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Présidentielle Malienne : la démocratie entre le marteau et l’enclume

Les Maliens sont donc convoqués ce 29 juillet 2018 pour élire leur président. Une élection qui va se dérouler sur fond d’insécurité prégnante dans le Nord et le Centre du pays où même l’administration centrale a du mal à s’installer et de fractionnement prononcé de la classe politique . 24 candidats dont le président sortant monsieur Ibrahim Boubacar KEITA, IBK seront en lice. Une inflation de candidats,  qui loin d’être  l’expression d’un dynamisme démocratique,  traduit plutôt l’incapacité de la classe politique et de l’intelligentsia malienne à identifier les priorités.

En effet, dans un pays gangrené par le terrorisme et le djihadisme et dont l’immense territoire (1,2 million km dont la seule partie désertique est plus grande que la France), sert de cache et de territoire de repli à presque tous les groupes armés du Sahel, (le MUJAO, ANSARDINE AQMI, ETAT ISLAMIQUE sans compter les groupes sécessionnistes tel le mouvement pour la libération de l’ AZAWAD), le réflexe aurait dû pousser à être à  l’unisson et à l’union sacrée. Au contraire,  sept des candidats sont d’anciens ministres d’IBK et deux ont été premiers ministres: Cheikh Modibo DIARRA et Modibo CISSE. Une situation inédite qui pousse à s’interroger sur le profil  du  chef de l’ état sortant et surtout sur sa capacité à diriger le Mali et à rétablir la sécurité.

Le président IBK est avant tout une personne très clivante

En effet, 6 mois après son arrivée au pouvoir, alors que son pays est dans une situation économique et sécuritaire indicible il achète un avion pour près de 20 milliards FCA, et devant le tollé général, se justifia en arguant  que l’ancien avion n’était pas digne de son rang. Ecœuré, le FMI suspend sa coopération et réclame une commission d’enquête. Depuis, les cas de corruption ne se comptent plus.

L’ascension fulgurante de son fils Karim, aujourd’hui député et président de la commission défense de l’assemblée nationale en a fait jaser plus d’un. Homme émotif paraît-il, il n’hésite pas à pleurer en public. Il en fut ainsi lorsque les journalistes français de RFI, Ghislaine DUPONT et Claude VERLON furent tués à KIDAL et aussi lors de la levée du corps du soldat Français Damien BOITEUX, tué lors d’un accrochage avec les djihadistes. Pourtant, aujourd’hui,  des dizaines de Peulhs sont massacrés par les FAMAS (Forces armées maliennes) et les vidéos diffusées sur les réseaux sociaux, sans qu’il daigne travailler à y mettre un terme,  donnant ainsi l’impression qu’il n’a pas d’autorité sur les militaires et donc incapable de ramener la sécurité dans son pays. A quelques semaines des élections,  les terroristes n’ont d’ailleurs pas hésité à frapper. Et pas n’importe qui, n’importe où et n’importe quand.

Le 29 juin 2018, ils attaquent le quartier général du G5 sahel situé dans le cercle de Savaré au centre du Mali,   une force conjointe de 5000 hommes regroupant le Mali, le Burkina Fasso, le Niger, la Mauritanie et le Tchad, faisant 5 morts, et ceci à trois jours d’une rencontre entre les dirigeants de cette force et le président Français Emmanuel Macron

Le premier juillet,  ils récidivent en attaquant les militaires Français de l’opération Barkhane forte de 4000 hommes à Gao,   et ceci au moment où l’Union Africaine se réunissait en Mauritanie pour discuter de sécurité.  L’attaque qui a été revendiquée par Iyad Ag Ghaly fit 4 blessés parmi les Français et un certain nombre de morts civils.

Cette facilité avec laquelle ils s’en prennent au cœur même des dispositifs sécuritaires et lors de rencontres importantes est un message on ne peut plus clair à l’ endroit des autorités et des électeurs.

D’ailleurs, l’Union Européenne a bien perçu le message. En effet, ses 80 observateurs ne couvriront pas tout le Mali pour des raisons de sécurité, ils se concentreront sur le Sud et l’Est.

