Sénégal : L’opposant Ousmane Sonko prépare les prochaines élections

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Lancement d’une coalition, présence sur les réseaux sociaux, implantation locale… Six mois après les violentes manifestations qui avaient suivi son arrestation, le leader du Pastef essaie de se faire une place.

Tisser sa toile politique et se frayer un chemin jusqu’à la prochaine élection présidentielle. Six mois après les violentes manifestations qui avaient suivi son arrestation, en mars, après une plainte pour viol, Ousmane Sonko, l’un des principaux opposants sénégalais, continue d’avancer ses pions. Lancement d’une coalition, présence régulière sur les réseaux sociaux, implantation locale de son parti… Celui qui était arrivé troisième au scrutin présidentiel de 2019 tente de se faire une place dans un paysage politique fragmenté.

La prochaine échéance clé, il le sait, sera celle des élections locales prévues le 23 janvier 2022. Dans cette perspective, Ousmane Sonko a accepté de se prêter au jeu des alliances, un incontournable de la vie politique au Sénégal. Début septembre, il lançait ainsi la coalition Yewwi Askan Wi (« Libérez le peuple », en wolof) avec le parti de l’ancien maire de Dakar, le très populaire Khalifa Sall, et le Parti de l’unité et du rassemblement (PUR), de Serigne Moustapha Sy, un chef religieux influent.

« Depuis 2000, toutes les alternances ont été des victoires de coalitions. Pour gagner, il est nécessaire de s’unir », explique Bassirou Diomaye Faye, membre fondateur du parti d’Ousmane Sonko, les Patriotes du Sénégal pour le travail, l’éthique et la fraternité (Pastef).

« Rattrapé par la realpolitik »

Un choix qui n’est toutefois pas sans risque pour celui qui a construit son succès sur une critique virulente de la classe politique, qualifiée de corrompue. « Même s’il continue de se présenter comme anti-système dans son discours, dans la pratique il est moins radical et il est prêt à s’unir avec d’autres partis plus traditionnels pour avoir accès au cercle décisionnel », observe l’analyste politique Abdou Khadre Lo, pour qui l’opposant a été « rattrapé par la realpolitik ».

Et pour cause : le Pastef, créé en 2014, n’a pas encore de véritable maillage territorial. Sa popularité est surtout forte parmi la jeunesse urbaine de la classe moyenne et la diaspora. « Pour gagner les élections locales, il va falloir que le Pastef investisse les campagnes, le monde rural et réussisse à parler aux femmes, aux chômeurs et aux plus de 40 ans », analyse Jean-Charles Biagui, enseignant chercheur en sciences politiques à l’université Cheikh-Anta-Diop de Dakar.

Autre enjeu de taille : Ousmane Sonko est encore sous contrôle judiciaire. Depuis le décès du doyen des juges d’instruction, Samba Sall, en avril, personne n’a été nommé pour reprendre l’affaire. Un statu quo que dénonce Bamba Cissé, son avocat : « Il n’est pas privé de ses droits électoraux car il n’a pas été condamné, mais il ne peut pas voyager à l’étranger. Ça l’empêche de rendre visite à la diaspora sénégalaise, qui est pourtant l’un de ses forts soutiens électoraux. »

Dans le camp d’Ousmane Sonko, on se montre confiant. Selon son entourage, les événements de mars n’ont pas écorné l’image du leader. Bien au contraire. « C’est à cette époque que nous avons pris conscience de l’envergure réelle du parti et de sa capacité de mobilisation », estime Bassirou Diomaye Faye. Quant au renforcement de sa présence locale, il est en en cours : « Aujourd’hui, nous sommes implantés partout. Il faut de la patience pour que les profils de certains de nos représentants au niveau décentralisé prennent de l’envergure. »

Le parti de Wade lui a tourné le dos

Difficile de savoir si la stratégie d’Ousmane Sonko sera payante. Il n’a en tout cas pas réussi pour le moment à fédérer toute l’opposition : Bougane Gueye Dany, patron de presse et responsable de la coalition d’opposition Gueum Sa Bopp, s’est désisté, de même que l’historique Parti démocratique sénégalais (PDS), de l’ancien président Abdoulaye Wade, qui lui a tourné le dos au dernier moment pour lancer sa propre coalition avec d’autres leaders de l’opposition expérimentés.

En l’absence de sondages d’opinion, le prochain scrutin sera un test avant les législatives de 2022 et la présidentielle de 2024. « Pour l’opposition, ces élections locales sont l’occasion d’inverser la tendance et d’ouvrir une perspective pour une alternance pacifique et démocratique. Si la coalition au pouvoir en ressort affaiblie, cela va décourager [le président] Macky Sall de se présenter pour un troisième mandat », anticipe Bassirou Diomaye Faye.

Du côté du pouvoir, on se dit confiant. Aymérou Gningue, président du groupe parlementaire de la majorité, estime que les coalitions de l’opposition ne représentent qu’une « infime partie des conseillers départementaux et municipaux actuels », contre une large assise de la coalition présidentielle, Benno Bokk Yakaar, « qui a de l’expérience et un bilan à présenter aux populations ».

En attendant, le Pastef poursuit sa stratégie de communication très offensive. « Sonko est très suivi quand il fait des conférences de presse ou des directs sur les réseaux sociaux », souligne Abdou Khadre Lo, selon qui il est « l’opposant de la majorité le plus actif ».

Théa OllivierSource Le Monde 

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