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Le Ndigueul de Tivaouane : Le vote religieux fait-il encore gagner ?

On l’avait cru désuet, obsolète, suranné et définitivement effacé des moeurs politiques Sénégalaises depuis les élections présidentielles de l’an 2000, qui avaient vu le président sortant Abdou Diouf, soutenu par l’ensemble des chefs religieux, se faire battre à plate couture par son adversaire Abdoulaye Wade.

 

Le Ndigueul ou consigne de vote maraboutique venant du sommet des confréries ( Le Khalife Général ou son porte-parole ), refait pourtant surface, remis au goût du jour par Tivaouane. « Nous devons accompagner Macky pour qu’il achève ses chantiers, car aucun leader politique n’a fait ce que Macky Sall a fait à Tivaouane.  » Ainsi parle Pape Malick Sy porte-parole du Khalife Général des Tidianes lors de la Ziarra de l’Achoura 2018 organisée par le Rassemblement des Jeunes Tidianes.

 » Notre soutien à Macky ne souffre d’aucune ambiguïté «  a t- il ajouté, afin de lever toute équivoque. Ces propos de Pape Malick Sy ne font que corroborer ceux tenus par le Khalife Général des Tidianes, Serigne Sy Mansour lui-même le 23 novembre 2017, à l’occasion du Burde qui prélude au Gamou de la nuit du 30 novembre au 1er decembre 2017, alors qu’il recevait le président Macky Sall.

 » Vous demandez seulement un second mandat ? Vous n’en demandez pas un troisième ? Vous l’aurez ! » Les consignes de vote Maraboutiques dont l’origine remonte à loin dans l’histoire du Sénégal, font partie de la culture politique de ce pays, et sont toujours courues par les politiciens.

Le président Léopold Sédar Senghor a ainsi bénéficié du soutien et de l’amitié du Khalife Général des Mourides Serigne Fallou et de ceux du Khalife Général des Tidianes, Serigne Babacar Sy.

Les mêmes relations de complicité liaient le président Abdou Diouf à leurs successeurs, Serigne Abdoul Ahad Mbacké et Serigne Mansour Sy, respectivement Khalife de Touba et de Tivaouane.

On se rappelle encore ces propos de Serigne Abdoul Ahad Mbacké, Khalife Général des Mourides : « Celui qui ne vote pas pour Abdou Diouf, aura trahi Serigne Touba. »
Ou de ceux de Serigne Mansour Sy, Khalife Général des Tidianes qui soutenait Abdou Diouf, à la veille des présidentielles de l’an 2000:  » Nous gagnerons au premier tour « .

A une époque où les instructions des marabouts ( surtout celles du Khalife Général ) avaient force de loi , l’impacte des consignes de vote sur les résultats étaient indéniables, même si dans les cités religieuses ou l’analphabétisme et la pauvreté sont prégnants, le vote n’est pas considéré comme une priorité.

A Touba par exemple, le taux de participation dépasse rarement 35%. Il était de 31% lors des législatives de 2017 et 31,22% lors de celles de 2012. Ce n’est donc pas un hasard si à la veille d’ élections, les foyers religieux deviennent les destinations favorites des politiciens.

Cependant, à l’image de tous les pays du monde, le Sénégal n’a pas échappé à l’évolution des mentalités, due en partie au recul de l’analphabétisme, à l’éducation et au développement des nouvelles techniques de l’information de la communication qui, en facilitant l’accès au savoir, favorise une prise de conscience citoyenne et fait reculer l’obscurantisme et l’esprit servile.

Aussi l’impacte des marabouts sur le choix politique de leurs disciples, s’est mis à s’effriter au fur et à mesure de l’évolution de la mentalité et de la maturation du Sénégalais qui de plus en plus, passe du statut de Talibé à celui de Citoyen.

Les manifestations de violence qui ont émaillé les élections présidentielles de 1988 et 1993 au Sénégal malgré le choix des marabouts porté sur le candidat Abdou Diouf en témoignent.
Les marabouts qui avaient fini par s’installer dans la posture la plus facile, la moins risquée et surtout la plus juteuse, qui était de donner des consignes de vote en faveur du candidat sortant, n’avaient pas pris la pleine mesure de cette évolution de la société Sénégalaise.

Jusqu’ à la douche froide de l’an 2000 qui a consacré l’inopérance du Ndigueul, car n’ayant pas empêché la première alternance.

Depuis, aucun Khalife Général n’a plus donné de consigne de vote. Les marabouts de moindre importance qui s’y sont prêtés ( Serigne Modou Kara, Béthio Thioune ), lors des présidentielles de 2012 en soutenant le président sortant Abdoulaye Wade, ont essuyé le même revers.

Abdoulaye Wade sera battu par Macky Sall.

Deuxième alternance pour le Sénégal.
Quels peuvent être les impactes des consignes en faveur d’un candidat aujourd’hui ?
• Une reconnaissance de fait par la famille religieuse. Sa candidature est reconnue et acceptée. Elle n’est pas rejetée pour une raison ou une autre.
• Le candidat va engranger quelques voix. Ne seraient- ce que celles des talibés les plus dociles du marabout.

Cependant, le Ndigueul n’est plus une arme infaillible. Il risque même de se retourner contre celui l’ a émis ou le bénéficiaire:
• Des votes de défiance au profit de l’adversaire pour marquer son opposition à cette pratique anachronique.
• Au Sénégal, le vote religieux à tendance à disparaître. Il n’y a pas de vote Mouride ou Tidiane, mais plutôt un vote citoyen qui transcende les appartenances confrériques.
• Même si Tivaouane en est officiellement la capitale, le Tidianisme compte plusieurs branches: Sy, Niass, Tall… qui ne se sentent pas nécessairement liées par le consigne de Tivaouane.
• Risques de protestations, voire conflit dans la famille et la confrérie où toutes les tendances politiques sont représentées.
• Le marabout engage sa crédibilité. L’échec de son candidat rejaillira sur lui.
• En prenant partie, le marabout perd son rôle de  » régulateur social » et s’exclut de la probable médiation en cas de contentieux électoral.

Même si les dessous de cette consigne de vote ne seront jamais connus, Tivaouane prend d’ énormes risques alors que les résultats ne sont pas probants.

Mieux, ce Ndigueul relève beaucoup plus de l’effet d’annonces que d’autre chose. Aussi, l’exemple de Serigne Sy Mansour ne risque pas d’être suivi par beaucoup d’autres Khalifes Généraux.

D’ailleurs Serigne Pape Malick Sy le confessera: Serigne Cheikh ( Al Makhtoum ) m’avait dit que le temps des consignes de vote était révolu au Sénégal.
Pourquoi ne l’avez-vous pas écouté ?

Serigne Mbacké Ndiaye.

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