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La corruption au Sénégal: Ce démon que nul n’ose combattre

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Il m’a été donné de constater que dans les brigades de la gendarmerie territoriale, des caisses sont ouvertes au nom de l’unité sans aucun fondement légal. (…) La caisse spéciale du commandant de brigade instaurée au profit de ce dernier avec des versements d’une à deux fois par semaine de cent mille (100 000) à plus, en fonction de la densité du réseau routier.

Toutes ces caisses sont alimentées à chaque retour de service par un racket organisé par les commandants de brigade et leurs adjoints. Les investigations se poursuivent et les résultats révèlent que c’est une pratique à l’échelle nationale.

Voilà en substance, l’explosive note de service datée du 28 novembre 2018, du général Moussa Fall commandant la gendarmerie territoriale.

Des déclarations que le haut commandant de la gendarmerie, le général Cheikh Séne a reconnu tout en cherchant à les édulcorer, lors d’une visite à la foire internationale de Dakar : « Il a été décelé au sein de trois brigades de gendarmerie sur 120 brigades et postes que compte l’institution, des indices graves indiquant l’existence de pratiques illicites. Ces actes constituent des fautes graves inacceptables qui seront circonstanciées et sévèrement sanctionnées. »

Si le général Moussa Fall a effectivement parlé de trois brigades, il a bien ajouté que les investigations qui ont suivi ces découvertes, ont montré que la pratique du racket est à l’échelle nationale.

Le général Séne de poursuivre : « La corruption n’est ni organisée, ni généralisée au sein de la gendarmerie. C’est l’une des administrations publiques qui sanctionnent ces formes de déviance et qui les sanctionnent très sévèrement. »

Une opinion que ne partagent pas les Sénégalais.

En effet le rapport de l’Office national de lutte contre la Fraude et la corruption ( l’OFNAC ) intitulé ‘’Etude sur la perception et le cout de la corruption au Sénégal’’ est on ne peut plus clair : « Le secteur public est perçu comme celui où les cas de corruption sont les plus nombreux (93%). Les sous secteurs les plus touchés sont la sécurité publique, constituée de la police et de la gendarmerie (95,9%), santé (29,2%), éducation (26%). »

En vérité, cette première place qu’occupent la police et la gendarmerie, n’avait même pas besoin d’étude.

Il suffit juste de prendre un car rapide pour avoir une idée de l’étendue de la corruption des forces de l’ordre au Sénégal. Elles ne prennent même plus la peine de se cacher, car sûres de leur impunité.

Un même phénomène qu’on retrouve au niveau du poste frontalier de Kidira où les étrangers sont délestés d’au minimum 1000 F avant de rentrer au Sénégal. Les policiers Maliens et Ivoiriens procèdent de la même façon.

Une même pratique est notée au niveau de la douane de Rosso, à la frontière avec la Mauritanie où se déroule un véritable trafic de véhicules de marque 406. Une marque qui n’est plus produite depuis plus de 10 ans et qui légalement ne peut pas entrer dans notre pays. Comment se fait-il alors qu’il y ait autant de 406 au Sénégal ?

Tout simplement avec la complicité des douaniers qui moyennant 300 000 F CFA conduisent le véhicule jusqu’à Touba où il est à l’abri vu qu’il n’y a pas de douane. Le châssis est ensuite trafiqué pour le mettre en conformité avec les papiers d’une vielle 406 et le tour est joué.

Selon l’étude de l’OFNAC, les Sénégalais indexent le manque d’éthique comme la première cause de la corruption (72,8%), suivi de la pauvreté (54%), la faiblesse des salaires (27%), et enfin l ‘ignorance (18%.).

L’OFNAC qui évalue son coût annuel à 118,44 milliards de F CFA.

Malgré ses effets désastreux sur l’économie et la cohésion sociale, la lutte contre la corruption ne fait pas partie des priorités des citoyens. En effet, Elle arrive en cinquième place dans l’ordre des urgences derrière la santé, l’éducation, la pauvreté et le chômage.

Une approche socio-anthropologique de la corruption révèle une confusion de genres chez nos compatriotes.

Ainsi pour nombre de Sénégalais, donner des cadeaux ou de l’argent en période électorale, des fonds publics à des partisans, constitue des actes de corruption.

Par contre, offrir de l’argent à un agent après un service rendu, n’est pas une forme de corruption.

L’article 159 du code pénal qui définit la corruption, est pourtant sans équivoque : « Le fait pour tout fonctionnaire de l’ordre administratif ou judiciaire, tout militaire ou assimilé, tout agent ou préposé de l’administration, toute personne investie d’un mandat électif qui agrée des offres ou des promesses, qui reçoit des dons ou présents pour faire un acte de ses fonctions ou emploi, même juste mais non sujet de salaire ou s’abstient de faire un acte qui est dans l’ordre de ses devoirs. »

Ainsi définie, on se rend compte que la corruption est structurelle au Sénégal.

Seulement, son éradication se heurte à deux murailles : Des autorités qui refusent de reconnaître son ampleur et préfèrent parler de quelques brebis galeuses et des citoyens qui n’ont pas la culture de la dénonciation.

En effet, toujours selon l’étude de l’OFNAC, les intentions des Sénégalais de dénoncer des pratiques de corruption, ne dépassent pas 6%.

Serigne Mbacké Ndiaye