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OPINION : Macky et la hantise du deuxième tour

Dans une élection présidentielle, le deuxième tour est un signe de maturité politique, autant de la part du chef de l’état sortant, qui a su se libérer d’un égoïsme primaire qui le poussait à truquer les résultats pour passer dès le premier avec des scores qui frisent les 100%, mais aussi maturité de la part de la population, car expression d’une conscience citoyenne affirmée. Aussi, est-il extrêmement rare de voir, dans les grandes démocraties, un candidat passer au premier tour. C’est devenu même impensable.

Les sénégalais en ont connu les délices en l’an 2000, et apparemment y ont pris goût, puisqu’ ils ont récidivé en 2012. On croyait le principe définitivement ancré dans les mœurs, malheureusement, tel n’est pas le cas. Le spectre d’un grand bond en arrière plane toujours au-dessus de nos têtes, et c’est ce qui risque de nous arriver le 24 février 2019

En effet, pour rien au monde, Macky SALL ne veut entendre parler de second tour, car au-delà des fanfaronnades et des auto glorifications, dans l’intimité de sa conscience, il sait qu’un second round pourrait lui être fatal. Aussi, a t-il intérêt à plier les élections dès le premier, quitte à tordre le cou à la démocratie. Comment ?

En tendant un filet à mailles serrées pour retenir les gros poissons et ne laisser passer que le menu fretin qu’il pourra affronter sans le moindre risque.

C’est ainsi qu’il faut comprendre toutes ces chausse-trappes, sournoisement glissées sous les pieds de ses adversaires les plus susceptibles de le contraindre à un second tour, et ceci sous couvert de respect du code électoral ou de décisions de justice:

L’article L 57 du code électoral qui stipule que désormais, pour être candidat, il faut d’abord être électeur, semble avoir été taillé pour Karim Wade, le candidat officiel du Parti Démocratique Sénégalais (PDS), contraint à l’exil au Qatar, et Khalifa SALL, le maire de Dakar actuellement en prison. D’ailleurs le ministre de l’intérieur monsieur Ali Ngouille NDIAYE avait prévenu dès le 18 juin que Karim WADE n’était pas inscrit sur les listes électorales. Des propos confirmés par monsieur Casimir CISSE, directeur de la communication de la direction générale des élections: l’inscription de Karim sur les listes électorales a été rejetée. Autrement dit, ce dernier ne pourra pas participer aux prochaines présidentielles.

Le deuxième adversaire qui risque d’être retenu par les mailles de cet article, est le maire de Dakar, autre gros poisson, accusé d’escroquerie et condamné à 5 années de prison et qui a interjeté appel. Interrogé sur son cas, monsieur Casimir CISSE a estimé que l’affaire étant pendante devant la justice, il ne peut se prononcer.

La cour de justice de la CEDEAO, saisie par les avocats du maire de DAKAR, et qui a reconnu que les droits humains de Khalifa SALL à l’assistance d’un conseil et à un procès équitable ont été violés et qui a condamné l’état du Sénégal à lui payer, ainsi qu’ à ses co-accusés la somme de 35 millions de F CFA, permet d’entretenir le suspense.

L’autre trouvaille pour empêcher les candidatures gênantes, est la loi sur le parrainage définitivement votée le 18 juin 2018 et qui stipule que tout candidat doit recueillir entre 0,8% et 1% du corps électoral, soit entre 52 000 et 65 000 signatures dans au moins 7 des 15 régions du Sénégal. En cas de doublon, le candidat dispose de 48 heures pour apporter le nombre de signatures invalidées. Tout autre motif d’invalidation, vaut rejet de la candidature. Cette loi votée au forceps, en faisant quadriller le centre-ville par les forces de l’ordre interpelle quant à sa pertinence: la précipitation avec laquelle elle a été votée, à quelques mois des élections. Ensuite comment les membres du conseil constitutionnel vont-ils s’y prendre pour vérifier les milliers de signatures dans un pays marqué par un taux d’analphabétisme exponentiel où nombre d’électeurs ne savent pas signer alors que d’autres n’ont pas une signature fixe et se contentent de gribouiller au gré de leur inspiration ? Ces flous qui n’ont même pas l’avantage d’être artistiques, permettent toutes les suspicions quant à la volonté du régime de procéder à un dernier tri avant la publication définitive de la liste des candidats retenus pour participer aux présidentielles.

