images pour "Abdou Diouf"Abdou Diouf : Politique d’austérité et dérives universitaires

Le Sénégal a connu sous son régime des ministres universitaires comme Abdoulaye Elimane Kane, philosophe , proche de Cheikh Anta rejoignit Diouf en 1990 comme étant ministre conseiller chargé des affaires culturelles. Après les élections de 1993 il deviendra ministre de la communication. C’est ainsi que Souleymane Bachir Diagne hérita du portefeuille ministériel laissé vacant par Kane qu’il occupa pendant 7 bonnes années.   Diouf a eu à cheminer avec d’autres enseignants notamment Abdoulaye Bathily opposant figure de prou de la LD/MPT dans les gouvernements de majorité élargie dans les années 90.  Souleymane Niang ancien recteur fût un proche du président Diouf et ministre de la République. Seydou Madani Sy, Professeur de droit et  recteur à l’université fût ministre de la Justice Garde des sceaux.  L’historien Iba Der Thiam fut ministre de l’éducation Ibrahima Fall Professeur de droit et doyen de la dite faculté  Ministre de l’enseignement supérieur puis ministre des affaires étrangères.

 

A suivre…

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