Santé

LA SANTÉ AU SÉNÉGAL DE 1960 À NOS JOURS – Thérapie de choc pour une politique sanitaire non-inclusive

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Dis-moi quel est le niveau de ton plateau technique médical et ses modalités d’accessibilité par les populations, je te dirai comment ton niveau de développement sera.

Je rends ici un vibrant hommage aux colonels d’administration santé les plus doués de leur génération : Daouda Diène à Fann, Babacar Ngom Saint-Louis et Massamba Diop Dantec. Partout où ils sont passés, ils auront marqué de façon indélébile leur passage en termes d’innovation et d’éthique rehaussant ainsi l’honneur des Armées du Sénégal.

La santé étant le premier facteur de développement d’un pays, lequel ne peut se développer sans un bon état de santé de sa population. Dès lors il est plus qu’opportun, un impératif doublé d’un devoir humanitaire pour un Etat à s’engager dans cette voie pour rassurer ses populations à travers une mise en place d’une bonne politique de santé pour mieux lutter contre toutes les maladies. M’inspirant du livre du colonel (ER) Massamba Diop, ancien Directeur de l’hôpital Aristide Le Dantec de Dakar, intitulé : «La santé au Sénégal de 1960 à 2010 : thérapie de choc pour un hôpital malade», un devoir moral est suspendu sur ma tête comme une épée de Damoclès. Il s’agit surtout de rappeler à nos décideurs politiques l’urgence d’une mise en place d’une réelle politique sanitaire au Sénégal. C’est là où les belles idées développées par ce grand artisan de la santé au Sénégal, l’un des plus talentueux de sa génération en administration santé militaire, me convainquent. Son livre est un code de la route, un bréviaire, une lumière qui conduit inexorablement le Sénégal vers un futur hub-sanitaire. Ses suggestions, propositions et analyses pertinentes, devraient inéluctablement nous pousser à lui accorder un blanc-seing afin que la politique sanitaire, longtemps plongée dans une léthargie, sorte du tunnel où elle aura été longtemps confinée par les politiques. 

LA POLITIQUE DE SANTÉ DÈS LES PREMIÈRES ANNÉES DES INDÉPENDANCES

La politique sanitaire du Sénégal (originellement connue sous la dénomination de politique de santé et de l’action sociale, PSAS) aura été dès les indépendances, une référence en Afrique occidentale française particulièrement à travers la sous-région. En effet, l’article 14 de cette même constitution stipulait que «l’Etat et ses collectivités publiques ont le devoir social de veiller à la santé physique, morale et mentale de la famille». La première réforme post coloniale vit le jour en 1972 laquelle organisait les soins de santé de base. Beaucoup de réformes s’ensuivirent notamment celles sur les soins de santé primaires, la santé pour tous d’ici l’an 2000. Toutes ces réformes seront accompagnées d’une nouvelle approche d’action sociale : le programme national d’action sociale (PNAS). Préfaçant le livre cité en référence, le professeur Souleymane Mboup, a sans ambages crevé l’abcès longtemps dissimulé : « L’apparente réalisation consistant à sortir le système hospitalier de son GOUFFRE relatif aux péripéties causées par une maigre considération des anciennes politiques qui s’étaient plus investies aux soins de santé primaires, bien que l’hôpital se dresse  au sommet de la pyramide sanitaire, ne devrait pas s’imposer en un gigantesque arbre cachant les profondeurs sombres de la forêt. Pour dire qu’il y a véritablement lieu de poser le diagnostic dans sa complétude.» Beaucoup de systèmes de politiques de santé auront été mis en branle aidant à cerner les failles, mais rien n’y fit. Le passage du droit à la santé des populations, en passant par la fameuse politique des soins de santé primaires ayant sans doute contribué à améliorer les conditions de vie, à la réforme hospitalière héritée de l’Occident que le système de santé sénégalais adopta à ses réalités, mérite d’être scruté jusque dans ses entrailles les plus cachées. Dixit le professeur Mboup. Notre système de santé aura longtemps été mis à nu par certaines pratiques enchevêtrées qui finiront par le plomber. Néanmoins, des questions relatives à l’exercice du privé en milieu hospitalier, le statut du personnel universitaire, restent entières.

ÉVOLUTION DE LA POLITIQUE DE COUVERTURE SANITAIRE

Avec un taux de croissance moyen annuel de 2,7%, la population du Sénégal est dynamique. Estimée à 3,6 millions d’habitants en 1960, 4,4 millions en 1975, 4,7 en 1977, 5,3 en 1981, 8,802 en 1997, 9,774 en 2001, 11,95 millions en 2006 et 12 millions en 2010. La densité avait évolué et était très inégalement répartie entre 6 habitants au km2 dans la région de Tambacounda à 3399 habitants au km2 dans la ville de Dakar. La charge démographique des services de santé a pu être évaluée grâce aux tableaux démographiques établis sur la base de l’enquête nationale de 1970-1971 établie par la Direction de la Statistique. Ainsi, suite à une étude menée entre 1966 et 1981, il sera constaté que les services de santé qui répondaient aux besoins d’une population estimée à 3,6 millions de personnes, devraient maintenant faire face difficilement à une demande sans cesse croissante qui, en 1981, s’élevait à 5,3 millions de personnes. La cohorte supplémentaire annuelle de près de 1.700.000 personnes viendront consulter les structures sanitaires. Durant cette période, le Sénégal a connu un fort taux de natalité qui était estimé à 47% entrainant de facto une prise en charge accrue des enfants au niveau des Centres de Protection Maternelle et Infantile (PMI). Les femmes enceintes également étaient passées de 167.000 en 1966 à 248.000 en 1981. Soit une hausse moyenne de 81.000 femmes enceintes par année. Les enfants de moins de 5 ans sont passés durant la même période de 575.000 à 854.000, soit une moyenne de 279.000 enfants de plus par an susceptibles de bénéficier des services de protection maternelle et infantile (PMI).

ÉVOLUTION DES PERSONNELS DE SANTÉ DE 1960 À NOS JOURS

En 1961, le Sénégal disposait de 135 médecins répartis comme suit : 35 médecins militaires français, 12 médecins civils français, 28 médecins autochtones, 60 diplômés locaux non diplômés docteur d’Etat, 10 pharmaciens dont 5 autochtones, 6 chirurgiens-dentistes, 43 sages-femmes d’Etat dont 27 autochtones, 89 sages-femmes non diplômées d’Etat, 01 infirmier français diplômé d’Etat, 03 infirmiers français non diplômés d’Etat, 02 infirmiers civils autochtones, 02 infirmiers autochtones diplômés d’Etat, 469 diplômés locaux, 35 infirmières françaises et 166 infirmières locales. Quant au secteur privé, il comprenait pendant cette période et selon les mêmes sources le personnel français suivant : 28 médecins, 41 pharmaciens, 13 chirurgiens-dentistes, 12 sages-femmes, 10 infirmières. Aujourd’hui, d’après les statistiques de l’Africa Health Workforce Observatory (AHWO), autrement dit : Observatoire des spécialistes de la santé en Afrique, le dispositif sanitaire pour le secteur public au Sénégal est de : 64 centres de santé, 22 hôpitaux (dont un privé confessionnel à but non lucratif : hôpital Saint-Jean de Dieu et l’hôpital Barthymée de Thiès), ainsi que : 888 postes de santé. En 2008, selon les mêmes sources, le Sénégal disposait des effectifs suivants : 732 médecins, 4175 infirmiers, 797 sages-femmes, 105 chirurgiens-dentistes, 127 pharmaciens, 1312 techniciens de santé, 6291 autres agents. Soit au total de 13539 agents toutes spécialités confondues. 

L’APRÈS COVID-19 : COMMENT L’ÉTAT COMPTE-T-IL ADAPTER SON SYSTÈME DE POLITIQUE DE SANTÉ AUX NORMES 

L’Etat n’aura plus le choix. Il devra désormais s’aligner et se soumettre aux exigences du peuple en faisant de sa politique de santé inclusive sa priorité ou il disparaîtra. Après plus d’un demi-siècle de politique sanitaire mi-figue, mi-raisin, le temps de la résilience à un choix d’un système de santé digne de ce nom a sonné. Les professeurs et nombres de spécialistes de la santé auront suffisamment crié leur ras-le-bol face à cette déchéance en matériel infrastructurel et ressources humaines. C’est là où il urge de construire davantage des hôpitaux, de les équiper mais surtout de former les personnels de santé. La formation ne sera pas spécialement académique mais elle sera surtout d’ordre éthique du comportement des personnels de santé. Comment ces fonds seront-ils prélevés et où proviendraient-ils pour réaliser tous ces projets? L’exemple du président Wade est là, qui face aux inondations a eu l’audace de supprimer le Sénat et d’affecter les fonds au plan Orsec. Face aux risques éventuels d’apparitions d’autres virus dans le monde, notre Etat n’a plus le droit de rater sa cible d’une bonne réussite de sa politique sanitaire. La crise du Covid-19 est une raison supplémentaire d’accroître le budget de la santé quitte à supprimer les institutions budgétivores car en ces temps de Covid-19 seule la Santé (personnels de santé, service d’hygiène et brigade des sapeurs-pompiers) continue à ravir la vedette à toutes les autres activités naguère prioritaires. Quelles soient politiques, religieuses, économiques, juridiques, sportives, sociales, éducatives, elles sont toutes calées aux programmes de nos vaillants personnels de santé. Donc au sortir de cette grande crise majeure de Coronavirus, dont le peuple sénégalais aura payé un lourd tribut, toute autre priorité en termes d’investissements devra désormais être accordée à la santé pour construire et équiper des hôpitaux, recruter massivement et former des personnels de santé. Mais surtout faire appel aux ressources humaines sénégalaises de la diaspora spécialisées dans les domaines très pointus à rentrer au bercail avec toutes les garanties possibles que l’Etat leur accordera afin de les motiver davantage à rester. 

En guise de conclusion, acceptons cette évidence que l’heure est venue d’ouvrir nos yeux après les avoir longtemps fermés. Il s’agit tout simplement d’un manque de volonté politique de santé avéré de la part de nos dirigeants. Les évacuations sanitaires à l’étranger restent une des preuves suffisantes pour s’en convaincre. Elles en disent très long. Cependant, la pandémie de Covid-19 nous aura contraints à les ouvrir grandement pour enfin voir comment le monde du 21è siècle fonctionne dans son évolution. Vraiment rien ne devrait plus être comme avant.

Ndiapaly Gueye 

Journaliste indépendant 

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