Présidentielle 2019 au Senegal : La loi L57 et le parrainage, embûches sur le parcours du combattant candidat

Qui pourra  participer aux élections présidentielles au Senegal après la modification de l’article L57 qui consacre le principe du candidat électeur et la loi sur le parrainage ?

Macky Sall ? Idrissa Seck ? Sonko ?

Quid des autres?

 

Au Sénégal, la participation aux presidentielles n’ a jamais soulevé de difficultés particulières. En effet, exceptés les cas d’inéligibilité prévus par la loi, et la caution à déposer au niveau du conseil constitutionnel,  être candidat a toujours été relativement facile pour quiconque rêve de conquérir la magistrature suprême. D’ ailleurs, si ça se trouve, les tensions  pré  ou post électorales n’ ont jamais porté sur ce point.

Seulement, à la lumière des  dernières révisions constitutionelles et du code électoral , le simple fait de participer à celle de 2019 ne va t-il pas ressembler à un chemin de croix?

En réalité, le principal obstacle ne réside pas dans le montant de la caution malgré les apparences, une caution qui d’ ailleurs,  passe de 65 millions à 30 millions même si d’ après le ministre de l’ intérieur, monsieur Aly Ngouille Ndiaye, il reste des dispositions réglementaires à prendre pour que la mesure soit effective.

Le premier des écueils qui essaiment ce qui est devenu le long parcours des candidats à la candidature, réside dans la révision de l’article L 57 du code électoral qui impose d’être électeur avant d’être éligible. Une disposition qui risque d’être fatale à deux des principaux opposants de Macky Sall, à savoir Karim Wade qui réside au Catar  et Khalifa Sall, actuellement dans les liens de la justice. D’ aillleurs Aly Ngouille Ndiaye l’ a dit, Karim ne s’ est pas encore inscrit sur les listes électorales, même s’il en a fait la demande ( voir texte), alors que Khalifa Sall  voit son avenir de candidat s’ assombrir dangereusement avec son procès actuellement en appel. Ensuite, des centaines de milliers de Sénégalais n’ont pas encore reçu leur carte d’ identité, des cartes qui pour certaines, n’ont même pas encore été confectionnées. Ce qui signifie que tout candidat qui se trouve dans ce cas de figure  à la date de cloture des dépôts, ne pourra participer aux presidentielles.

La loi sur le parrainage, définitivement adoptée le 18 juin 2019 et qui oblige le candidat à fournir un certain nombre de signatures pour pouvoir  se présenter aux élections est elle, truffée de chausse-trapes dans lesquelles risquent de tomber pas mal de candidats.

En effet, le candidat doit recueillir entre 0,8% et 1% du corps électoral, soit entre 52 0000 et 65 0000 signatures, sur la base d’un corps électoral de 6 050 075 électeurs, dans au moins 7 des quinze régions du Senegal.

Cette loi, votée à 9 mois des élections, risque non seulement de rendre délétère le climat social et politique, mais surtout , de mettre les candidats dans une position inconfortable qui va les user physiquement avant la campagne, alors que le president qui dispose de moyens beaucoup plus conséquents,  il faut le dire de l’ état, pourra compter sur une équipe qui va partir à la chasse aux signatures à sa place, et pouvoir se ménager en attendant l’ ouverture de la campagne.

En effet, recueillir ces milliers de signatures ne va pas  être une sinécure, sans compter les risques de doublons, c’est à dire qu’ un électeur parraine deux candidats  à la fois. Dans ce cas, c’est la signature du premier à avoir déposé sa liste qui est validée.  L’ autre dispose alors de 48 heures pour remplacer les signatures incriminées , sinon, sa candidature est invalidée. Est-ce possible en si peu de temps? Le ministre recommande même aux candidats de faire des réserves de signatures au cas où.  Mais cela ne risque t-il pas de multiplier les cas de doublons?  Surtout dans un pays où le taux d’ analphabétisme est trés élevé , ce qui fait que nombre d’ électeurs ne savent pas signer et que d’ autres n’ont pas une seule signature et se contentent juste de gribouillage chaque fois qu’ on leur demande de parapher un document ? Comment les membres du conseil constitutionnel vont-ils s’ y prendre pour procéder à une vérification qui ne sera source d’ aucune contestation de la part des candidats? Surtout quand on sait les sentiments que les opposants nourrissent pour cette haute juridiction.

Enfin, et il faut le noter, à part les cas de doublons où on donne une seconde chance au candidat, tout autre motif d’ invalidation vaut rejet de la candidature.

En l’ an 2000, il y avait 8 candidats, 15 en 2007 et 14 en 2012. A la lumière de toutes ces modifications apportées autant à la constitution qu’ au code électoral, on peut à juste titre craindre que leur nombre ne connaisse une baisse substantielle lors des élections présidentielles du 24 Fevrier 2019.

 

Serigne Mbacke Ndiaye

Partager

Une pensée sur “Présidentielle 2019 au Senegal : La loi L57 et le parrainage, embûches sur le parcours du combattant candidat

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *