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TENSIONS DE TRESORERIE : Ombres et lumières sur une surchauffe budgétaire

L’ancien Premier Ministre du régime socialiste, Mamadou Lamine Loum, au cours d’un entretien radiophonique, a qualifié de tension financière la situation que traverse l’Etat et que le commun de ses compatriotes perçoit comme une rareté dans la circulation de l’argent dans la vie économique et sociale du pays depuis quelques temps.

Monsieur Birima Mangara, le Ministre Délégué au Budget, lui a porté la réplique en clamant que les caisses de l’Etat sont remplies.

Monsieur Amadou Ba, Ministre de l’Economie et des Finances, en a rajouté une nouvelle couche en disant que les comptes publics affichaient un solde créditeur de plus de 700 milliards de Francs CFA avant le vote de la nouvelle Loi des Finances rectificative de la semaine dernière.

Les syndicalistes de l’enseignement et de la santé, en plus des étudiants, mais aussi les entreprises du secteur privé national qui réclament tous le paiement de leur dû à l’Etat, ne se retrouvent pas dans ce débat d’expert.

 

Nh News (www.nouvelhorizon.sn) tente ici d’expliquer sur quoi se fonde cet imbroglio…

 Sur un budget 2018 arrêté à 3709,1 milliards de FCFA, le Sénégal a mobilisé à la date du 7 juin 2018, un montant de 2.194 milliards CFA. Pour les 6 mois prochains, il reste donc à mobiliser, un montant de 1.515,1 milliards FCA pour boucler l’année. Sur ce premier semestre de 2018 donc, le Sénégal a mobilisé l’équivalent de ⅔ de son budget. Juste noter que sur un budget de 3709,1 milliards FCA, les recettes fiscales sont de l’ordre de 2.598 milliards FCFA; les recettes non fiscales (essentiellement tirées du secteur des télécoms et des industries extractives) sont de l’ordre de 179 milliards FCFA et les Dons sont de l’ordre de 274 milliards FCFA.

Au chapitre des dépenses, à la date du 7 juin 2018, l’Etat a dépensé un montant de 1510 milliards FCFA dont 650 milliards pour ses fournisseurs et co-contractants; 337 milliards FCFA au titre des salaires et 391 milliards FCFA au titre du service de la dette.

Au total donc, sur le montant  déjà mobilisé à  la date du 7 juin 2018, soit 2.194 milliards FCFA, l’Etat en a dépensé 1510 milliards FCFA. Il devrait donc rester dans les caisses de l’Etat, un solde créditeur d’un montant de 684 milliards FCFA.

 Perturbations dans la programmation budgétaire

 Sur l’exécution du budget 2017, l’Etat du Sénégal a eu à traîner un déficit de 100 milliards au titre des recettes fiscales non recouvrées et à la date du 7 juin 2018, sa dette intérieure était comptabilisée à hauteur de 84 milliards FCFA.

Le budget 2018 a été élaboré sur la base d’un prix du baril du pétrole oscillant entre 30 et 40 dollars (son prix de 2014 à 2016). A partir de mars 2017, le prix du  baril du pétrole a connu une remontée significative pour se fixer entre 75 et 80 dollars depuis plus d’un an. Ce qui a perturbé toute la prévision, la programmation et l’exécution budgétaires de mars 2017 à juin 2018. L’Etat du Sénégal a dû faire des coupes budgétaires pour mobiliser sur cette période de mars 2017 à juin 2018, quelques 147 milliards FCFA (dont 95 milliards FCFA pour la SAR et Petrosen et 52 milliards FCFA pour la Senelec) pour ne pas à devoir appliquer la réalité des prix aux consommateurs qui serait une hausse des prix de l’électricité, du carburant et du gaz butane.

