Qui est Hashim Thaci, président du Kosovo, ancien chef de l’UCK, accusé de crimes de guerre?

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Ce week-end, Hashim Thaci devait être à Washington, pour participer à des discussions avec la Serbie sous le patronage de la Maison Blanche. Objectif : relancer le processus de rapprochement entre les deux anciens ennemis. Il n’en sera rien : Hashim Thaci a été inculpé de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité par le tribunal spécial pour le Kosovo. Des faits que l’ancien chef de la guérilla indépendantiste aurait commis lors de la guerre menée contre la Serbie, à la fin des années 1990.

« Le procureur spécial a émis cet acte d’accusation public parce qu’Hashim Thaci tente d’entraver et de saper notre travail », affirmait hier le tribunal spécial pour le Kosovo. Pas de réaction pour le moment du président Hashim Thaci, 52 ans, grand, les cheveux argentés, qui joue depuis plus de 20 ans un rôle central dans l’histoire de l’ancienne province serbe.

De la « résistance passive » à la lutte armée

Hashim Thaci est né le 24 avril 1968 dans le village de Brocna, dans la région de la Drenica (centre du pays), considérée comme le berceau du séparatisme kosovar albanais. Étudiant, il participe d’abord au début des années 90 à un mouvement de résistance passive face aux autorités serbes – un mouvement initié par Ibrahim Rugova, le « père de la nation » kosovare albanaise. Hashim Thaci part étudier l’histoire en Suisse, où il côtoie une importante diaspora nationaliste albanaise.

Persuadé que la politique d’Ibrahim Rugova ne donnera aucun résultat, Hacim Thaci finit par prendre les armes, et avec d’autres indépendantistes crée au milieu des années 1990 l’UCK, l’Armée de libération du Kosovo dont il devient le chef politique. Surnom : « Le Serpent ».

Le politique

De 1998 à 1999, le conflit fera 13 000 morts. Il cesse en 1999 avec les bombardements de l’OTAN, qui contraignent les forces serbes à se retirer. Hashim Thaci apparaît alors sur la scène politique internationale en France, à la conférence de paix de Rambouillet, où il s’affirme comme le chef des négociateurs kosovars albanais – avec le soutien des Etats-Unis.

Les armes posées, il devient Premier ministre en 2008 et proclame trois mois plus tard l’indépendance du Kosovo, qu’aujourd’hui encore Belgrade n’a toujours pas reconnue. Pour autant, en avril 2013, Hashim Thaci conclut, un accord historique de normalisation des relations avec l’ancien ennemi, avec l’aide de l’Union européenne. En avril 2016 il est élu président, un président aujourd’hui accusé de « meurtres, disparition forcée, persécutions et tortures ».

Les accusations

Son image avait déjà été ternie en 2011 lorsqu’un rapport du Conseil de l’Europe l’avait relié au crime organisé et au trafic d’organes pendant et après la guerre. Le rapport estimait à plus de 1 800 le nombre de Kosovars albanais et serbes disparus pendant la guerre et à près de 500 ceux enlevés après la guerre – essentiellement des Serbes. Des accusations que Hashim Thaci a toujours rejetées : en 2018 il se disait prêt à se rendre devant le tribunal pour le Kosovo, affirmant qu’il n’avait rien à cacher. Mais le tribunal spécial pour le Kosovo affirme maintenant que si le procureur spécial a émis un acte d’accusation public visant Hashim Thaci, c’est justement parce qu’il tente « d’entraver et de saper » le travail du tribunal.

Les sympathisants du président estiment qu’il est le seul politique kosovar à pouvoir communiquer avec la communauté internationale, et faire adhérer le Kosovo à l’UE et l’Otan – avec comme premier pas l’accord de normalisation des relations avec la Serbie conclu en 2013. La question est maintenant de savoir si Hashim Thaci, qui s’est consacré ces derniers temps à la signature d’un accord avec la Serbie, ne va pas en devenir avec ces accusations le principal obstacle. En avril dernier, le président kosovar affirmait qu’il ne démissionnerait pas.

Source Rfi 

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