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tart-up de la semaine : au Sénégal, Sudpay mise sur la numérisation des taxes et impôts locaux

La start-up sénégalaise a obtenu en mars une subvention de 184 millions de francs CFA de la GSMA, l’association mondiale des opérateurs, pour le développement de Townpay, sa solution de paiement qui permet aux communes d’automatiser et de numériser la perception des impôts locaux.

Lorsque le message du GSMA – un organisme qui représente les intérêts des opérateurs mobiles à l’échelle mondiale – tombe dans sa boîte mail, le 7 août 2017, Samba Sow, n’y prête pas attention. « C’était en anglais, je n’ai pas tout de suite compris », confie le cofondateur et directeur général de Sudpay.

Le start-uper sénégalais de 42 ans, né à Ndame, dans la région de Louga et qui a grandi à Dakar, mène alors plusieurs chantiers de front : il travaille à l’implémentation de sa solution de paiement pour les Navétanes, le Championnat populaire de football, et veille en même temps à répondre aux questions pointilleuses des auditeurs envoyés par une banque avec qui il est en discussion pour une éventuelle montée au capital qui en ferait l’actionnaire majoritaire de la start-up.

Quelques jours plus tard, il reçoit un mail de relance de GSMA. Cette fois, il prend le temps de le copier dans Google Traduction. « Ah, mais ça change complètement la donne ! », réalise-t-il, ravi. Sudpay fait partie des 32 starts-up sélectionnées par GSMA sur 500 candidatures dans la course à l’obtention d’un prix de 250 000 livres sterling (280 000 euros). Mais il reste encore un tour de sélection, à l’issue duquel seule la moitié de la liste sera retenue.

Le risque de renoncer à un acheteur

Craignant que si la banque avec laquelle il discute devenait l’actionnaire majoritaire, Sudpay ne soit plus considéré comme une start-up mais comme une filiale de cette banque, et soit donc exclu du concours, Samba Sow tente de proposer à l’institution financière de ne prendre que 45 % des parts. Elle refuse. Convaincu de ses chances, il suspend leur collaboration. « J’ai toujours cru dans mes produits » , lance avec assurance le cofondateur de Sudpay, dont l’intuition est confirmée trois mois plus tard.

La subvention est destinée au développement de Townpay, une solution qui permet aux communes d’identifier les contribuables et ainsi, de maîtriser leur assiette fiscale. Grâce à sa plate-forme intégrée à un terminal de paiement, le collecteur peut percevoir l’impôt local, les contribuables pouvant régler par cash, Tigo cash (mobile money) ou Yup (le porte-monnaie électronique de la Société générale).

Townpay est déjà en service dans trois communes – Passi, Karang (Sine-Saloum) et Pout (Thiès). Dans sept autres communes – Djilor, Foundiougne et Sokone (Sine-Saloum), Soum (Fatick), Bambey (Diourbel), Yeumbeul Nord (Dakar) et Touba, la solution est en cours d’implémentation ou en attente. POur Touba, la plus importante de ces villes, le montant global des taxes locales s’élève à plus de quatre milliards de francs CFA (6 millions d’euros). Sudpay se rémunère en prélevant sur chaque transaction une commission qu’il se partage avec les opérateurs mobiles et les institutions financières partenaires.

C’est en discutant avec le secrétaire municipal de la commune de Yeumbeul Nord que Samba Sow a eu l’idée de ce service. Alors que son interlocuteur lui faisait part des difficultés de la commune à recouvrir l’intégralité de ses recettes fiscales, la fraude s’élevant à 30%, il lui avait lancé : « Si tu m’expliques tout, je suis capable de te digitaliser tout ça ! »

Un terminal de paiement pour les bus

Samba Sow et Pathé Faye, son associé, un développeur de dix ans son cadet, ont créé Sudpay en février 2014. Les deux hommes se sont rencontrés dans le sud de la France où ils font leurs études. De retour au Sénégal, son master en informatique délivré par l’université Toulouse III en poche, Samba Sow, spécialiste du référencement naturel crée en 2012 sa première entreprise, Syscoweb, spécialisée dans la digitalisation des entreprises, où il emploie son ami, avant de lui proposer une nouvelle aventure.

ON S’EST ENFERMÉS JOUR ET NUIT, SEPT JOURS SUR SEPT

Une fois Sudpay créée, les deux acolytes démarchent l’Association des financements de transports urbains (AFTU) de Dakar pour leur proposer de digitaliser les paiements manuels dans le bus. « Montrez-nous un prototype ! », leur demande-t-on. Un mois et demi plus tard, les deux start-upers sont de retour.

« On s’est enfermés jour et nuit, sept jours sur sept », confie Samba Sow. Mais le résultat est là : leur solution est disponible dans cinquante lignes de bus, moyennant une redevance mensuelle pour l’entreprise.

Selon ses concepteurs, la plate-forme de Sudpay est « très flexible », adaptée aussi bien à des écoles privées pour l’encaissement des frais de scolarité, qu’à la gare routière des Baux-Maraîchers de Dakar pour la gestion des parkings ou au Championnat populaire pour la vente de tickets d’entrée au stade, leurs premiers clients.

Une rencontre décisive

C’EST TOI QUI A DÉVELOPPÉ TOUT ÇA ? CE QUE TU AS LÀ, ÇA VAUT DE L’OR !

Mais pour tenir, Samba Sow a vendu sa maison à Malika, à l’est de Dakar, emprunté à un cousin basé en Angleterre quatre millions de francs CFA (6 100 euros) et ne se verse pas de salaire. Sa rencontre en avril 2017 avec Quentin Bigabwa, manager commercial de Mobiwire en Afrique – l’un de ses fournisseurs de terminaux de paiement – fut décisive. « C’est toi qui a développé tout ça ? Ce que tu as là, ça vaut de l’or ! » , s’est exclamé le manager, venu lui rendre visite dans leurs locaux de Golf Nord, dans la banlieue sénégalaise, et conscient des difficultés des deux cofondateurs à commercialiser leurs produits.

« Il a contribué à la métamorphose de la boîte » , confie Samba Sow, qui à ce moment-là, n’a jamais entendu parler de « due diligence » (audit préalable à l’investissement dans une entreprise destiné à limiter les risques). « Cette rencontre m’a ouvert les yeux sur la nécessité d’avoir une organisation structurée et une comptabilité saine pour pouvoir démarcher des investisseurs et des partenaires » , poursuit-il.

Par son intermédiaire, Samba Sow entre en contact avec l’entreprise allemande Finetech avec qui il étudie actuellement des axes de collaboration pour intégrer des banques à la plate-forme de Sudpay. Le start-uper veut développer une offre de services financiers (prêt, assurance, microcrédit) à destination des contribuables, via Townpay. Il est aussi en discussion avec l’institution de prévoyance et de retraite(Ipres) du Sénégal pour proposer aux travailleurs indépendants du secteur informel un produit d’épargne et de retraite.

Sous l’impulsion de la GSMA, son équipe est passée de 5 à 17 personnes et il vient d’achever la filialisation de ses produits. Samba Sow, dont la start-up a commencé à engranger ses premiers bénéfices il y a un an, cherche à présent à lever 1,5 milliards de francs CFA pour leur commercialisation et le développement de ses deux filiales en Côte d’Ivoire et en Guinée Conakry.

Avec Jeune Afrique

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