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Madagascar : Bâtir haut, creuser profond

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Pour redevenir la Grande Île qu’elle a toujours été, Madagascar doit passer par une phase de réconciliation nationale, renouer avec son mode d’organisation traditionnel décentralisé et s’appuyer sur le dynamisme économique de son secteur privé.

L’opinion et les médias internationaux parlent souvent de mon pays, Madagascar, dans des termes ambivalents. D’un côté, on lui reconnaît son unicité et ses atouts. J’en veux pour preuve l’exposition « Madagascar, arts de la Grande Île » qui se tient actuellement au Musée du Quai Branly-Jacques Chirac à Paris. De l’autre, on ne se prive pas de tableau de désolation, tel que vécu, d’ailleurs, directement dans sa chair par la population : l’un des pays les plus pauvres du monde où 76% de la population vivent avec moins de 1,9 dollar par jour, un cas rare où le revenu par tête se détériore depuis l’indépendance sans situation de guerre et bien d’autres amères narratives. Tous les dirigeants qui se sont succédés ont leur part de responsabilité. J’en fais partie et ne jette pas la pierre aux autres.

Il n’empêche que, Madagascar ayant recouvré sa souveraineté en 1960, c’est absolument désespérant qu’il se trouve encore dans un tel état presque 60 ans après.

L’écrivaine et académicienne franco-américaine Marguerite Yourcenar disait dans un de ses ouvrages, « Feux » : « On ne bâtit un bonheur que sur un fondement de désespoir. Je crois que je vais pouvoir me mettre à construire. Je voudrais faire mienne cette affirmation.

Je veux construire et non détruire. Je me pose en bâtisseur. Je souhaite que, lorsque nous célébrerons le soixantenaire de notre indépendance en juin 2020, Madagascar soit d’ores et déjà durablement placée sur les rails d’un développement rapide et responsable et que la bataille contre la pauvreté porte ses fruits. Je m’y engage et j’en ai la capacité, comme en témoignent les années de prospérité sous ma présidence de 2002 à 2009. C’est le sens de ma candidature à l’élection présidentielle au second tour de laquelle les votants m’ont permis d’accéder.

Les enseignements d’une nation arc-en-ciel

Capitalisant sur le retour à l’ordre institutionnel et les efforts de relèvement opérés ces cinq dernières années, je veux rassembler pour que tous les malgaches, qu’ils soient de l’intérieur ou de l’extérieur, se donnent la main afin de refonder la maison commune. Je veux aussi associer à cette œuvre de reconstruction les populations étrangères présentes dans la Grande Île ainsi que les partenaires bilatéraux, multilatéraux et privés.

Ce n’est ni une clause de style ni de la rhétorique. Ayant été en exil en Afrique du Sud de 2009 à 2014, j’ai pu observer et vivre au quotidien comment cette Nation arc-en-ciel tente de se réédifier des cendres de l’apartheid et se consolider. Sans conteste, la figure tutélaire de Nelson Mandela qui a prôné, dès le départ, vérité et réconciliation a permis la renaissance de l’Afrique du Sud. Je m’en inspire pour Madagascar. C’est pourquoi j’ai élargi ma plateforme électorale à la mouvance de feu Albert Zafy, qui avait restauré la démocratie à Madagascar pendant sa présidence de 1992 à 1996 et qui fut l’apôtre indéfectible de la réconciliation nationale tout au long de sa vie politique. C’est pourquoi dans mon programme de gouvernement, si je suis élu, les premiers actes portent, notamment, sur le processus de réconciliation nationale au travers d’une consultation de la population à tous les échelons et aboutissant à l’instauration d’un Conseil National de Réconciliation.

Renforcer les capacités des « fokontany »

Je compléterai cette première mesure par une réforme constitutionnelle qui donnera un large pouvoir aux collectivités décentralisées, en commençant par les communautés de base (« fokontany »). Madagascar renouera ainsi avec son mode d’organisation traditionnel tout en embrassant la modernité grâce à la responsabilisation et le renforcement des capacités des collectivités locales et, en premier lieu des communautés de base, en matière de sécurité publique, de lutte contre la pauvreté, d’éducation et de santé. La décentralisation effective et la dévolution des pouvoirs se traduiront par une affectation d’au moins 35% (contre un pourcentage très marginal aujourd’hui) des ressources budgétaires au profit des collectivités locales à l’issue du quinquennat en 2024.

S’appuyer sur le dynamisme économique du secteur privé

Sur le plan économique, je m’appuierai sur le secteur privé malgache dont le dynamisme n’a jamais fait défaut et qu’il faut encourager. Etant moi-même entrepreneur, pour éviter tout conflit d’intérêt, mon groupe sera géré exclusivement par un trust indépendant. J’accélérerai les réformes du système financier, la transition numérique, les mesures de facilitation des investissements tant nationaux qu’étrangers et la réalisation de grands travaux d’infrastructures (notamment au travers de PPP) pour permettre l’essor des entreprises de toute taille et de tout âge et le décollage des secteurs phares du pays (agro-alimentaire, économie bleue, tourisme, industrie légère, industries extractives, services). De cette façon, à l’issue du quinquennat, le taux d’extrême pauvreté passera en dessous de 50%, l’espérance succédera au désespoir et la Grande Île renaîtra de ses ruines.

Par Marc Ravalomanana, ancien Président de la République de Madagascar (2002-2009)