Pourquoi un deuxième tour risquerait d’être fatal à Macky ?

Parce que malgré les apparences, les forces sont de loin d’être inégales.

La suprématie de Khalifa SALL à Dakar est indéniable et ne souffre d’aucun doute, sans compter qu’il a élargi son électorat dans tout le Sénégal, et va bénéficier du vote compassionnel dont les Sénégalais ont le secret, Macky lui-même en a bénéficié lors des élections de 2012.

Ce n’est pas Karim lui-même qui constitue un danger pour Macky, mais son père qui est derrière lui, et qui va faire campagne presque à sa place. Or la capacité de mobilisation de maître Wade est incommensurable. Touba et le vote mouride lui seront acquis, sans compter ces milliers de jeunes qui sont encore sous son charme.

Malgré son électorat qui s’effrite, Idrissa SECK est toujours maître à Thiès.

Sonko est en train de faire main basse sur la diaspora, les étudiants et de manière générale, ceux qui ont un certain niveau d’études et qui comprennent les enjeux d’un Sénégal producteur de pétrole et de gaz.

A tous ceux-là, il convient d’ajouter les autres potentiels candidats, qu’ils soient indépendants ou issus de partis politiques et qui peu ou prou, vont apporter leur contribution pour contraindre Macky à un deuxième tour.

Qu’est-ce que Macky a à opposer à cette armada ?

Une armée mexicaine ( Afp, Ps, Pit, Ldmpt,….) constituée de partis qui ne sont plus que les ombres d’eux-mêmes et dont les leaders ont fini par s’ embourgeoiser dans leurs bureaux climatisés et qui n’assurent même plus le service minimum: tenir des meeting de soutien à leur poulain.

Un parti présidentiel (Apr) sans âme, qui n’a jamais osé tenir un congrès, traversé par les dissensions internes, les querelles d’égo et les guerres de positionnement: Amadou BA-Mame Mbaye NIANG, Abdoulaye Daouda DIALLO- Cheikh Oumar HANE, Mousatapha Cisse LO- Farba NGOM.

S’il faut y ajouter les frustrations et la déception de nombres de Sénégalais devant cette gestion familiale des affaires de l’ état qui n’a fait que rendre leur quotidien encore plus difficile, leurs sentiments d’injustice et de recul démocratique et des libertés, on comprend que Macky n’ait pas envie d’ aller au second tour, d’ autant qu’en tant qu’ ingénieur, les chiffres ne lui ont pas échappé.

Et ils sont sans appel. Appréciez !

De 1961 à 1973, le président SENGHOR a remporté toutes les élections (3) avec 100% des suffrages et 82% en 1978.

Abdou DIOUF qui lui a succédé grâce à l’article 35 alinéa 2 de la constitution de 1976, passe au premier tour lui aussi avec 83% des suffrages en 1983, puis 73 % en 1988 et 58% en 1993, toujours au premier tout.

An l’an 2000, et pour la première fois, le Sénégal connaît un deuxième tour et le président en exercice (Abdou DIOUF 41, 51 %), perd les élections et WADE (58, 49 ) prend les rênes du pouvoir.

On passe sur l’élection de 2007 boycottée par l’opposition et où WADE passe au premier tour avec 55,86%

En 2012, le Sénégal connaît de nouveau un deuxième tour, et pour la deuxième fois, le président (Abdoulaye WADE 34,20%) perd au profit de celui arrivé en seconde position…..Macky SALL ( 65,80)

Comme dit l’adage : « chat échaudé craint l’eau froide. » ou « jamais deux sans trois. »Serigne Mbacké Ndiaye

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