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LE FAIT DU JOUR / Eclairage : Le danger de l’improvisation dans le discours politique

Au début était le verbe, dit l’adage. Qui mieux que l’homme politique peut témoigner de la pertinence de cet apophtegme ?  Lui, dont la raison d’être est de convaincre, de séduire, de charmer le plus de concitoyens possible afin de bénéficier de leur confiance et incidemment de leurs voix ? Dans sa quête du pouvoir et donc de l’électorat, le contact physique, synonyme d’accessibilité et de convivialité est nécessaire. Seulement, il ne suffit pas, loin s’en faut. Dans un pays comme le Sénégal ou le programme fait rarement partie des critères qui déterminent le choix, c’est le discours qui fait la différence. L’art de convaincre. Pas d’avoir raison. Juste de convaincre.

En effet, le terrain politique est le cadre idéal d’expression de l’art oratoire ou rhétorique.

Cicéron, homme politique Romain, né le 03 janvier 106 avant J.C et qui fut le plus célèbre orateur de son temps, disait : Rien ne me semble plus beau que de pouvoir retenir l’attention des hommes assemblés, séduire les intelligences, entraîner les volontés à son gré, en tous sens. C’est le fait de l’art par excellence. Quoi de plus agréable pour l’esprit et l’oreille qu’un discours tout paré, embelli par la sagesse des pensées et la noblesse de l’art oratoire.

Théodore de Gadare de renchérir : La rhétorique est l’art de s’exprimer sur les affaires civiles avec un certain degré de persuasion en y joignant des qualités extérieures et une prononciation convenable.

Abdoulaye Wade est, en l’espèce, l’exemple, par excellence, du tribun. Sa maîtrise de l’art oratoire est sans commune mesure dans l’arène politique sénégalaise. Raison pour laquelle, il y demeure le politicien le plus populaire, malgré sa sortie sans gloire en 2012.

L’art oratoire n’ est pas un don. On ne naît pas tribun, même si on peut en avoir des prédispositions par sa facilité à s’exprimer.

La connaissance, le savoir et la culture en sont la quintessence, l’habileté à les restituer à son auditoire, le vernis.

Tous les grands tribuns (John Kennedy, De Gaulle, Obama ) passaient en réalité  des heures à peaufiner et à apprendre leurs discours. Ecrire, réécrire, élaguer, épamprer, raboter, polir, lisser, vernir afin qu’il luit et reluit. Ainsi, même s’ils donnaient l’impression d’improviser, ces tribuns maîtrisaient à merveille leurs discours qu’ils avaient travaillés en amont.

Martin Luther King écrivait ses discours avec le soutien de son ami et plume l’avocat Clarence Jones. Son célèbre « I have a dream », il l’avait déjà essayé comme leitmotiv dans beaucoup de discours qui ont précédé celui tenu en face du Mémorial d ‘Abraham Lincoln le 28 Aout 1963 et ne comptait pas ce jour-là, refaire la même chose. Seulement, alors qu’il était devant le micro, son amie, la grande diva musicale, Mahalia Jackson lui cria : Parle leur de ton rêve. Ce qu’il fit en ponctuant son discours de : I have a dream.

 La légende venait de naître.

Il n’y avait donc point d’improvisation dans ce discours. Tout avait était minutieusement travaillé.

En effet, l’un des plus grands dangers pour un homme politique, c’est l’improvisation. Le risque de sortir le mot de trop, qui peut briser une carrière ou tout au moins, causer des dégâts incommensurables. Ni les excuses, ni les dénégations, genre « les journalistes ont sorti mes propos de leur contexte » n’y pourront rien. Le mal est fait.

Un homme politique doit éviter autant que possible d’improviser. Certains politiciens Sénégalais l’ont d’ ailleurs appris à leurs dépens.

Abdou Diouf, en pleine période de tension sociale, avait traité la jeunesse de malsaine avant de récidiver en faisant une traduction littérale de l’ expression « Père de la nation » ; Je suis votre père à tous, nous avait-il lancé en Wolof, sans prendre conscience que  transposée dans le contexte cultuel sénégalais, cette expression devient une offense, voire une insulte.

Idrissa Seck, pour entretenir sa réputation d’homme cultivé, n’hésita pas à emprunter les sentes méandreuses et essaimées de sables mouvants de la religion, oubliant qu’une chose est de maîtriser assez de versets pour fanfaronner devant les médias, une autre est  d’être assez érudit, pour oser plonger en apnée dans les abysses des textes coraniques.

Macky Sall aurait pu se contenter de soliloquer sur ses discours compilés, pompeusement appelés livre. Malheureusement, devant une assemblée d’inconditionnels  suspendus à ses lèvres, plutôt que de se projeter vers l’avenir et le projet de société qu’il nous réserve avec son PSE, il emprunta une machine à remonter le temps pour nous entretenir des succulents desserts dont nous gavaient nos amis Français. Une Téranga  Française qui  absout largement la mort de milliers de Tirailleurs  Sénégalais dans des guerres qui n’étaient pas les leurs , sans compter ceux tués dans le Camp Thiaroye le 1erdécembre 1944,  parce qu’ils avaient eu l’idée saugrenue de réclamer leur pécule.

Au Sénégal, quand la langue du politicien fourche et qu’il bute contre ses propres gros mots, il a toutes les chances de se retrouver dans une mare aux eaux si boueuses et malsaines que même l’eau  Zam-Zam de Maaka ou Baaka , ne réussira à enlever les taches indélébiles sur son joli costume.

Ne lui reste plus alors qu’ à prendre le chemin de Jérusalem pour aller prier sur le mur des lamentations afin de conjurer  le Père de toutes les abominations : que  ses électeurs choqués, ne le privent de dessert lors des prochaines élections.

 

Serigne Mbacké Ndiaye

 

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11 pensées sur “LE FAIT DU JOUR / Eclairage : Le danger de l’improvisation dans le discours politique

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