Billet : Idrissa Seck et le supplice de Tantale

Dans la mythologie grecque, Tantale est le fils de Zeus, le Dieu des dieux et de la nymphe Plouto, même s’il etait mortel. Toujours invité à partager le banquet des dieux sur l’olympe, il en fut pourtant un beau jour chassé par son père, pour avoir trahi leur amitié.

Certains estiment qu’ il leur a servi de la viande humaine, en l’occurrence celle de son fils Pelops, lors d’une réception en leur honneur, pendant que d’autres prétendent que lors des dîners, il leur dérobait du nectar et de l’ambroise, des boissons uniquement réservées aux dieux. Toujours est-il que pour le punir, il fut plongé dans le Tartare, une région lugubre, essaimée de marécages et de sables mouvants, un purgatoire où les condamnés sont envoyés purger leur peine. Tantale fut plongé dans un ruisseau entouré d’arbres fruitiers et paradoxalement condamné à une soif et une faim éternelles. En effet, chaque fois qu’il se penche pour boire, l’eau se dérobe sous lui, et les fruits, poussés par le vent, se mettent hors de sa portée dès qu’ il veut en cuellir un.

Ce qu’ il désire le plus ardemment du monde est à sa portée, et pourtant, il n’arrivera jamais à s’en saisir. D’où une frustration et un ressentiment éternels.

Voilà résumé, le supplice de Tantale.
Idrissa Seck est lui aussi fils de Zeus, excusez moi, de Wade et fut à ce titre, invité à partager son banquet : Ministre, directeur de campagne, collaborateur le plus proche, premier ministre.
Pourtant, comme Tantale, il fut un jour chassé du dîner divin, accusé de trahison.
Certains prétendirent que ce fut suite à des soupçons de détournements de fonds, destinés à la rénovation de Thiès, ville dont il était le maire, alors que d’autres arguèrent qu’ en réalité, c’est pour avoir regardé beaucoup plus qu’a son tour, le trône royal.

C’est vrai que l’homme , à l’égo surdimensionné, ayant une très haute idée de lui -même ,n’ a jamais fait mystère de son destin présidentiel et plutôt que de prendre exemple sur Abdou Diouf qui a patiemment attendu son heure à l’ombre de Senghor, à tôt fait de le proclamer ourbi et orbi: born to be president, nous apprend t-il, avec toute la modestie qui le caractérise.

Pour qui connaît Wade et son rapport avec le pouvoir, la qualification de l’infraction coule de source. Crime de lèse-majesté , et la sanction idem: le tartare.

Déchu, l’ homme, à l’image de Socrate rêvant du monde des essences, là où l’esprit n’est que lui même, n’a plus qu’une seule obsession, regagner le paradis perdu pour en devenir enfin roi, et ne lésine sur rien qui soit susceptible de l’aider à réaliser son rêve: suractivité, don d’ubiquité, solution ou idée sur tout, transhumance confrérique et dernière trouvaille, réunir tous les héritiers de Wade afin de cotiser pour payer la sanction financière qui frappe Karim Wade. Bien sûr, nul n’est dupe, ni sur la faisabilité de l’idée, ni sur sa sincérité. Il s’agit simplement de caresser Abdoulaye Wade dans le sens du poil et l’amener à le choisir comme candidat du Parti Démocratique Sénégalais au cas où Karim, empêtré dans le bourbier judiciaire, serait dans l’impossibilité de participer aux prochaines élections présidentielles. Bref, devenir le plan B du pape du Sopi.

Car Idrissa Seck a un besoin crucial de sang neuf.
En effet, au fil des élections locales, législatives ou présidentielles, il a vu son électorat s’ affaisser, fondre,s’ amoindrir, s’éroder, s’effeuiller, s’étioler, s’effriter de façon irrévocable et irréversible, il n’a qu’ à se rappeler le recul plus que net de son score lors des deux dernières élections présidentielles: 14; 93% en 2007 et 8% en 2012.

Ainsi, à l’image du fils de Zeus, assoiffé et affamé, qui voit l’eau et les fruits, pourtant si proches lui échapper, celui de Wade voit le pouvoir se dérober un peu plus chaque fois qu’ il lui tend les mains
En langage courant ,un Tantale désigne quelqu’un qui poursuit inlassablement un objectif inaccessible. Toute la question est maintenant de savoir si Idrissa Seck a les moyens et les ressources pour éviter le même destin que celui de Tantale, d’autant qu’après sa sortie sur Baaka et Maaka, certains n’ont pas hésité à décréter sa mort politique. Ce qu’ils ont oublié, c’est que la politique n’est pas une voie linéaire, encore moins un long fleuve tranquille.

Qui eut parié qu’ avec l’ affaire Babacar Seye qui l’avait éclaboussé, à tort ou a raison, Abdoulaye Wade parviendrait à devenir président?
Qui eut cru que Macky serait chef d’état après la chasse à la sorcière dont il fut l’objet de la part de ses frères libéraux du PDS (ce qui acta son départ ), et du peu de camarades qui l’accompagnérent dans sa traversée du desert?

Le politicien est parfois à l’image du Phoenix, il renaît de ses cendres
Quiconque connaît Idrssa Seck, ne devrait en douter.

Serigne Mbacke Ndiaye

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