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Inféodation du politique au religieux : Les contradictions de la démocratie Sénégalaise

Elle se prétend de vielle souche, solidement ancrée dans une tradition séculaire et à l’abri des turpitudes et des aléas de la vie politique. Il peut arriver certes qu’elle vacille, chancelle, plie à l’image du baobab sous les bourrasques de la tempête, mais elle finit toujours par prendre le dessus ou plutôt par se reprendre et se dresser de nouveau dans toute sa magnificence, comme le continent qui l’a vue naitre.

 

Elle, c’est la démocratie Sénégalaise.
On nous la vante majeure, elle qui refuse de s’affranchir, grande mais qui présente tous les signes de déficit d’hormones de croissance, solide mais tellement filiforme qu’il faut la manier avec précaution, altière mais si pusillanime et effacée qu’on a l’impression qu’un chiffon lui est passé dessus.

La démocratie Sénégalaise est une stratification de non sens, un imbroglio dont la source est à rechercher dans l’immaturité de ceux qui l’incarnent en premier ressort : les hommes politiques.

A quelques mois des présidentielles de 2019, c’est le chassé croisé des candidats dans les foyers religieux. Touba, Tivaouane, Ndiassane… Comment expliquer que des hommes et des femmes, qui ont fait de longues études, sanctionnées par des diplômes plus ou moins prestigieux et qui aspirent à diriger (ou qui dirigent) le pays aillent recueillir, comme poussés par des forces compulsives, des ordres auprès de gens qui n’ont jamais mis les pieds dans une école française, qui ne savent rien de la gestion des hommes et qui n’ont aucune notion en économie ni en droit positif ?

Comment expliquer que les foyers religieux soient les poumons de notre république au point que tous les politiciens éprouvent le besoin d’aller s’agenouiller et faire allégeance aux marabouts ?

Comment expliquer que ceux qui incarnent la république, sa grandeur et sa dignité s’abaissent à des actes puérils comme une réminiscence du monde de l’enfance?

Le candidat Ousmane Sonko, leader de Pastef qui a fait montre de velléités d’affranchissement de la tutelle maraboutique a aussitôt été taxé de Suppôt de Daech. Dés le lendemain, il s’est rué dans les foyers religieux, distribuant sans modération courbettes et génuflexions en signe de soumission.

Un nivellement vers le bas. Toute tête qui tente d’émerger est aussitôt décapitée.

Macky Sall qui avait osé affirmer que les marabouts sont des citoyens ordinaires comme tout le monde n’a pas encore fini d’expier et traînera cette offense suprême toute sa vie durant, tel un péché originel. Dans une république, la citoyenneté, n’est pourtant pas une compagnie aérienne pour qu’il y ait première, deuxième et troisième classe.

En 2016, Serigne Mbacké Sakho écope de 6 mois de prison avec sursis pour avoir affirmé que les marabouts font du business avec la religion.

Pour une vidéo jugée offensante par la communauté Mouride, Babacar Diagne, nouveau directeur du CNRA tient tambour battant une conférence de presse et se dit outré et excédé et promet des sanctions.

La démocratie génère ses propres mécanismes de gestion et de règlement des conflits.
C’est pourtant à Touba et Tivaouane que tous les grands conflits finissent par trouver une solution, au détriment de la justice et des circuits de règlement à l’amiable comme le médiateur : Conflits politiques, institutionnels, grèves.

Quand le président Abdoulaye Wade avait décidé de se présenter à un troisième mandat au mépris total de la constitution, tout ce que la république compte de leaders d’opinion s’était rué vers Touba, dont les membres du M23.

Alioune Tine, président de la Rencontre Africaine des Droits de l’Homme (Radho), le premier :
« Pour sensibiliser le marabout sur l’irrecevabilité de la candidature de Abdoulaye Wade. Notre constitution a été modifiée 16 fois alors qu’on ne vous autorise à la modifier que 2 fois. C’est la 17eme tentative qui a déclenché la manifestation du 23 juin. Sa candidature pourrait être la source de conflits et de chaos dans le pays.»

Dés le lendemain, ce fut au tour de la Cap 21 qui soutenait la candidature du président Wade. Iba Der Thiam était son président:
« Il y a des ennemis du président Abdoulaye Wade qui sillonnent le pays pour dire partout des contre vérités qui peuvent biaiser les jugements sur la personne du président Wade. »

On prétend bâtir un pays de droit et de justice et pourtant nombre de ceux qui ont été cités par la Cour de Répression de l’Enrichissement Illicite (CREI) sont partis trouver refuge auprès de leur marabout et ont pu échapper à la justice.

Karim Wade lui-même est parti chercher protection à Touba et a pu bénéficier d’une grâce et se retrouver au Qatar. Et celui qui l’a introduit dans la capitale religieuse est Madické Niang qui est en train de faire le tour des foyers religieux en quête d’onction pour sa candidature aux présidentielles de 2019.

La démocratie Sénégalaise se trouve ainsi dans un « no man’s land », tiraillée entre la république et la féodalité, le modernisme et l’anachronisme, une situation d’entre chien et loup où les principaux perdants sont le citoyen…. et la démocratie.

Serigne Mbacké Ndiaye

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