LE FAIT DU JOUR – Si la France quitte le Sahel

Partager
  •   
  •   
  •   
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

La France a rendu un hommage national à ses 13 vaillants soldats tombés sur le champ de guerre en Afrique. Le bilan humain que les militaires français subissent au Sahel alors que la France ne livre pas une guerre en Afrique et que l’Afrique de l’Ouest n’est pas un théâtre d’opération comme l’Afghanistan, la Syrie ou l’Irak, n’est pas loin d’atteindre la cote d’alerte. Autant pour l’opinion publique et la classe politique française que pour leurs homologues de l’Union Européenne et celles des pays de la CEDEAO.

Au rythme où vont les choses, il sera de plus en plus difficile au Président Emmanuel Macron, à l’Armée française et à la France de maintenir leur posture actuelle. Celle consistant à être le seul dirigeant politique européen et même occidental, la seule armée, la seule Nation à être venue au chevet et au secours des populations du Sahel et des pays agressés et occupés en partie par des bandes djihadistes, des groupes terroristes et des bandes armées. Comprendre les causes qui ont été à la base de cette agression terroriste et djihadiste au Sahel est une chose, en situer les responsabilités une autre. Et il faut nécessairement prendre cela en compte pour ainsi identifier les solutions et  dégager les perspectives de résolution. Pour autant, il faut éviter de s’enfermer dans de fausses querelles et des sentiments affectifs. Nicolas Sarkozy a fait tomber Kadhafi libérant ainsi la boîte de pandore et la chute de Blaise Compaoré a achevé de donner un libre champ aux terroristes et bandes armées dans le Sahel.

L’Horloge et le Temps ne sont pas les partisans encore moins les alliés des ouest-africains dans cette guerre asymétrique contre le terrorisme qui se déroule au Sahel et dans le bassin du Lac Tchad. Prendre la mesure des choses, ce n’est pas s’arrêter sur nos actes manqués avec les errances de nos dirigeants politiques et le manque d’agressivité de nos armées. 

La France  et son Président, nos seuls véritables alliés pour l’heure sont eux aussi à un carrefour. La crise des gilets jaunes a déjà installé un climat social délétère en France et les réformes du régime des retraites, mesure phare de son magistère, que le Président Macron entend appliquer font défiler un vent de colère, de révolte menaçant la stabilité de son régime. Sans oublier que la crise économique, le chômage accélérateur de la passion de la xénophobie et du nationalisme ne cessent de faire monter Marine Le Pen et le Rassemblement National au sein de l’opinion publique.

Certes, ce n’est pas faux que de dire que le déploiement des troupes militaires françaises au Sahel et surtout dans les zones des  trois frontières (Mali-Niger-Burkina) participe pour la France dans la défense de ses intérêts dans la sous-région. Heureusement, pour nous Sahéliens et Africains francophones que la France ait des intérêts chez nous ou qu’elle pense y sécuriser ses intérêts en envoyant ses soldats combattre auprès des nôtres contre les agresseurs venus du désert. Cela est, aussi, totalement injuste de croire que parce que les firmes françaises comme Total, Areva, France-Télécom ainsi que des groupes comme ceux de Bolloré, Pinault, Bouygues ou des banques comme la BNP ou la Société Générale y détiennent des situations de rentes que la France soit dans l’obligation d’envoyer ses soldats et officiers mourir pour la défense de ses intérêts économiques et financiers.

Des pays comme les Usa, la Chine, la Turquie, le Maroc détiennent, eux aussi, des parts de marché importantes de nos économies. Et toujours dans ce même registre, les intérêts de la France dans d’autres pays africains comme le Nigeria, l’Angola ou l’Afrique du Sud ne sont pas moins importants que ceux qu’elle détient dans les ex-colonies francophones. Il faut être réaliste et constater que l’existence des pays francophones est certes un plus pour la France. Sans elle néanmoins, le pays de Marianne est toujours la deuxième puissance économique de l’Union Européenne, reste membre du Conseil de Sécurité et demeure une puissance économique planétaire ainsi qu’une voix écoutée dans les affaires du monde. Etre fier est un sentiment normal, être orgueilleux  exige des moyens, des qualités et des atouts. Affirmer sa souveraineté est une obligation exigeant de savoir la défendre et nécessitant quelquefois de s’asseoir sur sa fierté et orgueil pour trouver des alliés nécessaires au combat. En 1914-1918 et en 1939-1945, les Européens  ont su taire leur fierté pour aller auprès des Américains et des Soviétiques trouver des partenaires pour combattre les Nazis.

Les leçons de la grande Histoire du Monde ne devraient pas laisser les Nationalistes et patriotes ouest-africains ombrageux, irréalistes et ingrats. Cet effort de la France avec le déploiement de sa force Barkhane au Sahel doit être apprécié à sa mesure et avec valeur car elle a un coût humain qui lui, a fait reculer l’Armée Rouge en Afghanistan en 1979, tout comme le fera l’Armée américaine à sa suite dans les années 2000. L’Irak a sombré dans la guerre civile et  a cédé des territoires à Daesh après le rapatriement des troupes Us de son territoire. Toute la région, de la Syrie au Liban en passant par une partie de la Turquie subit les ondes de choc de ce chaos irakien.

En Somalie, l’exfiltration des Rangers américains a fait le bonheur des extrémistes et des islamistes et depuis lors les Shebabs font la pluie et le bon temps. 

Si nos armées nationales ne montent pas en puissance au Sahel et si les pays de la CEDEAO ne font pas preuve de solidarité avec les pays en premières lignes contre les terroristes, un retrait ou un repli de l’armée française pourrait être fatal car la rupture de la digue permettrait, alors, aux Djihadistes d’atteindre les pays côtiers et le Golfe de Guinée.

ABD

%d blogueurs aiment cette page :