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La chronique de Myriam Delapièrre : L’AVENIR DE L’AFRIQUE, UNE QUESTION DE RESPECT

« Vous marchez en France pour une petite augmentation du prix de l’essence, marchez aussi pour le bien être des peuples qui travaillent à l’extraction du pétrole en Afrique. »

 

Aujourd’hui, je voudrais réagir à ce commentaire qui m’a été fait sur les réseaux sociaux. J’y parlais des évènements en France, les manifestations qui se multiplient suite aux mesures impopulaires prises par le gouvernement. Le thème de ma publication : l’Afrique doit comprendre qu’on ne peut pas envisager un changement face à un gouvernement sourd aux revendications sans une action de pression du peuple. Je défends cet argument depuis longtemps, et il me paraissait important aujourd’hui de relayer l’information sur les événements en France qui sont la parfaite illustration de ces propos.

Mon intention était donc de favoriser en Afrique une réflexion sur la nécessité dans le futur d’organiser un mouvement populaire pour l’amélioration de la vie des citoyens. L’actualité en France étant là pour encourager dans cette voie.

Or de nombreuses réponses m’ont été faites qui ont montré une compréhension différente de mon argumentation. Beaucoup ont interprété ainsi ma publication sur l’actualité française : si le peuple français arrive à se mobiliser pour quelques gouttes d’essence, il peut se mobiliser pour la situation dramatique de l’Afrique. Au lieu de dire : « nous allons faire pareil que les français », ces gens ont dit : « nous allons demander aux français de faire pareil pour nous ».

Ces personnes semblent considérer que la construction de l’Afrique doit passer par une action préalable du peuple français qui imposerait à son gouvernement d’œuvrer de manière bienveillante pour le développement du continent. Le raisonnement étant que les français sont responsables du malheur de l’Afrique, et sont donc logiquement ceux qui doivent réparer les dégâts.

Est-ce une démarche réaliste ?

Je donnerai deux arguments en réponse à cette question.

En premier lieu, il est important de faire la distinction entre le peuple français et le gouvernement français. C’est au peuple français qu’on demande ici d’agir pour qu’il répare les préjudices qu’il a causé à l’Afrique main dans la main avec son gouvernement. On a coutume de penser en Afrique que le gouvernement et le peuple français s’entendent pour exploiter le continent africain. Or la réalité est différente. Le gouvernement français est parfaitement conscient du tort qu’il cause à l’Afrique. Pour ce qui est du peuple français, en dehors de quelques individus intéressés par la question de l’Afrique, ce n’est pas le cas. Je rencontre beaucoup d’opposition quand je décris cette réalité. 

Parlons donc du peuple français.

Les français ont leurs soucis, leurs difficultés de vie, leurs problèmes de santé, le chômage, les problèmes familiaux, la pauvreté, je l’ai eu dit précédemment, la France n’a rien d’un paradis. La situation de l’Afrique ne fait malheureusement pas partie de leurs préoccupations premières.

La conséquence de ça, outre le fait que les français ne se mobiliseront pas pour une cause qui reste secondaire pour eux, c’est que les français ne connaissent rien aux réalités africaines. Dans les débats en Afrique, on est persuadé que toutes les informations connues des africains sont aussi connues des français. Comment dans ces conditions croire que le peuple français n’est pas complice de son gouvernement ? J’ai coutume de répondre à ça : êtes-vous au courant de ce qui se passe au Mexique ? La réponse est généralement négative. Le français a une connaissance de l’Afrique équivalente à la connaissance qu’un africain a du Mexique. Une quasi absence de connaissance donc pour la majorité.

Le français en est resté aux décolonisations, les pays d’Afrique ont leur indépendance. L’Afrique est instable, coups d’état, terrorisme, l’Afrique est pauvre. Simplement les informations auxquelles les français ne peuvent échapper alors même qu’ils ne sont pas intéressés par l’Afrique.

Parlez aux français du Burkina Faso, beaucoup ne connaissent pas ces deux mots. Parmi ceux qui savent que c’est un pays d’Afrique, nombre d’entre eux ne sauront pas le situer en Afrique de l’ouest. Thomas Sankara est un parfait inconnu pour la plupart des français, donc son assassinat ne peut pas les préoccuper. Pour ceux qui restent sceptiques, je demanderai de citer le nom du président actuel de la Bolivie. Il y a fort à parier que les bonnes réponses seront rares. Un français s’intéresse de la même façon au Burkina Faso ou à la Bolivie.

On me soumet également la question du franc CFA : franc des Colonies Françaises d’Afrique (jusqu’à il y a peu). Comment les français peuvent-ils prétendre ignorer l’aberration d’une monnaie qui comporte le mot « colonies » ? Il faudrait pour cela d’une part qu’ils sachent quelle est le nom de la monnaie en Afrique (on pourrait reparler ici de la Bolivie et de sa monnaie), et pour ceux qui répondront correctement, donc franc CFA, combien auront fait la démarche de chercher la signification des lettres CFA, entre le règlement de la facture d’électricité et l’appel de la nounou qui doit garder bébé demain ?

