Présidentielles : Macky met Sonko sur orbite

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Tout le monde l’aura remarqué : l’espace politique Sénégalais, traditionnellement pluriel, est devenu binaire à la veille de ces élections présidentielles du 24 février 2019 et se résume au duo Macky Sall – Ousmane Sonko.

Un face à face dû à l’inaudibilité de certains hommes politiques rattrapés par l’usure du temps (Idrissa Seck, Mamadou Diop Decroix…) mais surtout par la politique de la terre brulée adoptée par Macky Sall qui a décidé de faire le vide autour de lui en phagocytant les dociles et les vénales ( Niass, Tanor, Fada, Souleymane Ndéné Ndiaye…) et en écartant les récalcitrants et les irréductibles par le parrainage ( Malick Gakou, Adjibou Soumaré, Bougane Gueye Dani…) ou par des arguties judiciaires ( Karim Wade, Khalifa Sall).

Un génie Politique ! D’après certains observateurs, admiratifs devant ce coup de balai magique qui semble lui baliser le chemin du palais de la république.

Seulement dans sa marche triomphale vers ce deuxième mandat qu’il ne raterait pour rien au monde, une petite pierre s’est glissée dans ses chaussures, qui l’empêche d’avancer au rythme qu’il souhaitait : Ousmane Sonko.

Un homme dont la démarche scientifique dans sa conquête du pouvoir (livres, statistiques, introspection) n’a d’égal que la pugnacité, et l’opiniâtreté, et qui cerise sur le gâteau, voit sa popularité se rependre comme une trainée de poudre parmi les jeunes, largement majoritaires dans le fichier électoral, et frustrés à souhait.

Se pose alors pour le candidat Macky Sall, une question existentielle : Comment l’écarter de son chemin, puisque Sonko semble insensible aux strapontins et autres points de chute qui ont si bien marché avec d’autres ?

La réponse est vite trouvée par les stratèges de la mouvance présidentielle : Le mouiller, le discréditer auprès de l’opinion publique, en le faisant passer pour un corrompu, lui le champion de la bonne gouvernance.

Le coup foireux exhibé à la veille d’une élection présidentielle pour éliminer un adversaire, c’est aussi vieux que le monde :

  • Le 14 mai 2011 à New York, Dominique Strauss-Kahn, alors patron du Fonds Monétaire international est extirpé de son avion et jeté en prison pour viol sur une femme de chambre Nafissatou Diallo à l’hôtel Sofitel de Manhattan. Foudroyé en plein vol vers les présidentielles de 2012 dont il était archi favori. C’est François Hollande qui sera finalement élu. Dominique Strauss- Khan a depuis, toujours soutenu qu’il s’agissait d’un coup monté.
  • Le 25 janvier 2017, le journal Canard enchainé révèle que Pénélope Fillon aurait été rémunérée à hauteur de 500 000 euros pour un travail fictif d’assistante parlementaire. Le scandale qui s’ensuivit fut fatal à son mari François Fillon, alors favori des présidentielles de mai 2017. C’est Emmanuel Macron qui remportera les élections.

Comme Strauss-Kahn, Fillon parlera de coups tordus de ses adversaires politiques.

Des procédés que les matières grises de Benno Bok Yacaar ont voulu emprunter en révélant coup sur coup l’affaire Mercalex et Tullow Oil et en utilisant les services de journalistes prétendument crédibles et le Groupe de presse appartenant à un proche de Macky Sall dont les medias nous inondent de « révélations » et de « documents authentiques. »

Des coups qui n’ont aucune chance de porter des fruits.

Concernant l’Affaire Mercalex, un fameux journaliste s’est vu rabattre le caquet par ses propres confrères, qui plus est, de la même génération: « Je ne vais pas y aller par quatre chemins ou user de formules oratoires. Il s’agit purement d’une campagne de diabolisation, de décrédibilisation et de dénigrement à l’encontre de Ousmane Sonko avec la complicité d’une certaine presse et avec la complicité aussi de certains qu’on présente comme des journalistes et qui ne le sont plus. » Dit l’un d’eux.

Quant à l’affaire Tulloc Oil, elle s’est dégonflée d’elle même. Non seulement ladite société a nié avoir fait don de 190 000 dollars à Sonko, mais le nom de la journaliste qui aurait été à l’origine de la révélation a été inventé de toute pièce.

En voulant l’abattre par ces intrigues puériles, Macky lui a fait un coup de pub extraordinaire qui le place désormais au rang de principal challenger.

Une position idéale qui lui permet d’aimanter et de capitaliser non seulement les voix des militants des leaders éliminés par le parrainage, mais surtout celles des militants de Khalifa Sall et Karim, si jamais ces derniers sont définitivement exclus de la présidentielle par le conseil constitutionnel.

En effet Le président de la république a peut-être neutralisé la majorité de ses adversaires, mais pas leurs militants, qui trouveront en Sonko le moyen d’atteindre somme toute leur objectif : Lui faire perdre les élections.

Serigne Mbacké Ndiaye

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