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EDITORIAL : Macky Sall peut-il perdre les élections ? – Par A B Diallo

A la lecture de certains hebdos internationaux et quotidiens français, on pourrait croire que les élections sont déjà gagnées pour Macky Sall. Tous semblent être d’accord sur deux points, l’absence d’organisation de l’opposition sénégalaise et l’absence de leadership crédible au sein de cette même opposition affaiblit celle-ci et permet au Président sortant de ne pas trop craindre de l’émergence d’une alternative crédible à son offre politique.

Le leader de l’APR et patron de la majorité présidentielle bénéficierait donc, selon ces analystes de la presse internationale, d’un véritable boulevard pour triompher au premier tour.

Elu à la présidentielle de février 2012, pour un septennat qui arrive à terme échu en avril 2019, Macky Sall a mis à profit ses sept ans de magistère pour être un véritable bâtisseur. Ne cédant pas à l’émotion, ni à la négation, il a su, avec maîtrise, poursuivre et achever des projets incubés par son prédécesseur en y ajoutant en plus ses grandes réalisations.

Les découvertes récentes du pétrole et du gaz sont venues en rajout à l’exploitation des minerais comme l’or, le zircon et le phosphate donnant ainsi beaucoup plus d’atouts à son pays sans oublier la nouvelle politique agricole qui est en train de faire passer le monde rural sénégalais de la paysannerie à la modernisation.

Les premiers bons résultats de cette continuité pragmatique et rupture sur le plan de la méthodologie ont conduit le pays à une croissance stable et soutenue de près de 7% depuis quatre ans. Une stabilité économique que le pays n’avait jamais connue depuis son accession à l’indépendance en 1960.

On reconnaît ainsi l’approche du scientifique qui a remplacé un juriste comme Abdoulaye Wade, un administratif comme Abdou Diouf et un littéraire comme Senghor. Après son programme électoral « Yoonu Yokuuté » qui l’a amené au pouvoir en 2012 et qu’il a revu et corrigé avec le PSE à partir de 2014, Macky Sall veut poursuivre son action en obtenant un second mandat en février prochain.

Pourtant, le pays, qui est pleine mutation autant sur le plan démographique, économique que politique avec l’impérieuse obligation de faciliter la transition pour l’implication des générations nouvelles nées après les indépendances de 1960, fait face à des soubresauts sociaux.

Les syndicats de la santé, de l’éducation ainsi que les travailleurs qui pâtissent d’un chômage charrié par la mondialisation et l’obligation du monde économique à s’adapter aux rigueurs du passage de la société post industrielle, aiguisent les revendications citoyennes et réchauffent le front syndical depuis plus d’une année.

Si la lecture de la presse internationale fait apparaître que l’opposition politique n’est pas une adversité de taille pour Macky Sall, tel ne semble pas être le cas pour le front social.

Ensuite des situations politiques certes différentes du Sénégal ont montré qu’en Afrique, malgré les grands pas de la démocratie, beaucoup de mœurs et de pratiques y sont encore vivaces rendant ainsi conflictuelles et violentes les périodes électorales.
Paul Biya, le dinosaure camerounais ainsi que Ibrahima Boubacar Keïta au Mali sont sortis vainqueurs officiellement des récents scrutins présidentiels de leur pays, mais avec des sorties électorales où le contentieux post-électoral a toujours accompagné la proclamation officielle des résultats.

Au Togo, le clan Eyadema parvient difficilement à maintenir sa mainmise sur le pouvoir et à organiser le calendrier politique.

Au Gabon, la sortie de la dernière présidentielle qui date de trois ans, n’a pas encore été sans grosse difficulté et Ali Bongo est bien conscient d’exercer son dernier mandat car les tensions y sont toujours vives et le feu politique ardent.

En République Démocratique du Congo, c’est la veillée des armes et les couteaux sont déjà sortis des fourreaux et n’attendent que d’être utilisés dès l’ouverture de la campagne électorale en décembre prochain.

Le tout ne sera donc pas pour Macky Sall de gagner simplement les élections présidentielles, mais d’abord d’éviter tout dérapage pré-électoral et de bien gérer la sortie officielle des résultats.

Abdoulaye Bamba DIALLO

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