On voit bien là le décalage entre ce que le français est supposé savoir et ce qu’il sait réellement, et on voit également le raisonnement biaisé fait par nombre d’africains qui partent du principe dans leur argumentation que le français réfléchit comme eux. D’où la conclusion que le peuple français sait tout des mauvais agissements de son gouvernement en Afrique et s’en fait le complice. Or le français ne sait rien parce qu’il ne s’est pas intéressé à la question, de même qu’il ne s’intéresse pas à la situation politique de la Bolivie. Thomas Sankara faisait bien cette distinction entre le peuple et le gouvernement français : « Ceux qui veulent exploiter l’Afrique sont les mêmes qui exploitent l’Europe ! »

Vouloir impliquer le peuple français dans la question africaine du fait de sa co-responsabilité de l’exploitation de l’Afrique fait suite à une mauvaise analyse.

En deuxième lieu, est-il raisonnable d’attendre que les français réparent le tort qu’ils ont causé ?

Il semble assez logique de considérer que dans le cadre d’une injustice, ce sont les victimes qui doivent lutter pour obtenir un retour à une situation juste. En matière de droit, à l’échelle de l’individu, si la victime ne porte pas plainte, on n’engage pas de poursuites, et personne ne peut porter plainte à sa place. A l’échelle d’un groupe, si les victimes peuvent recevoir le concours de sympathisants, il ne sera pas demandé à des individus extérieurs au groupe de demander justice à leur place. 

Comment cela se passe-t-il ailleurs dans le monde ou à d’autres époques ? 

Les décolonisations se sont produites sous l’impulsion des leaders africains, l’amélioration de la situation des noirs aux Etats-Unis a été faite par les noirs, ce sont les allemands qui ont fait chuter le mur de Berlin, la révolution française a été faite par le peuple français, la lutte contre les violences faites aux femmes est menée par des femmes, ce sont les Burkinabé qui ont poussé Blaise Compaoré à quitter le gouvernement, etc..

Demander à un autre peuple de mener sa bataille semble finalement être une démarche peu ordinaire. Pourquoi cette demande alors ? Serait-ce parce que les africains ne se sentent pas de taille à lutter contre l’oppresseur que représente le gouvernement français, ce qui se comprend aisément du reste ?

On serait pourtant fou de croire qu’un pays qui tire un profit de son exploitation de l’Afrique va du jour au lendemain, dans un sursaut de générosité, abandonner les ressources qui lui sont vitales.

On lit, on entend régulièrement que la France doit réparer, que la France doit partir, que la France doit, doit, doit… Mais la France ne fera rien et répéter que « la France doit » ne changera rien à l’affaire. Il faut à un moment donné voir la réalité en face. Va-t-on demander au loup qu’il devienne agneau ?

Donc la France ne fera rien. Poursuivons.

Quelle autre démarche ?

Dans notre monde, les forts ont toujours profité des faibles. C’est valable à l’échelle d’un pays, d’un groupe, d’un individu, c’est comme ça, on ne changera pas l’être humain. 

Si le faible en a assez d’être piétiné, c’est à lui d’apprendre à être fort et à montrer sa force. C’est seulement à ce moment-là que l’autre considèrera l’ancien faible de manière différente et enfin avec respect. Demander simplement à la France de réparer ses fautes sans autre argument que sa détresse n’est pas une démonstration de force.

Le respect ne se quémande pas, le respect s’impose. 

Le problème en Afrique reste le sentiment d’infériorité dont le noir ne s’est pas débarrassé, vestige de l’esclavage, du colonialisme, entretenu par le néocolonialisme. Il en est encore à chercher l’assentiment du colon, le soutien du blanc dans son action, la reconnaissance de son statut de victime, bref, il y a une attente forte vis-à-vis de la France. Alors que la solution serait de se détourner de cette France qui n’abandonnera jamais son besoin de maintenir l’Afrique sous sa dépendance.

Regardons ailleurs. Les chinois n’ont attendu après personne pour se développer. Ils se sont mis au travail sans se préoccuper de qui que ce soit. 

Les africains doivent faire pareil. 

C’est aux noirs de construire leur avenir en Afrique, entre noirs, sans se préoccuper du blanc, de ce qu’il pense ou ne pense pas, de ce qu’il fait ou ne fait pas. Les blancs ne sont pas l’avenir des noirs. Les noirs entre noirs pour les noirs. Personne d’autre n’a de rôle à jouer. Et le respect des noirs en découlera. 

Personne ne construira l’Afrique à la place des Africains. 

Le respect ne se demande pas, il s’impose.

 

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