Oops! It appears that you have disabled your Javascript. In order for you to see this page as it is meant to appear, we ask that you please re-enable your Javascript!

GOUVERNEMENT : Amadou Ba sur la corde raide

Entré au gouvernement en 2013 alors qu’Aminata Touré Mimi succédait à Abdoul Mbaye comme chef du gouvernement, inspecteur des Impôts et Domaines et patron de la DGID (Direction Générale des Impôts et Domaines), Amadou Ba est depuis peu au cœur de la tempête avec cet aveu tardif sur la position déficitaire des comptes publics du Trésor Public national que certains bailleurs de fonds et analystes financiers avaient annoncé depuis quelque temps.

L’Etat n’est pas en faillite encore moins en banqueroute, mais bien à la peine pour faire face à ses dépenses budgétaires de l’année 2018. Déjà, cela fait plus de deux ans que le patronat privé, les fournisseurs de l’Etat et de nombreux prestataires de l’Administration centrale se plaignent des difficultés de plus en plus grandes qu’ils rencontrent dans le recouvrement de leur dû ou créances au niveau du Trésor Public national.

Au sein de l’administration centrale d’ailleurs, de nombreux ministères et administrations ne cessent de se plaindre des lenteurs du Ministère de l’Economie et des Finances dans la mise à leur disposition de budget ou de financement pour leurs frais de fonctionnement.

Du côté du secteur privé national, des organisations patronales comme le CNP ou la CNES ont toujours déploré la rigidité de l’Administration des finances à leur endroit en stigmatisant surtout la propension du Ministre Amadou Ba à être plus diligent dans les paiements avec le patronat étranger intervenant au Sénégal.

Au niveau du monde économique sénégalais d’une manière générale, le Ministre du gouvernement le plus apprécié pour la qualité de ses rapports avec le privé national, est Alioune Sarr, le Ministre du Commerce qui serait très généreux et avenant dans la distribution d’autorisation d’importation. Ce qui garantit à l’Etat de bonnes taxes et recettes au niveau du cordon douanier tout en portant un rude coup à la production intérieure et qui fait du Sénégal un véritable souk rempli de produits bas de gamme asiatiques, turcs et européens.

Sur ce même registre d’ailleurs, le Ministre Amadou BA est la cible régulière du patronat national qui reproche aux deux régies financières sous sa tutelle (à savoir la Douane nationale et la Direction des Impôts et Domaines) de passer tout son temps à les pressuriser financièrement avec leur propension à leur envoyer des pénalités, des redressements et des surtaxe, dans l’unique optique de leur soutirer plus d’argent afin d’augmenter les recettes du Trésor Public.

La révélation sur les tensions budgétaires vient donc mettre du plomb dans l’aile de ce Ministre des Finances qui est devenu rapidement une des rares figures marquantes sortant du lot de ce gouvernement pléthorique de Macky Sall, tout en étant aussi à la fois une des coqueluches et la principale tête de turc de l’Apr, le parti présidentiel à Dakar.

Là aussi, les récentes nominations de Macky Sall au sein de l’appareil de son parti dans la région de Dakar ont contribué à amoindrir la posture de Amadou Ba auprès des militants et leaders de la région.

Il y a belle lurette déjà que de nombreux caciques de l’Apr, connus pour leur ostracisme, ont toujours reproché à ce ministre d’être un apériste de la dernière heure, car sous le magistère du Président Abdoulaye Wade, il était connu et reconnu comme un proche collaborateur de ce dernier et un fidèle exécutant de ses décisions en matière domaniale.

Le Président Macky Sall, en intronisant Abdoulaye Diouf Sarr, le Ministre de la Santé, comme patron des cadres apéristes de Dakar, en positionnant le Ministre Seydou Gueye comme Chef de file de l’Apr à la Médina et en créant un contour pour le Ministre du Tourisme Mame Mbaye Niang avec son mouvement de soutien « Emergence 2035 », sans compter le duo Aliou Sall à Guédiawaye et Abdoulaye Timbo à Pikine, des militants et responsables Apr de la première heure, a complètement encerclé Amadou Ba qui pourtant avait été investi tête de liste et « Primus inter pares » du camp présidentiel lors des législatives de juillet 2017.

Il faut dire que Amadou Ba, à qui il faut reconnaître la qualité d’être un homme discret et sans histoire, qui ne vit et n’agit que pour le compte de Macky Sall, traîne un défaut rédhibitoire d’être à la fois intelligent, compétent et loyal à l’endroit de son chef.

Certains de ses contempteurs y ajoutent, d’ailleurs, que le ministère qu’il dirige est si important et névralgique, que si le Président y ajoute le choix d’en faire un ténor politique, c’est qu’il devient de facto un homme puissant et fort. Sa discrétion, son effacement et son absence d’aspérité, ne seraient en fait que de la sournoiserie.

Du côté de l’Administration centrale et de certains grands responsables de l’Etat, il est fait reproche à Amadou Ba de mener une politique économique et financière « colbertiste » qui privilégie les taxes, alourdissant de plus en plus la fiscalité au détriment de la productivité et de la compétitivité économique. Et un adage dit bien « trop d’impôt, tue l’impôt.

Le Pse, fer de lance de la politique économique du Président Macky, imputé par certains à Amadou Ba, serait une véritable malédiction qui aurait engouffré l’Etat dans une politique de grands travaux d’infrastructures et de projets comme le Pudc, le Puma ou la Der après les désillusions du Fonsis et du Fongip qui n’auraient fait qu’alourdir les charges de l’Etat sans avoir pour autant un effet d’entraînement sur le reste de l’économie.

De nombreux collaborateurs du Président Macky Sall évoluant dans son cabinet, au gouvernement ou dans les sociétés nationales ont toujours battu en brèche le management de Amadou Ba en clamant haut et fort que cela mène tout droit à la faillite et qu’il faudra bien à un moment que le Président s’en rende compte et en tire les conséquences.

Avec cette levée de boucliers contre les tensions budgétaires, les adversaires de Amadou Ba doivent boire actuellement du petit lait.

Partager