RELATIONS SENEGAL-MAURITANIE : Un voisin trop indifférent pour être tranquille

L’Etat major du G5 Sahel basé à Sewaré au Mali a un nouveau Chef d’Etat Major, le Général mauritanien, Hanena Ould Sidi secondé par le Général tchadien Oumar Bikimo Jean. Ce nouveau duo d’officiers supérieurs remplace le Général malien Didier Dacko qui dirigeait cette force de frappe regroupant des éléments armés venant du Tchad, du Niger, du Burkina, du Mali et de la Mauritanie depuis la constitution de cette armée d’élites missionnée pour combattre les terroristes et les différents trafiquants sévissant dans la bande saharo-sahélienne.

 

L’éviction du Général malien fait suite à une attaque terroriste opérée au quartier général des Forces du G5 Sahel établies dans la petite bourgade de Sewaré dans le centre du Mali.

En s’arrêtant simplement à ces faits récents, on peut noter que ces changements opérés auprès de cet Etat Major coordonnant les actions des Forces de défense et de sécurité provenant des cinq pays composant le G5 Sahel est une décision somme toute cohérente et normale.

Cette attaque terroriste perpétrée en plein centre du Mali au moment où la Mauritanie s’apprêtait à recevoir des dirigeants des pays membres de l’Union Africaine et juste avant une réunion entre le Président français Emmanuel Macron et les Chefs d’Etat des pays membres du G5 Sahel est un affront visant à décrédibiliser ce projet militaro-diplomatique qui se présente comme la réponse la plus pertinente des pays du Sahel face à la menace terroriste et aux tentatives de déstabilisation de tout cet espace ouest-africain et  qui ne laisserait intacts aucun des pays nord africains et du Sud de l’Europe  situés autour du bassin de la Méditerranée.

Confier ce commandement à un officier militaire mauritanien aguerri et expérimenté et le faire secondé par un officier tchadien du même calibre peut apparaître comme une réponse qui ne manque pas de pertinence.

Il est connu et admis que les forces armées du Tchad et celles de la Mauritanie font partie des armées les plus combattives et les plus aguerries du continent africain. Le grand apport du G5 Sahel et sa capacité à doter en équipements et en armes les contingents des cinq pays membres recrutés pour faire partie de son effectif, peut apparaître comme normal, bien réfléchi et bien organisé.

Seulement voilà, la posture de la Mauritanie apparaît à certains égards comme assez troublante pour un pays comme le Sénégal, qui bien que ne faisant pas partie du G5 Sahel, a déployé sur le front du Nord Mali beaucoup plus de militaires et de forces combattantes que les contingents nationaux des cinq pays composant ce G5 Sahel.

Clairement dit, il y a plus de soldats sénégalais sur le théâtre des opérations au centre et au nord du Mali que des militaires tchadiens, mauritaniens, burkinabés, nigériens et même maliens. Seuls les militaires français du contingent Barkane appelés à être remplacés, d’ailleurs, par les éléments du G5 Sahel, sont d’un nombre plus important que les soldats sénégalais sur ce même terrain.

Certaines sources diplomatiques avancent l’explication que le veto des autorités mauritaniennes a été brandi contre le Sénégal lors de la constitution du G5 Sahel empêchant ainsi son implication dans son staff de commandement. Il s’y ajoute que de tous les pays sahéliens ayant une jonction directe avec l’immense désert du Sahara, la Mauritanie est le seul pays à être depuis plusieurs années le moins exposé aux escarmouches des multiples trafiquants évoluant dans le désert et est celui qui subit le moins d’attaque de multiples factions terroristes proches ou non de Al Quaida ou de Daesh. Cette prouesse de la Mauritanie suscite auprès de certains observateurs de multiples interrogations.

Faut-il rappeler aussi que le célèbre rallye automobile Paris-Dakar qui était un des moteurs du tourisme sénégalais et qui se trouve aujourd’hui exporté en Amérique du Sud a été « enseveli » sur le parcours mauritanien de son trajet à cause d’attaque terroriste et de prise d’otages.

Il y a réellement un malaise diffus dans les relations entre notre pays, le Sénégal et son grand voisin du Nord, la Mauritanie. Sans tambours, ni tam-tam, les autorités politiques mauritaniennes ont adopté une posture qui ne laisse place à aucune équivoque. Elles ont pris leur distance à l’endroit de ce voisin du Sud que nous sommes et que tant de liens  unissent.

L’histoire et la géographie, mais aussi des liens charnels, culturels, cultuels et sans oublier le brassage des populations qui partagent les mêmes identités remarquables des deux côtés du Fleuve. La Mauritanie n’est pas indifférente vis à vis du Sénégal, mais elle laisse transparaître aujourd’hui une véritable attitude de désintéressement et de défiance à l’endroit d’un pays qui ne peut qu’être son partenaire à défaut d’être son allié.

Le Président Macky Sall n’a pas hésité, par deux fois, ces dernières années à effectuer des séjours en Mauritanie en rendant visite à son homologue le Président Mohamed Ould Abdel Aziz. A la suite des incidents malheureux ayant conduit à la mort d’un pêcheur sénégalais dans les eaux territoriales mauritaniennes, c’est le Chef de l’Etat du Sénégal qui a effectué un séjour en Mauritanie et y a scellé un accord pour le partage équitable des ressources gazières et pétrolières situées en mer à cheval sur la partie frontalière des deux pays.

Ce choix de raison et cette attitude de sagesse lui ont valu une levée de boucliers dans son pays, car une partie significative de l’opinion publique s’attendait plutôt à la visite du Président Mohamed Ould Abdel Aziz pour la présentation de condoléances.

Le Ministre sénégalais de la Pêche, de son côté, a effectué plusieurs visites de travail en Mauritanie pour des négociations sur de nouveaux accords de pêche entre la Mauritanie et le Sénégal. Son homologue mauritanien, à la suite des visites du Ministre sénégalais de la Pêche, a été annoncé plusieurs fois à Dakar pour la finalisation des dits accords. Cela ne s’est finalement pas fait et à chaque fois des excuses diplomatiques ont été servies pour expliquer la non venue du Ministre mauritanien à Dakar.

Fait notable, c’est à l’occasion du récent sommet de l’Union Africaine tenue à Nouakchott que les autorités mauritaniennes ont finalement apposé leur signature sur ces dits accords manifestant ainsi leur ferme volonté de ne pas fouler le sol sénégalais.

Faut-il rappeler que la dernière visite du Président Mohamed Ould Abdel Aziz à Dakar est une escale nocturne à l’Aéroport de Yoff à son retour de Banjul où il effectuait une médiation pour « sauver » le Président Yaya Jammeh à qui la CEDEAO avait adressé un ultimatum  à la suite de sa défaite à la présidentielle gambienne de décembre 2016.

Qu’est-ce qui explique donc que les autorités politiques mauritaniennes soient devenues si détachées et indifférentes à l’endroit du Sénégal ?

Seul l’avenir nous le dira. Néanmoins, une chose est sûre, les hommes du désert sont réputés austères, grands érudits, fin stratèges et extrêmement rusés. Ils n’ignorent donc en rien l’histoire et ses leçons et savent que l’union sacrée s’obtient souvent en agitant le spectre du danger en provenance de l’extérieur ou d’un péril menaçant l’unité nationale.

Et la sagesse des anciens enseigne que le dialogue et la négociation sont les meilleures armes pour dissiper les malentendus et résoudre les contentieux. Car la paix est la plus grande des richesses.

Alors, pourquoi vouloir faire du Sénégal un bouc émissaire ?

Abdoulaye Bamba DIALLO

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