Donald Trump défie de plus en plus ouvertement le procureur spécial de l’enquête russe

Pour le président américain, l’enquête sur l’ingérence de Moscou en 2016 est « inconstitutionnelle » et il se réserve le droit de se gracier lui-même.

Le travail de sape de Donald Trump contre Robert Mueller, le procureur spécial chargé de l’enquête sur les interférences prêtées à la Russie pendant la présidentielle de 2016, gagne en intensité. Lundi matin 4 juin, le président des Etats-Unis est passé une nouvelle fois à l’attaque en jugeant, en lettres capitales, « INCONSTITUTIONNELLE » l’enquête ouverte il y a un peu plus d’un an par le numéro deux du ministère de la justice, Rod Rosenstein, pourtant nommé par ses soins, dans un message publié sur son compte Twitter.

Il faisait manifestement écho à une tribune publiée plus tôt par le Wall Street Journal dans laquelle un juriste conservateur, Steven Calabresi, avait mis en cause la légalité de l’enquête parce que, selon lui, Robert Mueller n’a pas été confirmé à son poste par le Sénat.

Quelques instants plus tôt, Donald Trump avait déjà surpris en assurant, sur la foi de l’expertise de « nombreux juristes », qu’il a selon lui « le droit absolu de [se] GRACIER », même s’il avait ajouté aussitôt « mais pourquoi le ferais-je, alors que je n’ai rien à me reprocher ? ». La veille, l’un de ses avocats, l’ancien maire de New York Rudy Giuliani, avait déjà estimé que le président des Etats-Unis disposait en théorie de ce droit, tout en jugeant complexe son usage d’un point de vue politique. « Gracier quelqu’un est une chose, se gracier soi-même est une autre paire de manches », avait reconnu cet ancien procureur.

Pas « au-dessus des lois »

Les commentaires de Donald Trump, qui mettent à l’épreuve le principe de la séparation des pouvoirs, font suite à la publication par le New York Times, le 2 juin, d’une lettre envoyée en janvier à l’équipe du procureur spécial par les avocats du président. Ces derniers jugeaient que leur client ne pouvait pas être interrogé par les enquêteurs du fait de ses responsabilités de président. Ils ajoutaient que ce dernier ne pouvait pas être non plus accusé de faireobstruction à la justice, un soupçon alimenté par le limogeage de James Comey, alors directeur de la police fédérale. Selon les avocats, la capacité de mettre un terme à une enquête comme celle poursuivie par M. Mueller relève des pouvoirs constitutionnels du président.

Interrogée à de nombreuses reprises en début d’après-midi, à l’occasion d’un briefing, sur l’impunité suggérée par Donald Trump, sa porte-parole, Sarah Sanders, a répété que le président n’était pas « au-dessus des lois ». Plutôt que de s’engager dans un débat juridique sur la légalité et la légitimité d’une auto-amnistie, elle a préféré insister sur le fait que Donald Trump n’a, selon elle, rien à se reprocher.

Au Sénat, de nombreux républicains ont réagi en faisant part d’une désapprobation résumée par Chuck Grassley (Iowa), le président de la commission des affaires juridiques : « Si j’étais président et si quelqu’un, un avocat, me suggérait que je pouvais faire comme ça, j’en changerais », a-t-il tranché.

Donald Trump a usé précocement et ostensiblement de son droit de grâce, au cours des derniers mois, alors que ses prédécesseurs avaient attendu plus longtemps avant de s’en servir. La majorité des cinq pardons présidentiels annoncés jusqu’à présent a été marquée par la volonté de contrer la justice pour le bénéfice d’alliés politiques.

Instiller le doute

Le constitutionnaliste Laurence Tribe, un critique du président, a ainsi vu dans la grâce accordée le 31 mai à un chroniqueur conservateur sanctionné pour des infractions aux lois sur le financement politique, Dinesh D’Souza, un signal émis à l’attention de fidèles qui pourraient se retrouver dans les rets du procureur spécial. « Protégez-moi et je vous aiderai. Laissez-moi tomber et j’en ferai autant », a résumé le juriste.

Cette nouvelle offensive prend par ailleurs le relais d’une campagne contre la police fédérale, accusée par le président d’avoir fait espionner son équipe pendant la présidentielle. Dans un geste qui a été qualifié d’« abus de pouvoir » par ses adversaires démocrates, Donald Trump a exigé le 21 mai l’ouverture d’une enquête sur cette « infiltration ». Selon la presse américaine, un informateur du FBI aurait bien pris contact avec deux personnes employées temporairement par l’équipe de campagne du républicain, mais du fait de relations qu’elles entretenaient avec des responsables russes.

Un an plus tôt, le président avait déjà mis en cause son prédécesseur, le démocrate Barack Obama, pour l’avoir fait placer, selon lui, sur écoutes. Comme pour la thèse de l’« infiltration », rien n’a jamais permis d’étayer cette accusation grave, mais ces mises en cause successives sont parvenues à instiller le doute dans l’électorat de Donald Trump à propos de l’impartialité de Robert Mueller. Cet électorat est désormais majoritairement hostile au procureur spécial, selon des enquêtes d’opinions convergentes.

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