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D’Abdoulaye Wade à Macky Sall : Que représente Y en a marre ?

L’objectif de Macky Sall est clairement affiché. En retirant son agrément à Lead Afrique Francophone, et en lui ordonnant de cesser toute activité au Sénégal pour « financement d’une association non reconnue d’utilité publique », le président Sall vise à assécher les ressources financières du Mouvement Y en a Marre, l’ ONG étant l’un de ses bailleurs de fonds.

 

Macky Sall avoue du coup, la crainte que lui inspire le Mouvement Citoyen.

Une peur qui peut paraître justifiée, puisque Y en a Marre a beaucoup contribué à la défaite de son prédécesseur Abdoulaye Wade, et conséquemment, son avènement à lui, au pouvoir en 2012.

On peut tout de même se demander si la capacité de nuisance du Mouvement Y en a Marre est demeurée intacte.

Est-il aussi mobilisateur qu’en 2011-2012 ?

Certes, le Mouvement fait toujours l’actualité, sa renommée a franchi les frontières et même inspiré d’autres Mouvements comme le Balai Citoyen (Burkina Faso,) Filimbi (République Démocratique du Congo), Ça Doit Changer (Tchad), Ça Suffit Comme Ça (Gabon).

Néanmoins, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts depuis, et le contexte socio-politique qui avait permis à Y en a Marre d’éclore et de s’épanouir à fortement évolué.

Y en a Marre est né en 2011, au moment où les dérives autoritaires du président Abdoulaye Wade étaient à leur paroxysme : dilapidation des deniers publics, népotisme, interdictions de manifestation, volonté d’un troisième mandat alors que la constitution le lui interdisait, ticket présidentiel au profit de son fils Karim, qu’il voyait lui succéder à la tête du pays…

Y en a Marre est donc né au moment d’un ras le bol général de la population vis à vis du président Wade, et surtout de cette jeunesse qui l’avait porté au pouvoir en l’an 2000, et qui nourrissait tellement d’espoir en lui . Un espoir déçu.

Le Mouvement Citoyen a su capitaliser cette déception de la jeunesse d’autant plus facilement que le Hip Hop était à son apogée.

D’ailleurs, faut-il le rappeler ? Y en a Marre a été créé par des Rappeurs : Keur Gui, Simon, Xuman, 5 kiéme, Under Ground , Fou Malade, Kilifa , auxquels s’est joint le journaliste Fadel Barro.

Il y avait donc une synergie parfaite entre eux, qui avaient un message à délivrer (dénonciation des dérives du président Abdoulaye Wade, inscription sur les listes électorales, mobilisation le jour du vote et deuxième alternance) et ceux à qui ce message était destiné, les jeunes.

On se rappelle de leur single « Faut pas forcer, Gor Thia Wakh-dja, allusion à Abdoulaye Wade et son troisième mandat.

Le Mouvement connaitra d’ailleurs son apogée le 23 juin 2011, lors de la manifestation devant l’assemblée nationale contre la loi portant ticket présidentiel et quart bloquant, qui devait consacrer la dévotion monarchique du pouvoir au profit de Karim Wade.

La manifestation, couverte par la presse internationale, les fera connaître du monde entier.

Aujourd’hui, le contexte a beaucoup évolué. Le président Abdoulaye Wade et son fils Karim qui cristallisaient toutes les rancœurs et les ressentiments ne sont plus au pouvoir.

Le message du Mouvement Y en a Marre a donc perdu beaucoup de sa consistance et de son intérêt.

Qui plus est, le Rap qui lui servait de vecteur est dans un état léthargique. Ce genre musical ne mobilise plus.

Enfin, Y en a Marre donne l’impression de s’être embourgeoisé.

En se faisant financer par des ONG internationales et en déménageant dans des locaux neufs, Fadel Barro et ses collaborateurs se sont coupés de leur base naturelle, et entrent dans le système.

Ils ne peuvent plus revendiquer le prolongement d’une jeunesse qui souffre.

En essayant de les asphyxier financièrement, le président Macky Sall obéit plus à une peur irrationnelle qu’à un acte réfléchi.

Serigne Mbacké Ndiaye

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