Même les candidats appréhendent de se rendre dans le Nord et le Centre aux mains des djihadistes, pilleurs et trafiquants de toutes sortes et cadre d’affrontements inter communautaires. Certains demandent la protection des forces de la MINUSMA pour pouvoir faire campagne notamment à Kidal  aux mains des rebelles,  Gao, Koro et Bandiagara.

Invité sur RFI, monsieur Jean Jacques BRIDAY, député Lrem, au pouvoir en France et président de la commission de la défense nationale et des forces armées à l’assemblée ne s’est pas embarrassé d’arguties diplomatiques  pour fustiger et pointer du doigt l’incapacité du président Malien : le gouvernement malien est dans l’inaction,  fulmine-t-il, le pouvoir n’est pas à la hauteur des enjeux et de la gravité de la situation, il faut ouvrir les yeux. Aujourd’hui,  il y a beaucoup de pays qui sont au côté du Mali pour sortir de cette instabilité sécuritaire. Mais, il faut aussi qu’il y’ ait une visibilité dans la situation politique. Or ce n’est pas le cas.

La gravité des propos de monsieur BRIDAY (que le journaliste n’a pas manqué de relever d’ailleurs) prouve qu’ il ne faisait pas que donner son opinion,  mais qu’ il était chargé de délivrer un message venant des plus  hautes autorités de son pays que la réalité de la diplomatie empêche de s’exprimer aussi directement. La preuve,  il n’a été recadré,  ni par Matignon,  ni par l’Élysée.

Une situation sécuritaire qui menace non seulement la stabilité du Mali, mais aussi celle des pays limitrophes qui ont pourtant dépêché des milliers de soldats pour circonscrire et annihiler le terrorisme.

Enfin une situation sécuritaire qui jette un doute sur la tenue même des élections à date échue

Résultat de recherche d'images pour "Présidentielle mali"Sur ce sujet non plus, monsieur BRIDAY n’y est pas allé par quatre chemins et s’est déclaré sceptique: Nous  sommes à quatre  semaines de l’élection présidentielle et on ne sait toujours pas si ce scrutin pourra se tenir. Il y a des retards dans l’acheminement des cartes d’électeurs, il y a un flou total là-dessus et il n’y a pas de  volonté de tenir ces élections présidentielles de la part du pouvoir actuel.

En effet, selon RFI, à la date du 7 juillet 2018, seuls 15% des électeurs avaient retiré leurs cartes.

Compte tenu de la situation sécuritaire, plusieurs voix se sont élevées pour demander le report du scrutin et la mise en place d’un gouvernement d’union nationale. C’est le cas de Seydou Badian KOUYATE, ancien garde des sceaux et ministre de la justice qui met en exergue  l’inaccessibilité des circonscriptions électorales. Alioune Boubacar DIALLO, de l’ADP/ Maliba s’interroge lui aussi sur la tenue de ces élections et en appelle à une conjugaison des efforts de la classe politique et de la société civile autour de la question.

Le gouvernement quant à lui assure que les élections auront bien lieu et sur toute l’étendue du territoire. 11000 hommes des forces de l’ordre, les FAMAS et du MOC (mécanisme opérationnel de coordination)    regroupant des militaires et d’anciens combattants et groupes signataires de l’accord de paix seront mobilisés pour assurer un bon déroulement du scrutin.

Dans tous les cas, se posera un problème de légitimité.

Etant donnée la situation  sécuritaire qui prévaut et qui a poussé des centaines de milliers d’électeurs à trouver refuge dans les pays limitrophes, la crainte d’attaques terroristes qui dissuadera beaucoup d’autres à se rendre aux urnes et la mauvaise distribution des cartes, il est fort à craindre que le prochain président soit mal élu, si élection il y a.

Si en revanche, elle est reportée,  la légitimité de celui qui sera porté à la tête du pays en attendant un hypothétique rétablissement des conditions sécuritaires, n’en sera que plus douteuse.

A tous les coups, la démocratie y sera  perdante.

Serigne Mbacke Ndiaye

 

 

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