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L’administration Sénégalaise : Cette tueuse silencieuse! – Par S Mb Ndiaye

Nul ne tient plus à la vie que celui qui se suicide. On ne met pas fin à sa vie parce qu’on a assez d’elle, mais parce qu’on estime que pour une raison ou une autre, les conditions ne sont plus réunies pour qu’on s’y épanouisse.

 

Cheikh Diop, cet émigré en détention préventive à Rebeuss, amputé d’un bras, suite à une piqure dans l’infirmerie de la prison n’était pas suicidaire. 

Dans sa dernière intervention sur e-medias, on le voit faire des projets dans son pays le Sénégal, maintenant qu’handicapé, il sait qu’il ne peut plus retourner en Europe.

On ne fait pas de projets quand on a l’intention de se donner la mort.

Seulement, il s’est heurté à un Mur de Silence de la part de ceux qui auraient dû l’écouter et surtout l’accompagner dans cette épreuve terrible. L’état. D’autant plus qu’il est coupable. 

« Je suis entré à Rebeuss avec deux bras, j’en suis ressorti avec un seul », nous apprend t-il.

Il s’est battu pendant de longs mois, a frappé à toutes les portes (ministères, justice, administration) pour être entendu. Mais il s’est heurté à un mur de mépris de la part de ceux qui sont responsables de son état.

Cette opacité, cette muraille infranchissable qui sépare l’administration et les citoyens qu’elle est pourtant censée servir, tous ceux qui ont eu à l’approcher, peuvent en témoigner. Le premier filtre se fait dés le portail où les vigiles, gendarmes policiers, à la mine patibulaire vous donnent envie de retourner sur vos pas et de prendre la fuite.

Si vous parvenez à réfréner votre envie de prendre la tangente, vous devez montrer patte blanche (pièces d’identité, fouille corporelle, scanner). Comme à l’examen, nombre de citoyens seront retenus dés cette première épreuve. 

Les heureux élus qui s’enthousiasment d’être enfin dans le saint des saints ne tarderont pas à se rendre compte qu’ils ne sont pas aussi heureux que ça.

Derrière la réception, se tient une dame, plongée dans Facebook et qui jette sur votre personne un regard aussi inquisiteur qu’un scanner de dernière génération, cherchant dans quelle catégorie vous inscrire : Vip ou soupe populaire. Si votre physionomie vous classe dans la seconde, elle replonge illico dans son monde virtuel, jugeant que vous n’êtes pas digne de son intérêt.

C’est donc à une dame qui ne vous prête la moindre importance que  apprenez qui vous voulez voir : Ministre, député, maire, directeur de cabinet… Sans plus lever la tête, elle vous désigne de la main un bureau. C’est à vous de suivre sa direction et de lire au dessus d’une porte «Bureau du courrier».

 Aussi, vous avez intérêt à savoir lire si vous avez besoin de voir une personnalité dans l’administration Sénégalaise. Stoïque et réfrénant votre envie de lui cracher vos quatre vérités, vous–vous dirigez vers le bureau du courrier.

Ce sont  des éclats de rire qui vous accueillent avant même que vous n’atteigniez  la porte. Vous sentez une vague de bonheur vous submerger. Enfin un accueil chaleureux.

L’administration Sénégalaise n’est pas totalement perdue.

Malheureusement, vous ne tarderez pas à déchanter, car ces rires n’étaient pas pour vous souhaiter la bienvenue. La dame est simplement plongée dans une conversation fort intéressante et qui risque d’autant plus de durer que c’est sur WhatsApp. Et le regard incendiaire qu’elle jette sur vous, vous montre clairement que vous la dérangez.

De la main, elle vous demande ce que vous voulez, sans interrompre sa conversation bien sûr. Vous lui donnez le nom de celui que vous voulez voir : Ministre, député, directeur de cabinet…

Elle prend sur elle pour interrompre sa conversation : « Vous avez une demande d’audience ? » « Non » lui répondez-vous. « Allez écrire une demande d’audience » tonne t-elle. Et pour montrer qu’elle en a fini avec vous, elle replonge dans sa conversation.

Vous ressortez de l’immeuble en quête d’un kiosque pour acheter un papier ministre et emprunter un Bic. Fébrilement, vous rédigez votre demande d’audience et refaites le circuit. Lorsque vous mettez de nouveau les pieds dans le bureau, madame est toujours en conversation. Elle se contente de tendre la main pour récupérer votre lettre qu’elle jette négligemment sur le bureau. Vous restez immobile, attendant  la suite des événements. Quand elle se rend compte que vous n’avez pas encore débarrassé son bureau de votre gênante personne, elle vous jette un regard interrogateur. « Et maintenant ? » lui demandez-vous. Pour le seconde fois, elle se sacrifie en interrompant sa conversation : « On vous appellera »

 Ce sera ses derniers mots. 

Jamais de la vie, on ne vous appellera.

Dans l’Administration Sénégalaise, le bureau du courrier est le terminus du citoyen lambda. Sans piston ou parrain, impossible d’aller plus loin.

Qu’importe l’urgence, l’importance ou la raison de votre démarche. On ne vous reçoit pas. On ne vous écoute pas.

Des gens qui ont été élus ou nommés et qui  traitent avec désinvolture, ceux au service  de qui ils sont censés être là. 

C’est ce mur de mépris qui a tué Cheikh Diop.

Il n’a pas bénéficié de  l’accompagnement matériel et psychologique qui lui aurait permis  d’entamer un processus de résilience salvatrice.

Son appel au secours n’a pas été entendu par ceux à qui il était destiné. Il a même joué  sur la fibre religieuse : «  Nous sommes tous des Talibés. Antoine (Diom, l’agent judiciaire de l’état) est un Talibé de Cheikh Saliou. Je me demande pourquoi il ne m’a pas encore appelé. »

Cheikh Diop ne s’est pas seulement suicidé. En s’immolant devant le palais de la république, il a voulu lancer un message : celui de l’humanisation de l’exercice du pouvoir.

 

Serigne Mbacké Ndiaye

 

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