C’est ce qui explique que l’Etat du Sénégal, a pris la décision en 2017, de lever en 2018, des fonds en opérant un emprunt obligataire sur le marché international (l’eurobond du 6 mars 2018), pour non seulement payer sa dette intérieure qui risquait de freiner la croissance de son PIB (+ de 7%) depuis trois ans, et également solder complètement la dette ainsi que les charges d’intérêt de l’eurobond de 2011 (250 milliards FCFA). Pour n’avoir à devoir rembourser qu’à partir de juin 2018 et dans la durée, ses trois dettes extérieures principales (les eurobonds de 2014, 2017 et 2018).

 Les gros postes de la dette intérieure

Le 6 mars dernier, l’Etat du Sénégal, par le biais d’un eurobond, a levé un montant de 1200 milliards de FCFA. Sur ce montant, 60 milliards FCFA ont été débloqués pour payer la dette intérieure dûe aux entreprises nationales qui a atteint un montant de 84 milliards FCFA à la date du 7 juin 2018 et dont les plus gros chapitres sont la CSE (20 milliards FCFA), la CDE (20 milliards FCFA), Soseter (8 milliards FCFA),  Ecobank (24 milliards FCFA), Opérateurs privés Stockeurs (7 milliards FCFA).

Dans l’intervalle, pour circonscrire le coût économique d’une perturbation sociale, le Président Macky Sall a cédé aux revendications des acteurs du front social (Enseignants, Médecins, Étudiants) tout en continuant à subventionner la SAR, Petrosen et la Senelec, sans disposer de suffisantes marges budgétaires. C’est ce qui explique que certaines dépenses d’investissements aient été suspendues provisoirement (des projets à Diamniadio) et que des budgets publics ne soient pas encore mis en place dans certaines Administrations. Non pas que l’Etat n’ait pas d’argent dans ses caisses, mais qu’il était obligé par les règles de la comptabilité publique d’attendre le mois de Juin, à travers une loi des finances rectificatives, pour avoir une meilleure lisibilité sur ses dépenses, revoir son dispositif de discipline budgétaire qui était bien fissuré. Exemple, pour les Ecoles supérieures de Formation, l’Etat avait budgétisé pour 2018, un paiement d’un montant de 5 milliards FCFA et s’est retrouvé au final avec une ardoise de 16 milliards FCFA.

Quand la situation revient à la normale

Ce qui fait qu’à la faveur de la dernière Loi de Finances rectificative votée au courant de ce mois de juin 2018, l’Etat aura maintenant une plus grande maîtrise et visibilité sur toute sa chaîne de dépenses publiques qui a été fortement secouée.

Il y a eu donc une surcharge budgétaire. Il y a eu des tensions de trésorerie. C’est indéniable. Pour avoir eu à  travailler de près sur les finances publiques à la DPEE, la situation qu’a vécu le Sénégal, relève à la limite du « naturel » et de la « normalité » quand on travaille sur les finances publiques et on exécute un budget de l’Etat qui il faut le rappeler, ne s’exécute pas comme on exécute un budget personnel ou individuel qui lui même, connait des tensions de trésorerie et des périodes intermédiaires.

C’est tout simplement, le Ministre du Budget, M. Birima Mangara, qui de par sa réponse, a rajouté à la polémique, à l‘interpellation de Mamadou Lamine Loum, ancien Premier Ministre, ancien Ministre des Finances, ancien Ministre du Budget et ancien Directeur Général du Trésor qui sait bien ce qu’il dit quand il parle de Finances publiques. L’actuel Ministre du Budget aurait pu dire tout simplement, qu’effectivement, qu’il y avait des tensions de trésorerie au sens de surchauffe budgétaire; ce qui ne signifie pas que les caisses de l’Etat sont vides, ni que celui-ci est en banqueroute ou en faillite. Loin de là et loin s’en faut. Et que la situation est certes difficile, mais elle est toujours sous contrôle, en dépit de la hausse du baril de pétrole, de l’augmentation de la charge d’intérêt sur la dette, de la pression accrue sur la masse salariale et du retard dans la mise en oeuvre des mesures à  incidences fiscales.

 Mohamadou Siré SY  

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