Podcast Coûts exorbitants des transferts de fonds vers l’Afrique

Les transferts de fonds de la diaspora africaine vers le continent ont atteint 65 milliards de dollars l’année dernière, un chiffre qui a presque doublé en 10 ans, selon l’Institut africain pour les transferts de fonds (African Institute for Remittances, AIR). Il était de 38 milliards de dollars en 2007. Les coûts de ces transferts vers l’Afrique sont les plus élevés par rapport au reste du monde.

Sur un marché dominé encore par deux grandes sociétés américaines, le coût des transferts d’argent vers l’Afrique baisse très lentement. Il est passé de 12 % en 2012 à 8,7 % en 2017. Une situation que déplore Milasoa Cherel-Robson, économiste à la CNUCED, la Conférence des Nations unies pour le Commerce et le Développement : « L’Afrique est encore victime de coûts de transferts très élevés par rapport aux autres continents. Ils sont en train de diminuer, mais ça reste encore beaucoup trop élevé. Nous avons toute une batterie de recommandations sur ces coûts de transfert, des mesures qui viseraient à les diminuer et puis à tirer profit des nouvelles technologies, de tout ce qui est plateforme en ligne. »

Parmi ces plateformes de transfert de fonds en ligne, il y a Worldremit, une société créée en 2010 en Grande-Bretagne. Sa clientèle envoie de l’argent dans 150 pays dans le monde.Plus de 50 % du montant des transferts via cette plateforme sont destinés à des pays africains. Catherine Wines, cofondatrice de la société : « Il y a quelques années c’était bien plus de 10 %. Maintenant pour l’Afrique c’est plutôt vers les 8, 9 %. Notre plateforme se situe vers les 4, 5 %. Et on essaye d’utiliser encore plus la technologie pour voir si on peut réduire davantage les frais d’envoi. »

La Banque mondiale et l’institut africain pour les transferts de fonds veulent convaincre toutes les entreprises du secteur à baisser les taux des coûts d’envois jusqu’à 3 %.

Un coup de pouce à l’autonomisation financière des femmes

Dans les pays africains qui ont déjà adopté le mobile money ou le portefeuille mobile, les transferts en ligne participent à l’autonomisation financière des femmes, précise Catherine Wines : « Nos clients ont commencé à envoyer des petites sommes, mais à plusieurs bénéficiaires. Parce ce qu’avant, si vous envoyez au chef de la famille, les fonds n’étaient toujours bien distribués ! Maintenant, surtout avec le portefeuille mobile, on constate que les transferts sont effectués directement aux destinataires souhaités et je crois que les femmes ont bénéficié de ça. »

Avec leur propre téléphone portable et un compte mobile, les femmes reçoivent donc directement l’argent et peuvent gérer leur budget. Autre évolution, les fonds ne sont plus entièrement destinés à la consommation ou à payer les frais scolaires et les frais médicaux. 25 % des transferts seraient aujourd’hui destinés au secteur productif. Catherine Wines donne un exemple parmi d’autres : « On a une infirmière en Angleterre qui envoie [de l’argent] à ses deux fils au Kenya. Ils ont monté une entreprise d’agriculture et maintenant ils emploient à peu près 50 personnes. Elle les a donc aidés à lancer cette entreprise. »

Basée en Grande-Bretagne, la plateforme Wordremit est l’un des leaders mondiaux du transfert d’argent en ligne. Son principal fondateur en 2010 est Ismail Ahmed. Ce natif du Somaliland a été licencié quelques années plus tôt par le PNUD, le Programme des Nations unies pour le développement, pour avoir dénoncé en 2006 des détournements de fonds destinés aux Somaliens.

Avec Rfi

Partager

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *