Elections du 24 février 2019 : Madické Niang est-il présidentiable ?

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Ceux qui avaient parié sur une candidature imminente de Madické Niang peuvent aller retirer leurs gains. Le président du groupe libéral à l’assemblée nationale, Démocratie et Liberté a  fini par officialiser sa participation aux élections présidentielles du 24 février 2019.

 

«  Jai décidé de me présenter à la présidentielle pour assumer une candidature alternative du PDS. » nous apprend t- il dans un communiqué.

Ceux qui  émettaient des doutes sur la capacité de l’homme à quitter la périphérie pour entrer pleinement dans la peau du chef, se verront également confortés dans leur conviction.

Car il s’empresse d’ajouter : «  Cependant il ne s’agit pas de la substitution à celle de Karim Wade que personnellement je n’ai jamais remise en cause. » 

Madické Niang nous entraine dans un imbroglio sémantique traduisant un besoin compulsif  de ménager  la chèvre et le chou.

En effet  son communiqué  est une stratification  de contradictions d’ où émerge un douloureux sentiment d’indécision caractéristique de ceux qui ne sont pas à la hauteur  du leadership qu’ils revendiquent.

A l’image d’un fils qui veut voler de ses propres ailes et qui a peur de quitter le cocon familial. Alors il reste devant la porte, un pied dedans et un pied dehors, se demandant quel pied doit rejoindre l’autre.

Le communiqué  dans lequel il ne  cesse de clamer son amour et sa fidélité à Abdoulaye Wade et au PDS, cadre mal avec la rigueur et la détermination qui devaient être siennes dans un moment aussi grave où il s’engage à postuler au suffrage universel. Une tragi- comédie qui interroge sur sa crédibilité  et sa présidentiabilité.

Il a adressé une correspondance confidentielle à Abdoulaye Wade le 3 septembre 2018 pour lui faire part de la nécessité d’étudier une candidature de substitution au cas où l’inéligibilité de Karim serait irrévocable. Il est ensuite parti le voir à Doha le 24 septembre pour discuter avec lui de vive voix. Enfin il lui a envoyé un courriel pour l’informer de sa décision finale qui est de se présenter aux élections.

Il a donc fait tout ce qui était humainement possible pour maintenir l’unité du PDS et partant, ses relations cordiales avec Abdoulaye Wade.

Seulement il s’est heurté à une ligne de défense qui n’avait aucune chance d’évoluer.

Le  courage politique eut voulu qu’il prenne  l’initiative de la rupture et l’opinion publique pour témoin. Assumer la plénitude de ses responsabilités et s’imposer en véritable alternatif à Karim Wade.

D’ autant que connaissant Wade, il devait savoir que la suite logique de sa décision était cette rupture qu’apparemment il voulait éviter à tout prix

Sur ce point au moins, le  long compagnonnage avec  maitre Abdoulaye Wade n’a pas déteint sur lui.

Abdoulaye Wade a toujours assumé  ses  décisions,  sans demi-mesure. Quelles qu’en soient les conséquences. Chaque fois qu’il a estimé que le couperet doit s’abattre sur les liens qui l’unissent à un proche, sa main n’a jamais tremblé, (Serigne Diop, Ousmane Ngom, Idrissa Seck, Macky  Sall…)

La politique n’est pas une foire aux sentiments. Et lui Wade, il fait de la politique.

D’ailleurs, il n’est que politique.

Encore une fois, il l’a prouvé : «  Maître  Madické Niang vient de franchir le Rubicon en faisant une déclaration publique annonçant sa candidature à l’élection  du président de la république. Je lui ai exprimé mon opposition totale à son projet. Toute candidature en dehors du parti constitue un cas  d’indiscipline majeure et d’incompatibilité flagrante entrainant la perte  de qualité de membre par démission de fait, en application des articles 4 et 5 de ses statuts. Le secrétaire  général  national  (lui-même) va demander au Parti de laisser à Madické Niang son poste de député, mais qu’on lui retire la présidence du groupe parlementaire. »

Ce condensé du communiqué de maître Wade en réponse à celui de Madické  et qui est une leçon de réactivité, de logique et d’implacabilité illustre le fossé abyssal entre les deux hommes et renvoie Madické Niang  à ses études.

Si Wade ne revient pas sur ses décisions  il est  exclu du PDS et  dépouillé de sa qualité de président du groupe parlementaire, même si magnanime, il lui laisse son poste de député.

Quelles conséquences cette rupture   et cette candidature auront pour le PDS ?

Une saignée dont la gravité ne peut être quantifiée pour le moment. Tout dépend de la capacité d’Abdoulaye Wade à convaincre les militants et surtout les cadres de lui rester fidèles,  et surtout  de celle de Madické Niang d’entrer dans ses nouveaux habits de leader politique. Nous l’avons vu, ce n’est pas gagné d’avance. D’ autant que l’homme malgré sa longévité politique, n’a jamais joué les premiers rôles. Homme de l’ombre connu surtout pour ses talents de négociateur  et ses entrées à Touba, il n’a ni le charisme d’un Wade, ni de réels talents  d’orateur.

S’il parvient à surprendre son monde, il a un bon coup à jouer. Ils sont nombreux au PDS à penser comme lui, c’est à dire qu’il faut une autre candidature que Karim Wade, à commencer par la bande à Thierno Birahim Thiombane, ces cadres qui avaient adressé une correspondance au  président Wade pour lui demander justement d’étudier l’éventualité d’une autre candidature.

Cependant s’il ne se montre pas à la hauteur, il aura affaibli le PDS en dispersant ses voix. Auquel cas il aura fait  le jeu de Macky Sal.

D’ ailleurs Abdoulaye Wade n’y est pas allé par quatre chemins :  » C’est une candidature de collusion téléguidée par Macky Sall. De la diversion destinée à aider Macky Sall en détournant certaines voix acquises au PDS. »

 

Serigne Mbacké Ndiaye.

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