Oops! It appears that you have disabled your Javascript. In order for you to see this page as it is meant to appear, we ask that you please re-enable your Javascript!

A quoi nous sert la Francophonie ? – Par S. MB. Ndiaye

Le 17eme sommet de l’ Organisation Internationale de la francophonie ( OIF ) s’ est ouvert ce jeudi 11 octobre 2018 à Erevan la capitale de l’ Arménie.

Selon toute vraisemblance, sa Secrétaire Générale actuelle, la Canadienne Michaelle Jean, en poste depuis janvier 2015, devra céder sa place à la Rwandaise et ministre des affaires étrangères Louise Mushikiwabo ,désignée officiellement par l’Union Africaine lors du dernier sommet des chefs d’état tenu au mois de juillet 2018 à Nouakchott, en Mauritanie.

Un consensus?

Le choix de Louise Mushikiwabo ne relève point d’un consensus, mais d’un diktat du président Français Emmanuel Macron qui l’ a imposée aux chefs d’ état Africains et devant lequel, même le Canada et le Québec ont dù s’ incliner en retirant leur soutien à leur compatriote. Cependant la titulaire du poste a décidé de se battre jusqu’au bout, même si ses chances sont presque nulles.

Il y aura ainsi deux candidates au poste de Secrétaire Générale de la Francophonie à Erevan: Michaelle Jean et Louise Mushikiwabo.
Sous le magistère de la Canadienne, l’ Organisation Internationale de la Francophonie, longtemps dans un état végétatif et léthargique a connu un sursaut de vivacité.

Née à Haiti et obligée de fuir la dictature des Duvalier en 1968 avec ses parents pour trouver refuge au Canada, Michaelle Jean est très sensible au phénomène migratoire vers l’ Europe.
Ayant grandi sous la dictature, elle mesure l’importance de la démocratie.
Originaire d’un des pays les plus pauvres de la planète, elle est tout aussi sensible à la problématique du développement.

Gouverneur générale du Canada, elle la réfugiée, elle sait à quel point l’éducation peut changer les destins les plus incertains.
Elle a su donner à la francophonie une âme et une visibilité. L’Organisation est sur tous les fronts: éducation, lutte contre la pauvreté, promotion de la bonne gouvernance.

Madame Louise Mushikiwado est quant à elle la plus proche collaboratrice de Paul Kagamé, le président Rwandais. Elle est son pendant féminin. Son ombre qui le suit partout. L ‘on susurre même qu’elle devrait le remplacer quand il quittera le pouvoir.

Paul Kagamé , de l ‘ethnie Tutsi, à la tête du Front Patriotique Rwandais, était entré en rébellion contre le régime Hutu de Juvénal Habyarimana, soutenu, financé et armé par la France dans les années 90.

Le président Hutu sera assassiné le 6 Avril 1994. Il s ‘ ensuivit l’ un des pires génocides que l’ humanité ait connu, celui des Tutsi: 1 million de morts.
La France sera soupçonnée d’ avoir aidé les génocidaires.Paul Kagamé, qui entre-temps a pris le pouvoir, ira plus loin.

Il tiendra la France comme responsable du génocide de ses frères et depuis, les relations entre les deux pays sont devenues exécrables, d’ autant que la France refusera de déclassifier les archives militaires. En 2008, Paul Kagamé décidera de remplacer le Français, langue de l’ enseignement par l’ Anglais.

Aujourd’hui, seuls 5,6 % des Rwandais parlent Français.

Paul Kagamé est l’ un des présidents les plus autoritaires du continent: opposants muselés, presse bâillonnée, société civile inexistante, le Rwanda est loin d’ être un exemple de démocratie et de liberté comme le Canada. Il jouera même un rôle déterminant dans le pillage des ressources et la déstabilisation politique de ses voisins, notamment la République Démocratique du Congo. Il est à l’ origine de la défaite de Mobutu et son remplacement par Laurent Désiré Kabila.

Louise Mushikiwado est la plus proche collaboratrice de Paul Kagamé dont elle a cautionné toutes les dérives. Une femme dont les actes et la philosophie sont aux antipodes des valeurs véhiculées par la Francophonie que sont la démocratie, la liberté ….
• Pourra t-elle convaincre Sassou Nguesso ou Alpha Condé de ne pas briguer d’ autres mandats, alors que son mentor à elle se maintient au pouvoir sous prétexte que c’ est la volonté du peuple?

• Est-elle la plus apte pour promouvoir la démocratie , la liberté d’ expression et le droit à manifester, elle dont le pays ploie sous une chape de plomb?

Comment expliquer le choix de Macron ?

Deux raisons principalement :
• Macron espère solder le compte avec le Rwanda. Régler une fois pour toutes le différend qui oppose la France au Rwanda depuis prés de 30 ans .
Donner la sucette Francophone à Paul Kagamé, en espérant qu’ elle aura des vertus amnésiques, et faire oublier l’une des pages les plus sombres de l’ histoire de la France en Afrique: son rôle dans le génocide d’ un million de Tutsi.

• Contrairement à ses prédécesseurs qui s’y plaisaient bien, Macron se sent à l’ étroit dans son pré-carré Francophone et rêve de conquérir l’autre Afrique ( Anglophone, Lusophone ), et surtout son marché et ses sous sols extrêmement riches qu’il veut verser dans la Macron-économie. Et pour cela, il a besoin de Paul Kagamé, l’homme fort de la région pour lui servir de VRP.

Voilà pourquoi il a instrumentalisé l’ OIF et sacrifié Michaelle Jean.
Pour sauver les apparences et feindre d’adhérer aux idéaux de la Francophonie, Paul Kagamé a libéré 2140 prisonniers politiques le 15 septembre 2018, dont le chanteur Kizito Mihigo et les opposantes Victoire Ingabire et Dianne Rwigara.
Cependant, l’Organisation Internationale de la Francophonie n’est pas un bien Français.

La francophonie est en effet la fille de Senghor.

Même s’il n’ a pas inventé le mot, il est à l’ origine du concept, et ceci dés 1962 à Bangui, capitale de la Centre Afrique, où il préconisa la création d’une organisation réunissant les anciennes colonies de la France, à l’ image du Commonwealth.

Il récidivera en 1966 à Tananarive à Madagascar où il proposa des réunions périodiques des ministres de l’éducation nationale d’expression Française,de même que la mise sur pied d’un Conseil Africain et Malgache de l’ Enseignement Supérieur ( CAMES ).
L’ Organisation Internationale de la Francophonie regroupe aujourd’hui 83 pays dont les 31 se trouvent en Afrique, une population de 274 millions d’habitants dont 55%,soit 116 millions sont Africains.

La Francophonie est donc un bien commun

Quel intérêt ont les Africains à y siéger si elle doit demeurer un instrument au seul service des intérêts géopolitique, politique et économique de la France ?

D’autant que le centre du monde a quitté l’ Atlantique occidental pour le Pacifique ,et que la langue Française ne cesse de perdre du terrain au profit de l’ Anglais et du Mandarin, la langue parlée par les Chinois.
La preuve, seuls 6% des Arméniens qui accueillent ce 17eme sommet parlent le Français et 5,6% des Rwandais qui en assureront la présidence.

Serigne Mbacké Ndiaye.

Partager

Une pensée sur “A quoi nous sert la Francophonie ? – Par S. MB. Ndiaye

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *