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L’ISLAM ET LA PENSEE CONTEMPORAINE :
Peut-on discuter de l’Islam ?

Le professeur d’Histoire Penda Mbow, enseignante émérite à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD), spécialiste de l’Histoire Médiévale mais aussi de celle de l’Islam, ouvre dans nos colonnes un débat sur la pensée contemporaine et la religion islamique.

Dans une série d’articles que nous allons publier régulièrement, cette brillante universitaire, à l’esprit alerte et vif, et qui est conviée à toutes les rencontres internationales où l’on parle de l’Islam, de son Histoire, de ses valeurs ainsi que de la vie du Prophète Mouhamed (PSL), nous convie à échanger, à débattre sur la religion islamique qui s’illustre depuis plusieurs décennies comme la plus dynamique des pensées monothéistes face aux deux autres religions révélées et aux idéologies agnostiques.

Toute contribution sur ce registre allant dans le sens du débat des idées et de la défense des valeurs qui nous sont communes et partagées sera bien accueillie et publiée dans nos colonnes.

 

Cette réflexion que je veux partager avec vous m’est inspirée par deux faits :

Les réactions au Sénégal (Au Sénégal seulement et nulle part ailleurs) à la parution de l’ouvrage de Hela Ouardi, les derniers jours de Muhammad paru chez Albin Michel en 2016 et le débat récent suscité par la sortie d’Idrissa Seck sur Bakka, Makka et Jérusalem, d’une part et les relations entre Juifs – Arabes, d’autre part.

Tout d’abord quelques préalables :

• La société arabe du VIIe siècle qui a vu naitre le Prophète Muhammed (PSL) ne connaissait pas le degré de sophistication que nous vivons de nos jours, par conséquent le mariage dans l’Arabie anté-islamique  n’avait pas la même valeur que les normes introduites dans une société islamisée. La péninsule arabique, triangle dont les sommets sont la Mecque, Ta’if  et Médine, l’ancienne Yatrib vit surgir l’islam.  La géographie de l’Arabie contribua à ce que les grands peuples conquérants de l’Antiquité (Egyptiens, Mésopotamiens, Romains) n’exercent pas d’influence sociale directe sur elle. En Arabie, le genre de vie du bédouin fut simple.

• La religion préislamique correspond dans l’évolution des religions au stade polythéiste et pandémonique. La sacralité de la Mecque antérieure à l’Islam, repose sur l’existence de trois bétyles, la Pierre noire, ou Kaaba, le Maqqam Ibrahima et le puits Zam-Zam. Ces lieux sont devenus des éléments essentiels du pèlerinage musulman.

• L’Islam ne connait pas l’excommunication par contre l’apostasie fait débat. D’abord dans l’Islam des origines. A la mort du Prophète, certains avaient pensé que puisqu’il était mortel, il n’était pas un vrai envoyé de Dieu ou bien que l’islam devait prendre fin avec sa disparition. Le phénomène de la ridda ou apostasie  et le retour aux croyances anciennes furent farouchement combattus par le khalife Abu Bakr. Le deuxième moment à partir duquel, l’apostasie redevient un élément important de discussion dans le monde musulman se rapporte à la Révolution iranienne de 1979 et la montée de  l’Islam politique. Furent accusés d’apostasie dans plusieurs pays musulmans les intellectuels gênants surtout les philosophes, les politiques et récalcitrants farouches. Certains furent exécutés, d’autres exilés et par là, on essayait de circonscrire toute velléité  d’Ijtihadj (effort d’interprétation), le développement de la pensée rationnalisante, etc. Et pourtant entre le VIIIe et le XIIIe, le monde musulman s’est singularisé par une histoire exceptionnelle de la pensée.

• Enfin, on doit éviter de faire ce que les historiens appellent de l’anachronisme. Peut-on projeter sur des faits qui se sont passés, il y’a des siècles et des siècles, une lecture d’un homme du XXIe siècle déjà formaté par une certaine conception des choses? Par exemple concernant le livre de Hela Ouardi qui a été discuté dans son propre pays, les seules questions pertinentes sont les suivantes : s’est elle fondée sur des sources ? Si oui, ses sources sont-elles fiables? A t- elle usé d’un esprit critique suffisant? Naturellement, on ne peut pas répondre à ces questions si on ne lit pas le livre, si on ne compare pas ses sources avec d’autres si on ne lit pas le livre en ayant à l’esprit, les textes de Tabari, Ahmed Amine, Hamidoullah…évidemment, certaines idées  ne se discutent qu’entre spécialistes .

Je vais terminer par le monde de la Prophétie, Judaïsme et Christianisme avant l’Islam et avec l’islam, ce qu’on appelle les traditions abrahamiques. Il est extrêmement  difficile de dissocier ces trois religions qui appartiennent à la même Culture. Je vous renvoie aux Sourates du Coran : La Vache (2) et Al Imran (3). Je me souviens encore de ma première leçon de grammaire arabe, en 6e au lycée où mon professeur m’enseignait que la langue arabe est née après une longue histoire de l’Hébreu, de l’Araméen, etc. En plus Moussa ou Moise est le Prophète le plus cité dans le Coran. Personne ne peut nier le rôle eschatologique de Jérusalem dans la pensée islamique, même si cette ville n’est pas le lieu de pèlerinage, néanmoins le Prophète y a vécu le Miraaj ou l’ascension vers Dieu. En plus, ce qu’on appelle les isra’iiiyat, les récits d’origine juive ou chrétienne ou en rapport avec les enfants d’Israël ont fait l’objet de discussions dans les débuts de l’histoire de la pensée musulmane.

Historiquement l’Islam se présente comme religion monothéiste à vision cosmique, concevant un Dieu radicalement Un et transcendant, mais qui, dès le début s’est révélé aux hommes par le truchement de la Parole. Avant, la Loi juive et l’Evangile chrétien avaient soutenu les mêmes vues.

Ce dévoilement de Dieu par la Parole se produisit dans un cadre géopolitique dénommé depuis toujours, le « monde de la prophétie »s’étendant à peu près de l’Indus au Nil et du Caucase au Golfe persique.

Je pense objectivement que la paix au Proche Orient ne pourra se construire que par le truchement de la Culture et le rapprochement des religions. La Sourate (Sourate 2, verset 185 Amana Rassoul sur les Prophètes y invite.

 


Penda Mbow,

Enseignante à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD),

spécialiste de l’Histoire Médiévale et de l’Islam

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